La route. Le parapet. Longue étendue de sable encore tiède en surface, froid quand le pied s'y enfonce, et puis la mer, la nuit dans la mer, la lune dans la nuit. Entre la route et la mer, une scène improvisée. Sur le fronton du chapiteau de fortune, une banderole : Festival de Ramlet el-Bayda. Le nom est ronflant, l'événement est modeste. Sur la dernière plage gratuite de Beyrouth, des chanteurs, des chanteuses et des musiciens offrent à qui veut les entendre des rythmes chauds et moites comme cette fin d'été. Zeid and the Wings, Tanjaret Daghet, des indépendants, comme on dit. Des qui n'ont rien à perdre, ne craignent pas de déplaire, donnent tout ce qu'ils ont à qui veut les entendre, et c'est bonheur. Un moment de bonheur simple. À la petite foule de leurs amis se mêlent les mendiants de la Corniche qui ont laissé leurs béquilles plus haut, contre le mur, miracle de la musique ! Ils sont rejoints par la misère de la banlieue en habits de fête et quelques réfugiés syriens venus se changer les idées en famille. C'est le dernier jour du Eid. Les fillettes, ravissantes, sont parées de pacotilles. Les garçons ont les cheveux coupés de frais, au bol, la mèche folle. Malgré l'heure tardive, les enfants courent sur le trottoir, se bousculent en riant, sautent par-dessus la rambarde, se reçoivent dans le sable qu'ils labourent en courant encore jusqu'à la scène. Et là, ils s'arrêtent, charmés, littéralement. Ils dansent. « Un petit rien dans la hanche », comme dans la chanson de Barbara. Les filles les rejoignent, plus audacieuses, le revers de la main sur le front, le bassin qui bascule, pivote, ondule. La pointe du pied fait compas, et c'est comme si la terre entière changeait d'axe pour tourner autour de ce point gracieux et minuscule. Devant eux, les chanteurs chantent des textes désabusés sur des sons obsédants. Qu'importe le message, pourvu qu'on ait l'ivresse. Le message, il est là, incarné dans cette pauvreté ordinaire, déchaussée et sans mots, et dont le rire heureux s'en va mourir dans l'orage assourdissant des basses.
Ramlet el-Bayda. Au temps où les plages privées de Beyrouth portaient des noms de saints, celle-ci avait été surnommée « Saint-Balech »: Saint « pour rien ». À l'ombre de l'hôtel Beau-Rivage de sinistre mémoire, où la soldatesque syrienne torturait à loisir, ce lieu-dit en a vu de toutes les couleurs. Avant de s'ouvrir à nouveau aux baigneurs du dimanche, il avait connu toutes sortes de tragédies dont le voisinage des SR syriens n'était pas la moindre. Visiblement, aucun saint n'a jamais veillé sur cette langue de sable en bord de mer, dernier espace de convivialité que Beyrouth peut encore offrir gracieusement à ses habitants. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Les requins de l'immobilier croisent sur ses bords et de temps en temps montrent leurs ailerons. Tout comme ils le font à Kfar Abida, modeste village de pêcheurs en instance de privatisation. Alors on vous dira qu'il s'y passe des choses, oh, de ces choses... Le Liban, sous ses dehors libéraux, est bien chatouilleux de la morale quand il s'agit de gratuité. Mais ce n'est rien. Quelques coups de truelle, un comptoir, et la plage vous exhalera à nouveau l'odeur de sainteté de son premier matin.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Ah, merci Madame Fifi Abou Dib pour ce charmant billet qui nous fait du bien! Il n'y a que les moutons-suiveurs-bêleurs qui ne peuvent pas comprendre...il leur faut du guerrier, du méchant, des menaces et prédictions pour une cause qui ne nous concerne pas, nous Libanais ! Irène Saïd
15 h 46, le 22 septembre 2016