Le prix du pétrole « doit être juste, et aujourd’hui il ne l’est pas », a argué hier devant la presse le président russe Vladimir Poutine. Saleh al-Obeidi/AFP
L'annonce hier d'un renforcement de la coopération entre l'Arabie saoudite et la Russie pour stabiliser le marché pétrolier a conforté le rebond des prix de l'or noir entamé vendredi, même si, avec un gel de la production toujours exclu, la portée d'une telle déclaration semblait limitée.
Six mois après l'échec de la réunion à Doha, le ministre russe de l'Énergie Alexandre Novak et son homologue saoudien Khaled el-Faleh ont signé une déclaration commune en marge du sommet du G20 en Chine, soulignant « l'importance d'un dialogue constructif et d'une coopération étroite entre les principaux pays exportateurs afin de soutenir la stabilité sur le marché du pétrole ».
Dès dimanche, le président russe Vladimir Poutine et le vice-prince héritier d'Arabie saoudite Mohammad ben Salmane avaient prôné une coopération renforcée, notamment dans le domaine pétrolier. Le prix du pétrole « doit être juste et aujourd'hui il ne l'est pas », a argué hier devant la presse M. Poutine.
Si l'annonce d'une déclaration saoudienne imminente a fait bondir de 5 % les cours du pétrole au début des échanges européens, la hausse s'est apaisée lorsqu'elle a été officiellement publiée, et les gains se sont réduits de plus de moitié. À la clôture, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre valait 47,41 dollars sur l'InterContinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 58 cents par rapport à la clôture de vendredi. Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de « light sweet crude » (WTI) pour livraison en octobre gagnait 1,02 dollar à 45,17 dollars.
« Il n'y a eu aucun plan ou du moins aucune indication immédiate que cette déclaration allait conduire à une baisse de la production pétrolière, ce qui de nouveau a rendu les investisseurs perplexes », a expliqué à l'AFP Jameel Ahmad, analyste chez FXTM.
Riyad, le chef de file de l'Opep, et Moscou, qui ne fait pas partie du cartel, ont notamment annoncé la création d'un groupe de travail chargé de présenter « des recommandations concernant les mesures à prendre pour garantir la stabilité et la prédictibilité du marché ». Les Émirats arabes unis, le Koweït et le Nigeria, tous trois membres du cartel, se sont félicités hier de la reprise du dialogue.
Déclarations de bonne intention ?
Mais à trois semaines d'une réunion informelle des 14 pays de l'Opep en marge d'un forum énergétique à Alger, l'embellie des relations entre la Russie et l'Arabie saoudite apparaissait à beaucoup comme particulièrement opportuniste, sans présager d'une action concrète le jour venu. « Il faut toujours se méfier des annonces qui sont faites à l'occasion du G20 car ce sont bien souvent des déclarations de bonne intention », a prévenu Christopher Dembik, analyste chez Saxo Banque. L'analyste ne voyait en particulier pas de raison valable pour que les deux pays mettent en place un gel de la production en dehors d'un accord global qui inclurait l'Iran et l'Irak, alors que les prix du pétrole se sont stabilisés cet été.
Fidèle à une ligne défendue de longue date, Khaled el-Faleh a d'ailleurs répété hier qu'un gel de la production n'était actuellement « pas nécessaire » car la situation du marché « s'améliore de jour en jour ».
Cité par l'agence Interfax, le ministre russe de l'Énergie a au contraire indiqué qu'une action commune pourrait se traduire par un gel de production – « la mesure la plus efficace » –, la mise en place de « plafonds et même une baisse de production ».
Il pourrait donc y avoir un désaccord de taille entre les deux géants pétroliers sur les mesures à prendre contre la surabondance qui mine le marché de l'or noir depuis plus de deux ans.
(Source : AFP)


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