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Moyen Orient et Monde - Réseaux Sociaux

Facebook revient sur sa décision de censurer une célèbre photo de la guerre du Vietnam

Mark Zuckerberg, cofondateur et PDG de Facebook, à Barcelone le 21 février 2016. L’entreprise est au cœur d’une polémique autour de la censure d’une publication de la Première ministre norvégienne. Lluis Gene/AFP

Après avoir créé hier une vive polémique en Norvège en censurant la célèbre photo d'une jeune Vietnamienne nue brûlée au napalm, y compris dans un post de la Première ministre, le réseau social américain Facebook est revenu sur sa décision.

« Nous avons décidé de rétablir l'image sur Facebook là où nous sommes au courant qu'elle a été retirée », a indiqué un porte-parole du groupe, disant tenir compte des réactions de sa communauté d'utilisateurs et du « statut d'image emblématique et d'importance historique » du cliché incriminé.

Très active dans les nouveaux médias, la Première ministre Erna Solberg a défié le géant américain dans la matinée et publié une photo que celui-ci juge contraire à ses règles sur la nudité. Considéré comme un document historique et récompensé par le prestigieux prix Pulitzer, le cliché incriminé de l'agence Associated Press montre une fillette nue de 9 ans fuyant sur une route, hurlant de douleur et de terreur, après une attaque au napalm de son village. Le post de Mme Solberg a disparu en fin de matinée, supprimé selon elle par Facebook. « Ce que Facebook fait en supprimant des photos de ce type, aussi bonnes soient leurs intentions, c'est éditer notre histoire commune », a-t-elle dit dans un nouveau post. « J'espère que Facebook saisira cette occasion pour examiner sa politique rédactionnelle », avait-t-elle ajouté. Mme Solberg avait choisi de publier la photo au nom de la liberté d'expression dans un débat qui a progressivement enflé dans le pays scandinave. Il est né de la décision de Facebook de supprimer il y a deux semaines un post de l'auteur norvégien Tom Egeland sur le thème des photos de guerre, illustré notamment par ce fameux cliché.

 

(Pour mémoire : Facebook accusé de manipuler les sujets tendances sur son site)

 

Des abonnés qui avaient pris sa défense en publiant à leur tour la photo ont ensuite subi la même censure. « Si nous reconnaissons que cette photo est iconique, il est difficile de faire une distinction et d'autoriser la photo d'un enfant nu dans un cas et pas dans d'autres », s'est d'abord défendu Facebook. « Nous essayons de trouver le bon équilibre pour permettre aux gens de s'exprimer tout en préservant une expérience sûre et respectueuse pour notre communauté », avait indiqué une porte-parole. Refusant de désarmer, Mme Solberg a de nouveau publié la photo de la fillette vietnamienne ainsi que d'autres clichés emblématiques, tous biffés d'un carré noir, afin de souligner par l'ironie l'absurdité de censurer des photos historiques.

Cette censure est mal passée dans un pays chantre des libertés. L'affaire a pris de telles proportions que la Fédération de la presse norvégienne a appelé le fonds de pension du pays, le plus gros fonds souverain au monde, qui possédait 0,52 % fin 2015, à examiner si cette pratique était conforme aux critères éthiques qui régissent ses investissements. D'autant plus inquiets que Facebook s'est imposé comme un canal essentiel d'information, des médias traditionnels se sont aussi engagés dans le débat en Norvège et au-delà.

Hier matin, le plus grand journal norvégien Aftenposten a consacré sa une à la fameuse photo et publié une longue lettre ouverte à Mark Zuckerberg, le fondateur du populaire et puissant réseau social. « Je t'ai écrit cette lettre parce que je suis préoccupé par le fait que le média le plus important au monde limite la liberté au lieu d'essayer de l'étendre et parce que cela se produit d'une façon parfois autoritaire », écrit le rédacteur en chef Espen Egil Hansen. Dans un entretien avec l'AFP, M. Hansen a ensuite dit avoir « peur qu'on en arrive à une société où c'est un dénominateur commun qui détermine ce qui est choquant pour la population mondiale ».

 

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