Au moins 16 personnes ont été interpellées, hier, lors de la manifestation à Paris contre la réforme du droit du travail. Cette protestation dans la rue était annoncée comme la dernière, les syndicats réfractaires évoquant pour la suite « d’autres axes de mobilisation : juridique et au sein des entreprises ». Christophe Archambault/AFP
Vitrines brisées, cocktails Molotov, échauffourées avec la police : des violences ont éclaté hier en France, faisant une vingtaine de blessés, lors de manifestations contre la réforme du droit du travail, adoptée pendant l'été après des mois de vive contestation politique et sociale. Pris dans les flammes de manière spectaculaire après le jet de cocktails Molotov, un membre des forces de l'ordre a notamment été brûlé à la jambe à Paris, où quatre manifestants ont aussi été blessés. « Au total, 15 policiers et gendarmes ont été blessés » dans toute la France, « dont deux grièvement », a précisé dans la soirée le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, faisant état de 62 interpellations.
Pour la 14e fois, plusieurs dizaines de milliers d'opposants à la « loi travail » (78 000 selon la police, 170 000 selon les organisateurs) ont défilé dans les rues de Paris et d'une centaine de villes pour demander le « retrait intégral » de cette loi, défendue par le gouvernement socialiste contre une partie de son camp. Le texte, censé fluidifier le marché du travail dans un pays où le chômage culmine à 10 %, est jugé trop favorable aux employeurs par ses détracteurs, qui ont multiplié les manifestations, souvent émaillées de violences.
Comme hier, où des manifestants, certains encagoulés, ont jeté des projectiles contre les forces de l'ordre, qui ont répliqué par des tirs de grenades lacrymogènes et assourdissantes. À Paris, des abribus et du mobilier urbain ont fait l'objet de dégradations. Des cocktails Molotov ont été jetés devant des commerces. Au moins 16 personnes ont été interpellées, tandis que la majorité des participants est restée pacifique. Des affrontements avec la police se sont aussi produits à Nantes et Rennes, deux villes de l'Ouest où la contestation fut particulièrement vive au printemps, ainsi que dans le sud du pays, à Toulouse et Montpellier.
Dans la ville de Belfort, le défilé s'est transformé en manifestation des salariés du groupe ferroviaire Alstom, qui veulent sauver leur usine, berceau de l'emblématique train à grande vitesse (TGV). La direction du groupe souhaite transférer la production sur d'autres sites.
Baroud d'honneur
Après une trêve estivale, et malgré le vote du texte au Parlement, les détracteurs de la « loi travail » ont ainsi ressorti banderoles et slogans pour la manifestation d'hier, annoncée comme la dernière. « Ce n'est pas ce que j'appelle un baroud d'honneur », a toutefois déclaré le dirigeant du syndicat contestataire CGT, Philippe Martinez, dans le cortège parisien, évoquant pour la suite « d'autres axes de mobilisation : juridique et au sein des entreprises ». Les syndicats espèrent notamment bloquer les accords d'entreprise, à qui la loi donne la primauté sur les accords de branche en matière de temps de travail.
Pour les syndicats, à huit mois de la présidentielle, la manifestation vise aussi à maintenir la pression sur un exécutif socialiste accusé d'avoir délaissé son électorat. « On est tombés face à un gouvernement complètement intransigeant. Il en paiera sûrement les conséquences lors des élections, et à tous les niveaux », a prédit Cécile Gondard-Lalanne, du syndicat Solidaires.
Confronté à une fronde d'une partie des députés de gauche, le gouvernement socialiste a dû recourir à une arme constitutionnelle pour faire adopter son projet de loi sans le vote des parlementaires. Désormais, il veut aller vite et s'apprête à publier, en octobre, les textes d'application qui rendront la loi effective.
(Source : AFP)


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