La foule rassemblée sur les lieux du crime.
À Achkout, jeudi après-midi, Tony Abboud, aspirant-chef de la Sûreté générale, a tué de sang-froid quatre de ses voisins, chargeant à trois reprises son pistolet et vidant 48 balles sur leurs corps, dans le parking de l'immeuble qu'il habite depuis plus de quinze ans.
Hier soir, Achkout, village de 6 000 habitants de la montagne du Kesrouan, était toujours en état de choc. Et la véritable version du drame, ce sont les voisins qui la connaissent et qui la racontent, les larmes aux yeux. Ils ont voulu préserver l'anonymat. Nous la reproduisons après avoir recoupé nos informations.
Quand Tony Abboud est arrivé, il y a quinze ans, dans cet immeuble de seize appartements de Achkout, les voisins ont vite remarqué que c'était un homme qui aimait inventer des scénarios pour remonter les gens les uns contre les autres. Ils se sont rendu compte ensuite que c'était un homme renfermé sur lui-même qui traitait mal sa femme, et cela même s'il se rendait tous les dimanches à l'église.
« Il se promenait toujours dans son uniforme d'agent de la Sûreté générale, son arme bien visible à la taille. Il ne disait jamais bonjour. Ne saluait personne », indique une femme qui habite à quelques centaines de mètres de l'immeuble qui a été jeudi après-midi le théâtre de l'horrible crime.
« Il nous épiait. Si on arrivait à une heure ou à deux heures du matin, on le trouvait dans le parking, comme s'il montait la garde. Il nous rendait la vie infernale dans cet immeuble, au point que depuis quelques semaines, nous avons tenté de nous adresser à des responsables au sein de la Sûreté générale afin qu'il soit muté », indique un voisin. Et d'ajouter: « À deux reprises, il avait chassé sa femme de la maison. Il l'accusait de le tromper avec un voisin qui estivait chaque été à Achkout et qui n'a plus remis les pieds dans l'immeuble depuis deux ans, jusqu'à jeudi après-midi, quand Tony Abboud a été arrêté. C'est que ce dernier l'avait menacé...Il avait menacé sa femme de mort aussi, à plusieurs reprises. C'est une femme bien, une enseignante chez les
lazaristes. Elle est discrète, s'occupe très bien de ses trois enfants. Elle les a bien éduqués. D'ailleurs, ils jouaient avec tous les enfants de l'immeuble, même les enfants d'Elsie (Hobballah-Khalifé), la sœur de Jean-Paul, et la fille d'Isabelle et de Jean que Tony Abboud a tués. »
Les voisins interrogés estiment que le crime de Tony Abboud est prémédité et que les chiens de Jean-Paul Hobballah, 34 ans, que ses proches appellent Polo, n'était qu'un prétexte pour le meurtre.
Jean-Paul Hobballah a toujours aimé les chiens. Il avait une pitbull à qui il a ramené un mâle. La niche des chiens, en forme d'enclos, se trouvait dans le parking. Quand la chienne a mis bas, il y a plusieurs semaines, Tony Abboud s'est plaint des aboiements des chiots et Jean-Paul Hobballah les a vite déplacés dans un terrain voisin, où il y avait également un poulailler. Au début de la semaine, Jean-Paul Hobballah avait déjà donné tous les chiots et il ne restait plus que le couple de pitbulls dans l'enclos construit pour eux dans le parking. Selon les voisins, ces chiens sont bien dressés et n'aboient qu'en présence d'étrangers.
Depuis plusieurs semaines, Tony Abboud avait interdit à sa femme de parler avec Jean-Paul Hobballah. « Jean-Paul saluait Rayane, la femme de Tony, mais en guise de réponse, cette dernière hochait la tête ou tournait le dos. Jean-Paul a alors demandé à sa mère Isabelle de savoir ce qui n'allait pas et si par inadvertance il avait dérangé sa voisine. Rayane s'est confiée à Isabelle en disant : « Mon mari m'a interdit de lui parler, laissez-moi en paix », raconte une voisine.
