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Moyen Orient et Monde - Décryptage

Les enjeux d’un accord russo-américain en Syrie

Ni les Russes ni les Américains ne veulent vraiment endosser le rôle d'arbitre du conflit. Washington refuse d'utiliser son sifflet, Moscou refuse d'enlever son maillot de joueur.

Les chefs des diplomaties américaine et russe, John Kerry et Sergueï Lavrov, se sont retrouvés pour une journée de discussion sur le dossier syrien, hier à Genève. Kevin Lamarque/AFP/POOL

Il y a un an, se tenait la soixante-dixième session de l'Assemblée générale des Nations unies. Tous les chefs d'État étaient réunis à cette occasion et la question syrienne était au centre des préoccupations.

Particulièrement attendus, les discours du président américain Barack Obama et de son homologue russe, Vladimir Poutine, avaient été en tout point antagoniques, signe des tensions entre les deux acteurs et de la marginalisation de la Russie sur la scène internationale. Les possibilités de coopération entre les deux puissances pour combattre le terrorisme et pour trouver un plan de sortie de crise en Syrie étaient déjà évoquées, mais les divergences entre les deux acteurs restaient importantes.

Quelques jours plus tard, les Russes entamaient officiellement leur intervention militaire en Syrie aux côtés des troupes de Bachar el-Assad et devenaient ainsi, en seulement quelques mois, les maîtres du jeu diplomatique. Les Américains, pas prêts à s'investir davantage en Syrie – au-delà de la question de la lutte contre l'État islamique –, prenaient acte de ce changement, sans jamais réellement essayer de le remettre en cause.

 

(Lire aussi : Le plan de transition de l'opposition syrienne, une manœuvre dilatoire ?)

 

Un an plus tard, la coopération entre Washington et Moscou sur le dossier syrien est plus que jamais d'actualité. Même si des divergences persistent, notamment sur le sort de Bachar el-Assad, les deux puissances ont pleinement pris conscience qu'elles ont besoin l'une de l'autre pour mettre fin au conflit. Coparrains du cessez-le-feu qui était entré en vigueur le 27 février, et qui avait été rompu par les forces du régime, Américains et Russes tentent aujourd'hui de relancer le processus diplomatique, totalement à l'arrêt, pour des raisons différentes. Pour l'administration Obama, c'est sans doute la dernière chance de s'impliquer dans la mise en place d'un processus de paix en Syrie. Pour Vladimir Poutine, c'est peut-être la dernière chance de pouvoir trouver un terrain d'entente avec les Américains avant l'élection du nouveau président en novembre prochain.

 

 

Pas suffisant
Le secrétaire d'État américain, John Kerry, et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, négociaient hier soir ensemble à Genève pour parvenir à un cessez-le-feu, de « sept à dix jours », selon le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier. Le deal est le suivant : les Russes s'engageraient à prendre des mesures concrètes pour forcer le gouvernement Assad à arrêter de bombarder la population et à mettre fin au siège d'Alep, en contrepartie de quoi Washington coopérerait de façon étroite avec Moscou pour lutter contre les groupes terroristes.

La défiance entre les deux acteurs complique la conclusion d'un tel accord: les deux puissances ne s'entendent pas sur la définition des groupes terroristes, et Moscou, engagé dans la bataille d'Alep au côté du régime, ne semble pas prêt à mettre fin au siège. Surtout, aucun des deux parrains ne veut vraiment endosser le rôle d'arbitre du conflit. Washington refuse d'utiliser son sifflet, Moscou refuse d'enlever son maillot de joueur.

 

(Lire aussi : Conflit syrien : nouvelle tentative des Russes et des Américains pour surmonter leurs divergences)

 

Parce qu'ils ne sont pas complètement maîtres de la situation dans leur camps respectifs, Moscou et Washington n'ont actuellement pas la capacité de mettre un terme à ce conflit. Leur entente est nécessaire mais pas suffisante. Pour aboutir, leur initiative doit être soutenue par les acteurs régionaux, qui ont chacun des intérêts bien divergents, et les acteurs locaux, très nombreux et disposant d'une marge d'indépendance par rapport à leurs parrains régionaux. Moscou doit convaincre les Iraniens et Bachar el-Assad de la nécessité de négocier avec l'opposition.

