L’incinérateur en marche à Dhour Choueir. Photo fournie par Raja Noujaim
Les conséquences de la crise des déchets sur les municipalités et le chaos qui résulte des désagréments engendrés par les ordures empilées commencent à se faire sentir dans de nombreuses localités. Dhour Choueir en fait partie : l'achat d'un incinérateur par des investisseurs privés l'année dernière avait déjà créé la polémique entre défenseurs et détracteurs, ces derniers craignant la pollution qui résulterait du fonctionnement de l'installation. Des études étaient donc menées depuis un certain temps par un bureau de consultant, qui devrait donner son rapport au ministère de l'Environnement.
Or des habitants qui, jusqu'à nouvel ordre, requièrent l'anonymat ont constaté que l'incinérateur fonctionne bel et bien depuis lundi. Ils affirment qu'une fumée noire sortant des cheminées de l'incinérateur a été observée. Ils soulignent enfin qu'une pétition, signée par plus de 300 personnes de Dhour Choueir et de Khenchara, village voisin qui s'estime également exposé aux fumées, a été envoyée au ministère de l'Environnement et est restée pour l'instant sans réponse. Sur le plan technique, ils se demandent pourquoi les déchets sont incinérés sans tri, contrairement aux promesses, soulignant aussi que le terrain sur lequel est situé l'incinérateur appartient à la municipalité, alors que lui-même est propriété privée.
Interrogé sur ce dossier, le président du conseil municipal de Dhour Choueir, Élie Sawaya, confirme à L'OLJ qu'il a bel et bien été mis en marche. « Que voulez-vous qu'on fasse ? a-t-il martelé. Les déchets sont dans les rues, le gouvernement nous laisse sans ressources. Avec les estivants et les réfugiés syriens qui s'ajoutent à la population du village, nous produisons 50 à 60 tonnes de déchets par jour. Pouvons-nous les garder dans les rues ? »
(Pour mémoire : Le bras de fer se poursuit autour de l’installation de Dhour Choueir)
Il confirme que les études sont en cours et qu'elles n'ont pas été terminées (nous n'avons pu contacter le ministre de l'Environnement, qui est en déplacement), mais répète que dans le cadre de la crise actuelle, la municipalité n'avait pas le choix. Samar Khalil, spécialiste en études d'impact et en gestion environnementale, bien au courant du dossier, explique à L'OLJ que l'étude en cours, effectuée par un bureau de consultant, représente en fait une étape préliminaire qui précède l'étude d'impact environnemental, plus vaste et plus exhaustive. Certains tests ont déjà été effectués, précise-t-elle.
« Mais dans tous les cas, comme tous les déchets sont brûlés ensemble selon les observations, il est très difficile de déterminer dans ces conditions quels polluants sont dégagés, poursuit-elle. De plus, le problème de cet incinérateur est qu'il doit être régulièrement ouvert pour être alimenté. Il est vrai qu'il est doté de filtres dont je ne peux évaluer l'efficacité, mais s'il est ouvert régulièrement, des polluants peuvent s'en échapper quand même. »
Pour Élie Sawaya, les craintes liées aux émissions sont un faux problème. Interrogé sur la fumée noire, il répond : « Je peux vous certifier qu'il n'y a qu'une vapeur d'eau qui se dégage de cet incinérateur. La fumée noire dont on parle vient d'en contrebas, de Khenchara, où les déchets font l'objet d'une incinération sauvage. Cette pratique très dangereuse est d'ailleurs constatée partout au Metn. Est-ce qu'ils préféreraient que nous fassions de même ? »
Sur les plaintes d'habitants, il considère que « leur nombre ne dépasse pas les 6 ou 7 sur quelque 3 000 habitants », ce qui est naturellement contredit par certains détracteurs du projet. Le président de la municipalité ne ferme toutefois pas la porte au dialogue, estimant « pouvoir écouter les doléances et accepter de considérer d'autres idées, à supposer qu'il y en ait ».
(Lire aussi : Les Kataëb appellent à la création d’usines de tri et de traitement, contrôlées par les municipalités)
D'autres idées, c'est ce que le militant Raja Noujaim, de la Coalition contre le plan gouvernemental de gestion des déchets, dit leur avoir fourni. « Il suffisait de pulvériser un produit spécial pour empêcher la prolifération des odeurs et des microbes, assuré par un homme de Dhour Choueir, de surcroît, puis de les emballer dans des sacs en gros tissu blanc avant de les stocker, jusqu'à nouvel ordre, dit-il. D'autres municipalités au territoire bien plus vaste, comme Jdeidé, l'ont fait. »
M. Noujaim, qui dénonce le fait que l'incinérateur fonctionne sans autorisation et sans contrôle, déclare avoir déposé plainte auprès des ministères concernés, soulignant que le ministère de l'Environnement n'a pas encore envoyé de contrôleurs sur place.
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Repère
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Le plus ahurissant dans cette histoire est qu'une municipalité, organe officiel qui devrait montrer le bon exemple, puisse ainsi violer les lois de façon aussi flagrante sans que rien ne soit fait pour l'en empêcher. Je pense en particulier à l'article 58 de la loi 444/2002 sur la protection de l'environnement, laquelle stipule que quiconque entreprend un projet potentiellemt polluant sans une étude PRÉALABLE (la définition de ce mot est très claire) d'impact sur l'environnement est passible d'une peine de un mois à un an de prison, et/ou à une amende de quinze à deux cent millions de livres libanaise... Le ministre et ex-ministre (les "investisseurs privés" non nommés mais que tout le monde connaît) sont-ils donc si intouchables? D'accord nous sommes au Liban, mais même là il y a des limites, non? La municipalité est aux ordres et mise en avant, mais les vrais coupables sont connus. Il serait temps de faire un exemple en appliquant la loi pour une fois. Voilà qui redonnerait un tantinet de confiance en la classe politique, qui en a bien besoin...
21 h 38, le 02 septembre 2016