L'heure est aux rangements, au grand ménage, aux réinstallations et aux préparatifs divers qui accompagnent ce bouleversement appelé « rentrée » depuis l'invention des congés. On s'agite, on vibrionne, on reprend sa routine avec un sentiment mitigé de tristesse et de soulagement. Il y a quelque chose de rassurant à renouer avec le rythme ordinaire, aussi lourd soit-il. Le ciel sait, les arbres savent, les herbes sauvages savent aussi, les vignes, les moutons, les chèvres savent que la nature est à la veille de son grand retour sur elle-même.
« Si nous voulons que tout reste tel quel, il faut que tout change », dit Tancredi, le neveu du prince Salina, dans Le Guépard de Lampedusa. A contrario, si nous ne changeons rien, tout changera de soi-même, et pas pour le meilleur. Et c'est ce postulat inversé que semble avoir adopté la classe dirigeante libanaise. Il se résume en un seul mot : pourrissement.
En l'absence d'un président de la République, malgré les pouvoirs limités que confère à celui-ci la Constitution de Taëf, tout se passe comme si chaque responsable au pouvoir, et chacun de ses sbires dans les diverses administrations, se sentait confiant d'avoir les coudées franches pour s'engager un peu plus avant dans la course au pillage des biens publics. Pas une institution, pas une infrastructure qui n'échappe à leurs marchandages de rapaces. Pratiques mafieuses et chasses gardées sont les deux mamelles dont se nourrit le statu quo libanais. Sinon, comment expliquer qu'un aussi petit pays peine autant à assurer son autonomie en électricité, en ramassage, triage et recyclage des ordures ? Comment expliquer que tous les États riverains aient déjà assuré l'exploitation future de leurs réserves méditerranéennes d'hydrocarbures sauf le nôtre ? Comment expliquer que l'eau manque, malgré la générosité exceptionnelle de la nature pour cette terre au-delà de laquelle tout n'est que désert ? Les mêmes questions, encore et encore, ad libitum, depuis des décennies. Et la même réponse : personne n'a intérêt à trouver de solutions. Copains et coquins se nourrissent sur le dos de la bête. Et la bête est crevée. Et sa puanteur envahit nos routes, nos paysages et jusqu'à l'air que nous respirons. À moins que ces miasmes ne proviennent des hauts lieux mêmes, des nids de vautours où se prépare leur cuisine mortifère. Ou alors est-ce la corruption elle-même qui pue la charogne. Et qu'on n'aille pas jeter la faute sur les réfugiés. On sait bien que leur présence massive pèse sur nos infrastructures déjà fragiles, mais rien qui ne puisse être résolu avec une bonne gouvernance. En d'autres temps, on aurait mis la faute sur Israël. C'est commode, Israël, quand on n'a pas la bonne réponse. Sauf qu'Israël, en ce moment, est étrangement calme.
Pendant que se délite ce pays de liberté et de convivialité, rêvé par toute une génération écrasée par des siècles de domination étrangère, refuge de tous les opprimés de la région et au-delà, foyer d'artistes, de créateurs, d'écrivains et de penseurs d'avant-garde, ses citoyens luttent, seuls, sans aucun soutien, pour préserver leur avenir et celui de leurs enfants sur leur terre natale, s'assurer une vie décente et ne pas démériter du combat de leurs ancêtres. Et non, quoi qu'on dise, ils n'ont pas les gouvernants qu'ils méritent.
« Si nous voulons que tout reste tel quel, il faut que tout change », dit Tancredi, le neveu du prince Salina, dans Le Guépard de Lampedusa. A contrario, si nous ne changeons rien, tout changera de soi-même, et pas pour le meilleur. Et c'est ce postulat inversé que semble avoir...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Quelle belle description et combien intéressante! Mais malheureusement ce pauvre pays est descendu trop bas! Triste et sans motivation, la vie des gens de bonne volonté est déconcertante. Ces gens ont du mal à poursuivre la lutte pour une meilleure qualité de vie de leurs enfants...Ils sont à la recherche de cieux plus cléments
21 h 02, le 08 septembre 2016