Washington doit convaincre les Turcs, les Saoudiens et l'opposition syrienne de la nécessité de négocier avec M. Assad. Ce n'est pas une mince affaire. Après avoir repris Daraya et dressé à nouveau le siège sur le quartier est d'Alep, le président syrien ne semble pas prêt à accepter une solution politique négociée avec l'opposition. Quelques jours après avoir présenté son plan de transition politique, prévoyant le départ de « Bachar el-Assad et de sa clique », l'opposition syrienne ne semble pas non plus prête à accepter une solution politique négociée avec le régime. Bien plus que de trouver un accord entre eux, le véritable défi pour les Russes et les Américains sera de convaincre les Syriens de s'asseoir autour de la même table. Ce qui est très loin d'être gagné...

 

 

 

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Particulièrement attendus, les discours du président américain Barack Obama et de son homologue russe, Vladimir Poutine, avaient été en tout point antagoniques, signe des...
commentaires (4)

Ni les russes , ni les américains n'obtiendront la paix aussi facilement en palabrant à Geneve Il y a trop de milices sur le terrain à convaincre ou tout simplement à vaincre La Russie n'y arrivera pas seule, Poutine le sait parfaitement Alors on tente d'impliquer les occidentaux .... En tout cas il ne faudra pas compté sur la diplomatie française en déconfiture depuis 2011 quand Obama a ridiculisé Normal 1er qui voulait intervenir seul .... du délire

FAKHOURI

22 h 43, le 10 septembre 2016

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Commentaires (4)

  • Ni les russes , ni les américains n'obtiendront la paix aussi facilement en palabrant à Geneve Il y a trop de milices sur le terrain à convaincre ou tout simplement à vaincre La Russie n'y arrivera pas seule, Poutine le sait parfaitement Alors on tente d'impliquer les occidentaux .... En tout cas il ne faudra pas compté sur la diplomatie française en déconfiture depuis 2011 quand Obama a ridiculisé Normal 1er qui voulait intervenir seul .... du délire

    FAKHOURI

    22 h 43, le 10 septembre 2016

  • Nous assistons à la mise en marche de la pax Roussia ,ceux qui veulent ecore croire que cela pourrait en être autrement se fourre le doigt dans l'oeil jusqu'au trognon. Mr Samrani ce que vous avez écrit est d'une banalité qui n'est pas digne du journaliste qu'on attendait de vous. Sur le terrain la reprise de l'initiative des forces résistantes a donné un aperçu de ce qu'elles peuvent faire à une opposition sur les rotules. Voilà pourquoi les alliés coalisés se presseront de signer un accord qui maintiendra le héros Bashar en place pour tout le temps qu'il faudra. ..

    FRIK-A-FRAK

    11 h 35, le 10 septembre 2016

  • Kerry a juste sauvé la face...Lavrov prépare la nouvelle donne ...et le Monde (comme d'habitude) tente de transformer la faillite de Normal 1er ...en gentille désinfo .... "journalistiquement" correct.....

    M.V.

    10 h 05, le 10 septembre 2016

  • LA CONNIVENCE EST EN MARCHE... SEULS, LES OBTUS ET AVEUGLES MOUMANA3ISTES PERSISTENT A REVER DE VICTOIRES ILLUSOIRES... LE GLAS A PRIS LA RELEVE DU TOCSIN... LES REFORMES ET LA DEMOCRATIE ARRIVENT... ET LES DEPARTS SONT PROGRAMMES ET FONT PARTIE INTEGRALE DE LA CONNIVENCE MASTODONTO/OURSIENNE !!!

    LA LIBRE EXPRESSION

    08 h 23, le 10 septembre 2016

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