Rayan Habr, défenseur acharné de la chanson à texte.
La trentaine souriante, tout de noir vêtu, la stature enveloppée pour une calvitie galopante et une barbe noire de pope grec. Lunettes de myopie, bracelets multicolores en fils tressés au poignet et une bague en argent enfilée à l'index ! « Depuis qu'elle a glissé dans ce doigt, depuis longtemps déjà, elle n'en est plus sortie », dit Rayan Habre en rigolant.
Pas besoin de poser la question d'où lui vient cette passion des notes et des mélodies. La musique est bien ancrée dans la maison: son père Khaled Habre est bien connu des mélomanes arabes. Guitariste, grand ami de Ziad Rahbani, communiste chevronné, porte-parole de la poésie d'Ahmad el-Zaatar et de Mahmoud Darwich, il a à son actif plus de 10 albums dans les bacs et d'innombrables concerts au pays et à l'arrière-pays....
Dès lors, pas étonnant que le jeune homme, parfaitement élevé dans le chaudron de l'alchimie des gammes et du solfège, élève du Collège Louise Wegmann et de l'Université de Kaslik, section musicologie, n'ait pas mordu à l'hameçon. S'il conçoit sa carrière aujourd'hui comme une certitude, le chemin (et le cheminement) n'en est pas pour autant facile, d'autant que cette carrière a été lancée à bride abattue grâce à un tube (Mayyil 3ala rawae ; Passe tranquillement) posté sur les réseaux sociaux et qui a recueilli plus d'un million d'auditeurs sur Soundcloud et plus de 500 000 écoutes sur Youtube).
Compositeur, parolier, arrangeur, mais aussi pianiste autodidacte sans toutefois vouloir chanter, il rêve de la voix des autres et, exigeant, ne veut pas de ce qui est commercial. Il rêve d'écrire pour Feyrouz... « Mais ce n'est qu'un rêve », soupire t-il comme devant un phénomène inaccessible. D'écrire aussi pour Soumayya Baalbacki, dont il admire le timbre et le velouté de la voix.
Fraternité et musique
Ce musicien porté à la fraternité humaine et aux valeurs qui tendent à disparaître est un défenseur acharné de la chanson à texte. Lui qui aime, entre autres, les mots et la poésie de Joseph Harb, Mahmoud Darwich, Talal Haïdar, Assi et Mansour Rahbani...
« Je le dis sans ambages: j'appartiens à l'école de Philémon Wehbé et des Rahbani... Pour un mot qui reste dans le cœur, la mémoire et sur les lèvres, une mélodie douce et simple qui fraye son chemin dans l'esprit et qui parle aussi bien aux jeunes qu'aux vieux, une orchestration adéquate... Autant d'atouts pour une chanson que tous aiment et qui perdure dans le temps... »
Après plus de vingt concerts en ville (Monnot, Unesco, Madina), des voyages en Égypte, en Jordanie et à Dubaï, son premier CD en album, Taa ellak (Viens que je te dise), lancé sur le marché, cartonne. Et le cercle de fans s'agrandit de jour en jour.
Inspirées du quotidien, plus dans le social que le politique – tout à fait opposées à la ligne engagée de son père –, ses paroles touchent par leur chaleur, leur tendresse et leur musicalité feutrée et ensoleillée.
Féru de Ziad Rahbani, Marcel Khalifé et Ahmas Qa'abour, amoureux tout autant de Bach (il cite Mozart et Wagner) que d'Oum Koulsoum, Rayan Habre, qui a siégé dans le jury d'Arab Idol et de X-Factor, écrit pour les documentaires d'al-Jazira, compose pour Élie Elia (Star Academy) et Chadia Abi Habib, et table sur la sincérité.
Actuellement, il met les dernières touches pour une chanson solo de Faia Younan. Baynana fi al-bahr (Entre nous il y a la mer). Poésie pour Faia Younan rien que dans la phosphorescence du titre pour sa voix séraphique, elle qui a chanté admirablement, avec sa sœur Rihan l'Orient déchiqueté. Un moment et un release très attendus.
Quel souhait pour l'avenir ? « Pouvoir faire exécuter ma musique afin de pouvoir vivre. Ce pays est injuste et cruel, car il ne nous facilite pas les choses. On ne devrait pas toujours vivre d'expédients en attendant de pouvoir enfin vivre de la seule musique... »


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