Une route lourdement endommagée par les combats dans le quartier d’al-Chaar, contrôlé par les rebelles, à Alep. Abdalrhman Ismail/Reuters
L'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie a prévenu hier que les quartiers rebelles d'Alep risquaient d'être « totalement détruits » d'ici à la fin de l'année si le régime et la Russie poursuivaient leur vaste offensive militaire. Cette offensive alarme de nombreux pays et l'Onu, dont l'envoyé spécial Staffan de Mistura, qui tente en vain depuis des mois de promouvoir une issue politique à ce conflit meurtrier. « Dans deux mois, deux mois et demi au maximum, à ce rythme, la partie est d'Alep risque d'être totalement détruite, a-t-il prévenu lors d'une conférence de presse. Nous parlons de la vieille ville en particulier, et des milliers de civils syriens vont être tués. » Plus de 250 000 personnes sont toujours présentes à Alep-Est, totalement assiégée par les troupes du régime et inaccessible à l'aide internationale.
L'envoyé spécial de l'Onu a également évoqué hier une piste diplomatique en lançant un appel aux combattants de l'organisation jihadiste Front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra, branche syrienne d'el-Qaëda) pour qu'ils quittent l'est d'Alep. « Si vous décidez de partir en dignité et avec vos armes (...), je suis personnellement prêt à vous accompagner », a affirmé le diplomate, indiquant qu'il y avait au total environ 8 000 combattants dans l'est d'Alep, dont 900 du Front Fateh al-Cham.
Mais sur le plan diplomatique, l'impasse demeure depuis l'interruption en début de semaine des discussions entre Washington et Moscou sur le rétablissement d'un cessez-le-feu, même si les contacts sont maintenus entre le secrétaire d'État américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov. Pour tenter de sortir de l'ornière, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault était hier à Moscou avant de se rendre aujourd'hui à Washington. Il a dit à Sergueï Lavrov que « rien ne saurait justifier le déluge de feu et de morts » à Alep et que « personne », y compris la Russie, « ne peut tolérer cette situation ». En soirée, des diplomates russes ont annoncé que Moscou avait demandé une réunion du Conseil de sécurité sur la Syrie. Pour sa part, M. Lavrov a indiqué être « prêt à travailler » au projet de résolution sur un cessez-le-feu à Alep que la France veut soumettre au Conseil de sécurité à l'Onu. ll a notamment posé comme condition que cette résolution ne contredise pas les « approches de principe fixées dans des accords russo-américains ». Les 15 membres du Conseil étudient depuis lundi ce projet que Paris veut déposer prochainement et que M. Ayrault va défendre aujourd'hui à Washington.
« Conquérir autant de secteurs que possible »
Sur le terrain, l'opération aéroterrestre a continué sans répit avec la reprise de nouvelles positions rebelles par les forces loyales au régime de Bachar el-Assad, au lendemain de l'annonce par Damas d'une réduction de son intense campagne de bombardements. Selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), « les forces du régime se sont emparées de six positions majeures » dans le quartier de Boustane al-Bacha, dans le nord de la zone rebelle, et détiennent désormais environ la moitié de ce quartier. Il s'agit d'une avancée « sans précédent » du régime depuis la reconquête en 2013 de quelques secteurs repris aux rebelles, a souligné l'OSDH. D'après l'observatoire, les forces prorégime progressent également vers le quartier voisin de Hellok à partir du nord et ont pris des bâtiments aux abords du quartier de Sakhour, également dans le nord de la zone rebelle. D'après Émile Hokayem, de l'International Institute for Strategic Studies, « le régime et ses alliés ont pris la décision de conquérir autant de secteurs rebelles que possible et ils travaillent à cela ».
L'agence officielle Sana a fait part de la mort de huit personnes dans des tirs de roquettes de « groupes terroristes » sur un quartier de la partie gouvernementale d'Alep, utilisant le vocabulaire habituel du régime pour qualifier les rebelles.
Ailleurs en Syrie, au moins 29 rebelles ont été tués et 20 autres blessés hier par une explosion dans la province d'Idleb (Nord) à la frontière turque, selon l'OSDH. Le groupe État islamique (EI) a revendiqué cette attaque visant les forces participant à l'opération militaire lancée le 24 août en Syrie par la Turquie.
(Sources : agences)


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