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À La Une - Purges

Plus de 30.000 arrestations depuis le putsch avorté en Turquie

"D'autres arrestations pourraient avoir lieu", indique le ministre de la Justice.

 

La Turquie a annoncé mercredi avoir arrêté plus de 30.000 personnes dans l'enquête sur la tentative de coup d'Etat de juillet. REUTERS/Vassilis Ververidis/File Photo

La Turquie a annoncé mercredi avoir arrêté plus de 30.000 personnes dans l'enquête sur la tentative de coup d'Etat de juillet, à la suite de laquelle Ankara a lancé de vastes purges visant des partisans présumés de l'ex-prédicateur Fethullah Gülen, accusé d'en être l'instigateur.

"Depuis le 15 juillet, des enquêtes sur quelque 70.000 personnes ont été ouvertes et environ 32.000 personnes ont été arrêtées", a indiqué le ministre turc de la Justice Bekir Bozdag, donnant ainsi un dernier bilan, plus de trois mois après le putsch avorté. "D'autres arrestations pourraient avoir lieu", a-t-il prévenu sur la chaîne de télévision NTV, précisant que "certaines personnes arrêtées pourraient être libérées sous contrôle judiciaire et d'autres être totalement libres" sans qu'aucune charge ne pèse contre elles.

L'ampleur des purges est telle que le gouvernement turc a décidé de libérer cet été 38.000 prisonniers condamnés pour faire de la place aux nouveaux détenus. Selon des informations de presse, les autorités prévoient en outre de construire 174 nouvelles prisons lors des cinq prochaines années pour augmenter de 100.000 places la capacité d'accueil des institutions carcérales du pays.

Les mesures prises au lendemain de la tentative de putsch visent à éliminer l'influence des membres de la confrérie de Fethullah Gülen. Tous les milieux, dont les universités, écoles, armée, police, magistrature ou sport, ont été touchés par ces procédures inédites. La justice leur reproche d'avoir des liens avec M. Gülen accusé par Ankara d'avoir ourdi la tentative de coup d'Etat au cours de laquelle plus de 270 personnes ont été tuées et des milliers d'autres blessées.

Fethullah Gülen, ennemi numéro un du président turc Recep Tayyip Erdogan, installé depuis 1999 aux Etats-Unis et dont Ankara réclame avec insistance l'extradition, dément toute implication dans le coup.

 

(Lire aussi : Rentrée scolaire en Turquie en l'absence de dizaines de milliers d'enseignants limogés)

 

'Tribunaux d'envergure'
Parmi les personnes arrêtées dans le cadre des purges, dont l'ampleur jugée disproportionnée a suscité des critiques en Occident, figurent des personnalités du monde des médias comme l'ancien rédacteur en chef du journal Taraf, Ahmet Altan.

Les services de renseignement turc (MIT) ont même été ciblés dans cette vaste opération de nettoyage: 87 de ses membres ont été limogés, et une enquête criminelle a été ouverte contre 52 d'entre eux. Au total, 141 personnels du MIT ont été suspendus.

De plus, le ministre de la Jeunesse et des Sports Akif Cagatay Kilic a indiqué mercredi que 322 fonctionnaires de son ministère avait été relevés de leurs fonctions, en raison de liens présumés avec l'organisation güleniste, selon l'agence de presse progouvernementale Anadolu.

Outre les partisans présumés de M. Gülen, les purges ont également visé les milieux soupçonnés de liens avec les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, considéré par Ankara comme une "organisation terroriste"). Une trentaine de maires ont été limogés dans le sud-est du pays à majorité kurde et plus de 11.000 enseignants ont été suspendus.

Furibond, le leader du parti d'opposition social-démocrate Kemal Kilicdaroglu a estimé qu'"un million de nos concitoyens sont des victimes" de ces purges et de l'état d'urgence. Dans un discours retransmis à la télévision turque, il a appelé les autorités à "diriger le pays dans le respect du droit".

Les personnes inculpées dans le cadre de l'enquête sur le coup doivent être jugées mais la tenue de procès s'annonce extrêmement compliquée en raison du grand nombre d'accusés. Interrogé sur ce point, M. Bozdag a reconnu "ne pas savoir vraiment comment ces procès allaient s'organiser". "A certains endroits en Turquie il y a besoin de tribunaux d'envergure", a-t-il estimé. "Ce n'est pas le cas à Istanbul, mais à Ankara, il n'y a pas d'endroit où l'on peut juger une affaire dans laquelle le nombre de prévenus est très important", a-t-il expliqué. "Les procès se tiendront dans plusieurs villes en Turquie."

La Turquie est donc appelée à vivre de retentissants procès dans les mois et années à venir alors que les esprits sont encore marqués par l'affaire dite "Ergenekon", qui a éclaté en 2007 mais dont le procès en première instance ne s'est achevée qu'en 2013.
Dans cette affaire, des centaines de personnes, dont des dizaines d'officiers de haut rang, étaient accusés d'avoir fomenté un plan pour renverser le pouvoir.

 

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La Turquie a annoncé mercredi avoir arrêté plus de 30.000 personnes dans l'enquête sur la tentative de coup d'Etat de juillet, à la suite de laquelle Ankara a lancé de vastes purges visant des partisans présumés de l'ex-prédicateur Fethullah Gülen, accusé d'en être l'instigateur.
"Depuis le 15 juillet, des enquêtes sur quelque 70.000 personnes ont été ouvertes et environ 32.000...
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