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Liban

Dans l’attente du nouveau président, le palais de Baabda a peaufiné sa déco

Reportage

Les jeux seront faits aujourd'hui. Vingt et un coups de canon seront tirés et les bateaux feront retentir leurs sirènes pour annoncer l'élection d'un président de la République.

May MAKAREM | OLJ
31/10/2016

Pas d'affolement si vous entendez les coups de canon et les sirènes retentir. Peut-être aussi que les cloches des églises sonneront. Après son discours d'investiture au Parlement en début d'après-midi, le chef de l'État nouvellement élu gagnera ses appartements au palais de Baabda où le drapeau libanais flottera à nouveau. Trois cents journalistes et photographes ont été accrédités pour couvrir l'événement et immortaliser l'arrivée du nouveau locataire. La garde républicaine présentera les honneurs et jouera l'hymne national, et à la seconde même, le bassin de la cour principale, qui n'avait plus fait entendre ni le murmure ni les gargouillis de ses eaux depuis plus de deux ans, reprendra vie en lançant tout haut ses jets. Car le jeu d'eau est mis en animation uniquement lorsque le palais est occupé officiellement, explique Rafic Chelala. L'attaché de presse à la présidence avait organisé samedi dernier la visite du palais de Baabda pour un nombre de journalistes, qui ont été accueillis par le directeur général de la présidence, Antoine Choucair, et le chef du protocole, Lahoud Lahoud.

Selon la tradition, le nouvel élu saluera ensuite les fonctionnaires de la présidence avant de se diriger vers son bureau. Là, trônent sur une table toute étincelante le grand cordon de l'ordre national du Cèdre et celui du grand maître et membre de la classe exceptionnelle de l'ordre du Mérite. Le rituel veut que ces insignes lui soient remis par son prédécesseur. Mais aucune cérémonie de passation de pouvoir n'est prévue au programme, révèle M. Chelala.

 

 

De l'espace bureau jusqu'au grand hall, en passant par les salons des ambassadeurs et du 22-Novembre (meublé Louis XV) et la salle du Conseil des ministres d'une capacité de 37 personnes et où « les ordinateurs portables sont maintenus à jour », le bois des meubles cirés à nouveau brille comme un miroir. Le disque monobrosse a rendu au marbre tout son éclat. Les murs sont luisants. Les tapis ont été soumis à une opération de nettoyage. C'est garanti, les lieux sont totalement sains.


(Lire aussi : Michel Aoun serait élu aujourd'hui président dès le premier tour)

 

L'accès aux appartements privés interdit
De même, « nous avons profité de la vacance présidentielle pour effectuer des travaux d'étanchéité et l'isolation des toitures et des terrasses, impossibles à réaliser en présence d'un locataire », indique le colonel ingénieur civil, qui n'a pas voulu décliner son nom, comme l'exige la discipline militaire. Les infrastructures électriques, constamment associées à une menace de panne quand elles ne sont pas entretenues, ont été également rénovées.

Les portraits des présidents élus depuis l'indépendance défilent sur le mur du grand hall, et ici et là, dans les corridors, dans les salles de réception, le drapeau libanais signé par les hommes de l'indépendance, des toiles de peintres libanais, des bustes et statues romaines en pierre calcaire ou marbre, des mosaïques byzantines issues de fouilles d'Ouzaï, ainsi que six vitrines abritant des verres irisés, des fioles et des balsamaires romano-byzantins sont exposés, prêtés par le ministère de la Culture et la Direction générales des Antiquités.
La visite a occulté les appartements privés et les cuisines. Interdit d'accès ! On ne saura pas ce qu'il y aura dans les assiettes du nouveau président. En tout cas, aucune toque blanche n'officie actuellement à Baabda. « Par mesure de sécurité, chaque président amène son cuisinier », signale M. Chelala.

Il ajoute d'autre part que les fonctionnaires du palais n'ont pas été inactifs ces deux dernières années. Ils ont pris à bras-le-corps les tâches qui leur sont allouées. Il y a eu le suivi des dossiers issus du Conseil des ministres, et les chantiers administratifs et organisationnels, l'informatisation du courrier interne, du courrier extérieur et de toutes les lois promulguées depuis 1926 et tous les décrets émis depuis 1943. L'archivage des discours, des photos et vidéos, ainsi que des procès-verbaux des réunions des anciens présidents depuis l'indépendance a été également entamé. Même des sessions de formation technique concrète ont été organisées.


