Anjo Rihane : «“Je m’appelle Julia” est une sorte de montagne russe scénique qui, au bout du compte, aide à libérer les émotions.» Photo Michel Sayegh
«Quand j'ai rejoint, il y a sept ans, l'équipe de Ma fi metlo, les gens – qui m'avaient connue au théâtre – s'étaient étonnés de me voir dans un registre comique. Aujourd'hui, le public est surpris de me retrouver dans un rôle partiellement dramatique» s'amuse à relever, d'emblée, Anjo Rihane.
La brune pétillante de la troupe d'humoristes potaches de la MTV a, en effet, plus d'une corde à son arc. Celle qui est devenue la coqueluche des téléspectateurs depuis qu'elle a développé le personnage hilarant de la bien nommée Jamileh – une hypermoche qui se prend pour une reine de beauté avec ses sourcils en broussaille, son poireau sur le nez et son cheveu sur la langue – n'est pas qu'une amusante imitatrice. Loin de là.
Comédienne professionnelle, diplômée des beaux-arts de l'Université libanaise, elle a, du plus loin qu'elle s'en souvienne, eu le goût de la scène, de l'interaction avec les gens et, peut-être plus que tout, de la parole publique, pour défendre les causes qui lui tiennent à cœur. Autant celle des femmes battues (elle soutient l'association Kafa) que la lutte contre la corruption (elle a manifesté avec le collectif «Vous puez», entre autres...). Ou militer pour l'égalité, la tolérance, l'ouverture aux autres... «Des notions que j'essaie d'inculquer à mes élèves», dit la jeune femme qui exerce en parallèle le métier (alimentaire) de professeure de dessin à l'école publique de Mansourieh.
Naturelle, dans l'apparence comme dans l'attitude, Anjo Rihane ne joue pas les vedettes. Allure gracile, féminine, sans chichis, regard rieur et débit rapide, elle se présente avec simplicité: «Je suis née et j'ai grandi dans une famille du Sud dont tous les membres étaient concernés par le débat social. Très jeune, je me suis intéressée à la politique. Je me suis longuement investie dans des mouvements et des causes, j'ai participé à nombre de manifestations...», raconte-t-elle. Aujourd'hui, il semble qu'elle soit revenue de toute forme de militantisme et d'engagement partisan au profit d'une attitude simplement citoyenne. Avouant à demi-mots son désenchantement, elle assure s'être aussi éloignée des revendications sur le terrain pour se consacrer à sa vie de famille. Épouse et maman comblée de Karim (4 ans) et Aya (2 ans), elle se sentait glisser dans «une espèce de paresse», affirme-t-elle, dont l'a sortie, opportunément, Yehya Jaber.
Femme chiite
En fait, cela faisait 3 ans que l'auteur et metteur en scène lui proposait de travailler avec lui et qu'elle déclinait ses offres, calfeutrée dans sa zone de confort. «Jusqu'au jour où il m'a envoyé le script de Esmeh Julia (Je m'appelle Julia). Dès les premières lignes, je me suis dit : ce rôle est pour moi. J'ai immédiatement été interpellée par cette figure de battante qui affronte, avec un courage sans faille, tous les problèmes qui ponctuent son chemin de vie. Depuis son enfance brimée, jusqu'à son cancer du sein, cette femme chiite, féministe sans le savoir, va se battre contre l'hypocrisie sociale et conjugale avant de combattre la maladie...»
Exorciser la douleur
Aussitôt lu, aussitôt fait: Anjo sort de sa douce torpeur pour relever le défi de ces deux heures de solo sur scène où elle interprète, entre rires et larmes, parallèlement au rôle central, tous les protagonistes qui l'entourent. «13 personnages au total, mais ce n'est pas là le plus difficile», assure la comédienne. «Ce qui a été le plus dur, c'est d'interpréter une femme qui se bat contre le cancer, alors que j'ai perdu ma propre mère de cette maladie, il y a quatre ans», confie-t-elle. Avant d'ajouter en toute simplicité: «J'ai beaucoup pleuré, beaucoup hésité durant les répétitions de certaines scènes mais, au final, cette pièce m'a permis d'affronter ma douleur. Elle m'a aidé à exorciser mon chagrin et à accomplir mon travail de deuil. Je souhaite qu'elle ait le même effet apaisant sur le public. Car avec des séquences qui font rire et d'autres qui font pleurer, elle dédramatise d'une part et émeut de l'autre, dans une sorte de montagne russe scénique qui, au bout du compte, aide à libérer les émotions. D'ailleurs, n'est-ce pas là l'ultime finalité de l'art?», conclut Anjo Rihane, avec cette petite lueur pétillante dans le regard...
*Demain mardi 11, dimanche 16 puis mardi 18 octobre, à 20h30. Réservations : 01/800003 ou 70/692919.
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Des « Monologues du vagin » à « Ma fi metlo »
Après Sayyidat horra wa moustaquellah avec Talal el-Jurdi, c'est la pièce Hakeh Neswen (l'adaptation par Lina Khoury des Monologues du vagin) qui mènera Anjo Rihane sur les plateaux de cinéma. Celui en particulier du film Maintenant on va où ? de Nadine Labaki. Puis quelques rôles dans des téléfilms (Sabah el-Chahroura, Ghazl el-banet), ainsi que la coanimation de l'émission El-leyleh leyltak (sur la LBC), la porteront vers le succès avec Ma fi metlo. Cette séquence hebdomadaire n'a pas uniquement boosté sa célébrité, « elle m'a enrichie artistiquement. J'ai beaucoup développé mon jeu au contact de ces acteurs qui improvisent avec une rapidité d'esprit et des reparties stimulantes », affirme la sympathique comédienne. Laquelle s'apprête d'ailleurs à jouer en alternance, à partir du 20 octobre, dans Je m'appelle Julia, deux soirs par semaine (mardi et dimanche), et dans Ma fi metlo sur les planches deux autres soirs (jeudi et vendredi). Toujours au Teatro Verdun.
La brune pétillante de la troupe d'humoristes potaches de la MTV a, en effet, plus d'une corde à son arc. Celle qui est devenue la coqueluche des téléspectateurs depuis qu'elle a développé le personnage hilarant de la bien nommée Jamileh – une hypermoche qui se prend pour une reine de beauté avec ses sourcils en broussaille, son poireau sur le nez et son cheveu sur la langue – n'est pas qu'une amusante imitatrice. Loin de là.
Comédienne professionnelle, diplômée des beaux-arts de l'Université libanaise, elle a, du...