Vider l'arme sur un corps sans vie
Le 8 octobre, Tony Abboud, qui habite le deuxième étage de l'immeuble, a déposé une plainte auprès de la police de Achkout accusant ses voisins d'avoir placé des produits empoisonnés dans sa maison et dans son réfrigérateur, et de lui avoir volé 2 000 dollars le 18 septembre dernier. La police lui a fixé un rendez-vous pour qu'il porte officiellement plainte le 11 octobre. Il s'est excusé, promettant de venir à la gendarmerie le 14 octobre, soit hier.
Tony Abboud, qui avait envoyé sa femme et ses enfants chez des proches à la veille du crime, savait que Jean-Paul Hobballah rentrait tous les jours à la maison à 14 heures 45 pour déjeuner avec sa mère Isabelle, 65 ans, et son père Jean, 69 ans, diabétique et aveugle. Jeudi après-midi, il l'attendait dans parking de l'immeuble.
Il faut aussi prendre en compte l'affaire d'un chien errant dont la fille de Tony Abboud avait peur et qui, hier, 24 heures après le crime, rôdait toujours autour de l'immeuble. « Ses enfants n'ont jamais eu peur des chiens de Jean-Paul. Même si c'était des pitbulls, les deux chiens – le mâle et la femelle – étaient doux. Ils étaient dans un enclos et Jean-Paul ne les laissait jamais se promener seuls », rapporte une autre voisine, les larmes aux yeux.
Jeudi en début d'après-midi, Tony Abboud attendait donc Jean-Paul Hobballah dans le parking de l'immeuble. Quand ce dernier est descendu de sa voiture, une rixe a éclaté entre les deux hommes. Pour se défendre, Jean-Paul Hobballah a donné un coup de poing à Tony Abboud. Ce dernier a sorti son arme, l'a chargée et a tiré deux coups de feu à bout portant sur la tête de son voisin, qui est tombé à terre.
Les voisins qui avaient été ameutés par les cris et qui étaient accourus pour séparer les deux hommes ont pris la fuite. Tony Abboud a tiré dans le dos d'un voisin qui était là, Antoine Chidiac, 65 ans. Un bétonnier apprécié de tous. Un veuf qui s'est remarié avec une réfugiée syrienne, il y a tout juste une semaine.
Isabelle Hobballah, la mère de Jean-Paul, ameutée par les tirs, descend avec son mari Jean du premier étage, où ils habitent. Elle s'évanouit à la vue de son fils baignant dans le sang et tombe à terre. Le tueur lui tire deux balles dans l'estomac. Son mari est abattu d'une balle dans le dos.
Tony Abboud recharge son arme, il tire quatre balles au moins dans le corps sans vie de Jean-Paul Hobballah. Il remarque qu'Antoine Chidiac, tombé à terre, n'est pas mort, qu'il est capable encore de bouger le poignet. Il tire deux balles dans sa direction. L'aspirant-chef tue aussi un chien, le pitbull mâle. La femelle est toujours en vie.
Selon les voisins, Tony Abboud a vidé trois chargeurs de son pistolet dans le parking de l'immeuble. Il en avait sept en sa possession.
Hier, le froid de la montagne, la pleine lune, les ruelles vides, les rares silhouettes sombres et les lumières blanchâtres qui émanaient des fenêtres des maisons donnaient une atmosphère étrange et lugubre à Achkout, village perché du Kesrouan.
Plus d'une personne croisée a manifesté sa crainte d'une éventualité, celle que la folie provisoire ou la dépression ne soit utilisée comme prétexte pour défendre le meurtrier – un fils des institutions – qui a tué ses propres voisins avec les armes de l'État libanais.
Hier soir, Achkout, village de 6 000 habitants de la montagne du Kesrouan, était toujours en état de choc. Et la véritable version du drame, ce sont les voisins qui la connaissent et qui la racontent, les larmes aux yeux. Ils ont voulu préserver l'anonymat. Nous la reproduisons après avoir recoupé nos informations.Quand Tony Abboud est arrivé, il y a quinze ans, dans cet immeuble de seize appartements de Achkout, les voisins ont vite remarqué que c'était un homme qui aimait inventer des scénarios pour remonter les gens les uns contre les autres. Ils se...


PREMEDITE OU NON C,EST UN CRIME DES PLUS ABJECTS QUI DEMANDE QUE LA JUSTICE NE TRAINE PAS...
17 h 39, le 15 octobre 2016