(Lire aussi : Les derniers éléments de la scénographie parlementaire du 31 octobre se mettent en place)


Baabda, une histoire mouvementée
L'histoire du palais de Baabda, lieu symbolique de la République, remonte aux années 60. Avant cette date, Béchara el-Khoury et Camille Chamoun ont résidé à la rue Kantari, dans le palais présidentiel du même nom. Fouad Chéhab a opté pour Jounieh-Sarba. Charles Hélou, qui a installé la présidence dans une villa à Sin el-Fil, entame dans les années 60 la construction du palais présidentiel de Baabda qu'il inaugure au milieu de son mandat.

En moins d'un demi-siècle, le palais dessiné par les architectes suisses Adorr et Julliard, concepteurs du Starco et de la Banque du Liban à Hamra, a connu des dégâts majeurs. En 1982, en accédant à la magistrature suprême, Amine Gemayel découvre un bâtiment en ruines. Dans L'Offense et le pardon, paru chez Gallimard, il le décrit comme « une sorte de maison hantée aux portes et fenêtres battantes, aux vestibules encombrés de gravats. Et partout, la poussière recouvrait les murs, les meubles et le plancher.  Le bureau de l'aide de camp, seule pièce libre de décombres, fut transformé en bureau présidentiel provisoire et il fallut aménager à la hâte le seul salon ayant échappé à la destruction (...) ». Le palais est par la suite reconstruit, mais il va subir à nouveau de grands dégâts lorsque le commandant en chef de l'armée, Michel Aoun, nommé Premier ministre en 1988 par Amine Gemayel, s'installe à Baabda et mène en 1990 sa guerre contre l'occupant syrien pour libérer le territoire libanais. Les pierres ne résisteront pas au pilonnage. Le palais de Baabda est « libre », mais entièrement détruit.

Élias Hraoui, qui avait installé dans un premier temps le siège de la présidence dans une caserne à Ablah, dans la Békaa, puis à Ramlet el-Baïda, à Beyrouth-Ouest, décide de le reconstruire. L'opération est confiée à Pierre Neema. L'architecte libanais relate, dans Parcours d'un architecte, 50 ans d'espoir, d'angoisse et de passion (publication Alba – Université de Balamand), que « ce fut un travail de folie avec 500 ouvriers sur le chantier nuit et jour pendant six mois. Les façades étant un peu hétéroclites (différents présidents en avaient fait des modifications selon leurs besoins et sensibilités), notre travail a été de calmer l'ensemble en reprenant des thèmes traditionnels de l'architecture libanaise ». Mona Hraoui fait ensuite appel à Élie Gharzouzi pour meubler et décorer les lieux, appartements privés compris. Le ministre de la Culture et le musée national y participeront en prêtant des œuvres de leurs collections. Depuis, chaque locataire y a laissé son empreinte, indélébile.


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Atalante fugitive

Ainsi font (comptine connue) les petites marionnettes, 3 p'tits tours et puis s'en vont.....

Irene Said

Tout ce tralala pour un "Président-imposé" par lui-même...après 2 1/2 années de bloquage de tout le pays de sa part...
Nous, on pense à tous ceux qui ont été obligés de fermer leurs commerces, leurs sociétés à cause de ce bloquage !
Aux familles appauvries qui ne savent plus comment boucler leurs fin de mois, comment payer l'école de leurs enfants.
Aux touristes qui ne viennent plus...car les lieux qu'ils aimaient fréquenter se sont transformés en quartiers-fantômes.

Et maintenant on ose préparer la fête pour celui qui a grandement contribué à cette situation...comme si de rien n'était ???

Un autre personne, dans sa situation, aurait certainement l'élégance de ne pas pavoiser aussi
ostensiblement pour une "victoire" obtenue sur le dos de beaucoup de ses concitoyens.

Pauvre Liban, tes RESPONSABLES n'ont toujours pas compris ce que c'est que la vraie démocratie, l'honneur et le patriotisme...dommage !
Irène Saïd

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