De nombreux poids lourds non européens de la banque utilisent Londres comme base pour accéder sans entrave à l’ensemble du marché de l’Union européenne. Léon Néal/AFP
Près de 5 500 firmes financières basées au Royaume-Uni utilisent le « passeport » européen pour vendre leurs services sur le continent, d'après de nouvelles données officielles qui relancent le débat sur les risques pour la City de Londres d'un Brexit.
De nombreux poids lourds non européens de la banque, notamment les américains, utilisent Londres comme base pour accéder sans entrave à l'ensemble du marché de l'Union européenne (UE). Le monde de la finance s'interroge donc sur les alternatives si jamais ce passeport ne devenait plus automatique.
« Ces chiffres nous donnent une première idée des effets qu'entraînerait la perte de l'accès plein et entier au marché unique pour les services financiers », a jugé le président de la commission britannique du Trésor, Andrew Tyrie.
D'après ces données, qui reposent sur les chiffres du régulateur financier du Royaume-Uni, la FCA, 5 476 entreprises financières basées au Royaume-Uni disposent d'un passeport remis par les autorités britanniques.
Ces banques, assureurs et gestionnaires d'actifs peuvent donc utiliser ce sésame pour commercer dans les 27 autres pays de l'UE, et dans certains cas dans les trois pays non membres de l'UE ayant négocié une intégration au marché unique (Islande, Liechtenstein et Norvège) dans le cadre de l'Espace économique européen.
Ce système constitue l'un des nombreux atouts de la place de Londres, l'un des deux principaux marchés financiers mondiaux avec New York. Il va représenter l'un des enjeux des négociations qui s'ouvriront entre Londres et Bruxelles, une fois que le gouvernement britannique aura formellement actionné l'article 50 du traité européen de Lisbonne qui organise la sortie d'un pays membre.
Le président de la Banque centrale allemande, Jens Weidmann, a assuré lundi qu'il y avait un gros risque de voir ce droit supprimé. « Les droits au passeport sont liés au marché unique et cesseraient automatiquement de s'appliquer si le Royaume-Uni n'était plus membre de l'Espace économique européen », a-t-il averti.
Avec à la clé le risque d'une perte pour l'industrie financière britannique impossible à évaluer précisément pour l'instant, mais qui se compterait en milliards de livres.
« Je crois, et je l'ai dit avant le référendum, que la City de Londres souffrirait d'un Brexit. La question, c'est combien », a martelé Colm Kelleher, le numéro deux de la banque américaine Morgan Stanley, interrogé sur la BBC. Avant le vote du 23 juin, Morgan Stanley avait prévenu qu'elle pourrait relocaliser ailleurs dans l'UE un millier d'emplois actuellement situés au Royaume-Uni.
Pas à sens unique
Les cinq premières banques américaines emploient plus de 40 000 personnes dans le pays et la Première ministre britannique Theresa May a rencontré lundi à New York des grands noms de Wall Street pour tâcher de les rassurer.
Le jeu n'est toutefois pas à sens unique et les partisans d'une ligne dure vis-à-vis de Bruxelles soulignent que les firmes financières basées ailleurs en Europe bénéficient aussi de l'accès automatique au vaste marché britannique grâce au passeport européen. Elles sont 8 008 dans ce cas, d'après la FCA.
« Perdre les avantages liés au passeport ne constituerait pas un problème pour la seule City de Londres », a prévenu Anthony Browne, directeur de la British Bankers' Association, le puissant lobby bancaire du pays. Il juge que l'accès au marché britannique constitue « un enjeu crucial » pour les banques européennes, notamment les plus petites, qui n'auraient pas les moyens d'établir à Londres une filiale en bonne et due forme.
Dans le détail, les données de la FCA montrent que les firmes européennes vendent beaucoup d'assurances au Royaume-Uni, où le géant français Axa est très actif. Dans l'autre sens, les produits d'investissement financier mis au point à Londres sont vendus massivement dans les autres pays européens.
La posture que chacun adoptera lors des négociations dépendra in fine des coûts et avantages estimés, juge Fabrice Montagné, économiste en chef pour le Royaume-Uni chez Barclays.
« Quel prix l'Europe est-elle prête à payer pour continuer à exporter ses produits d'assurances vers le Royaume-Uni ? Et pour continuer à bénéficier des services financiers aujourd'hui fournis par Londres ? » s'interroge-t-il auprès de l'AFP.
(Source : AFP)


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