Peintures murales, façades colorées, ruelles fleuries... Les habitants de Tanger se sont mobilisés pour redonner une nouvelle vie à leur cité mythique. Fadel Senna/AFP
La « perle du Nord » retrouve son plus beau visage. Dans la ville marocaine de Tanger, les habitants des vieux quartiers, étouffant sous l'urbanisation sauvage, se sont mobilisés pour redonner une nouvelle vie aux ruelles délaissées de leur cité mythique. Peintures murales, façades colorées, ruelles fleuries... « L'idée est venue des habitants, sans l'intervention des partis politiques ou des associations », explique Rafih al-Kanfaoui, du quartier Ibn Battouta. Progressivement, « le quartier a pris une allure que personne n'aurait imaginée », dit-il fièrement.
Dressés sur les hauteurs de la ville, les vieux arrondissements de Tanger manquent cruellement d'espaces verts. C'est ce qui a notamment poussé les habitants de treize quartiers à se mobiliser, répondant à l'appel de plusieurs initiatives citoyennes avant le lancement – en novembre – de la COP22 à Marrakech. Sur des dizaines de mètres, les façades des maisons affichent désormais différentes couleurs, et des pots de fleurs ont été posés devant les portes et aux fenêtres.
Les ruelles du quartier Ibn Battouta ont par exemple été repeintes en vert et violet, et un passage pour chaises roulantes a été aménagé. « Nous
nous sommes entraidés, hommes et femmes, enfants, jeunes et vieillards, pour décorer » la ville, raconte Soufyane Abdel-Mottalib. Ici, l'initiative a été financée par les habitants eux-mêmes. Quatre quartiers ont remporté, en février, des prix décernés par l'Observatoire de la protection de l'environnement et des monuments historiques de Tanger pour leurs projets respectifs.
« Ces projets ont changé la donne dans plusieurs quartiers marginalisés et montré qu'il était possible (pour les habitants) de se distinguer à l'échelle locale et nationale », se félicite un militant de la société civile à Tanger, Mohammad Salmoun. Il affirme toutefois que les dirigeants locaux devraient prendre en main les véritables « problèmes environnementaux ». Des usines se trouvent au sein même de quartiers résidentiels, le béton empiète de plus en plus sur les forêts environnantes et des décharges laissent s'échapper des gaz toxiques.
Porte du Maroc vers l'Europe, l'Atlantique et la Méditerranée, Tanger est située sur le détroit de Gibraltar – l'une des trois principales voies maritimes au monde – et fut le théâtre d'une lutte d'influence entre les grandes puissances du XIXe siècle. Une situation exceptionnelle qui attira, avec sa zone internationale (entre 1923 et 1956), une cohorte de personnalités étrangères en tout genre: artistes, espions, mondains, aventuriers ou exilés excentriques, qui ont fait la légende de la ville. Tanger fut ensuite longtemps délaissée sous le roi Hassan II, qui n'aimait pas ce Nord rebelle. La ville périclita lentement, livrée à l'économie de la contrebande et du haschisch, à la lente dérive du chômage et à la lancinante question de la migration vers l'Europe.
Mais depuis l'accession au trône de Mohammad VI, la ville a retrouvé toute sa superbe, grâce à une politique dynamique de développement économique de la région, prenant de faux airs de Dubaï.
(Source: AFP)

