Justice

L’affaire Manal Assi suscite de nouveaux remous

Le procureur général près la Cour de cassation affirme qu'il formulera un pourvoi en cassation « si cela est nécessaire ».

Nada Assi : « Je viens réclamer la justice pour ma fille. » Photo Hassan Assal

« Quelle mascarade ! Ce jugement est une invitation indirecte aux hommes pour qu'ils continuent à battre leurs femmes et à les tuer ! »

Devant le Palais de justice à Beyrouth, plusieurs dizaines de femmes se sont rassemblées hier une fois de plus, à l'initiative de l'ONG Kafa et du Conseil national de la femme, pour s'insurger cette fois-ci contre l'inaction du procureur général près la Cour d'appel de Beyrouth après l'expiration du délai d'un mois dont il disposait pour présenter un pourvoi en cassation contre le jugement émis le 14 juillet dernier dans l'affaire Manal Assi, tuée en 2014 par son mari, Mohammad Nhaïly.

Dans son jugement, la magistrate Hélène Iskandar, présidente de la Cour criminelle, s'était référée à l'article 252 du code pénal qui permet au coupable de bénéficier de « circonstances atténuantes » s'il a commis son crime « sous le coup d'une violente colère due à un acte injuste et dangereux de la victime », en l'occurrence l'infidélité de sa femme découverte le jour du crime. Ainsi, la peine du meurtrier a été réduite à cinq ans de prison, en comptant la durée de sa détention depuis février 2014. Il retrouvera donc sa liberté dans moins de deux ans.

Manal Assi a été tuée en février 2014 à l'âge de 33 ans. Son mari l'avait rouée de coups, parce qu'elle s'était opposée à son troisième mariage, avait alors confié à L'Orient-Le Jour une parente de la victime, qui avait précisé que ce n'était pas la première fois qu'il la battait. Le jour où il l'a tuée, il avait appelé sa belle-mère et lui avait demandé de « venir récupérer le corps de sa fille », selon la parente, qui avait raconté que Mohammad l'avait sauvagement battue et n'avait accepté de la transporter à l'hôpital que des heures plus tard, non sans avoir sommé la sœur et la mère de Manal, qui étaient accourues sur les lieux, de dire que cette dernière était tombée et s'était heurtée contre l'évier. Une réponse qui n'avait pas convaincu le médecin légiste qui avait alerté le poste de gendarmerie de Tarik Jdidé où habitait le couple. Selon la parente de la victime, Mohammad lui avait asséné des coups avec une cocotte-minute, lui brûlant le cou, « après avoir versé le contenu de la marmite sur elle ».

 

(Voir aussi : Violence domestique : la société civile libanaise en colère contre la justice)

 

« Nous ne nous tairons pas »
« Je viens réclamer la justice pour ma fille », crie haut et fort Nada Assi. « Même si ma fille avait tort, ce n'est pas une manière de se comporter. Comment peut-on emprisonner un meurtrier cinq ans uniquement ? », s'est-elle demandée, soulignant qu'elle avait abandonné les poursuites contre son gendre, parce qu'elle avait « peur » pour ses filles et qu'elle n'a personne pour la protéger.

« L'affaire de Manal Assi n'est pas une affaire personnelle, mais une affaire sociale », déclare Me Iqbal Doughan, présidente du Conseil national de la femme. « Est-ce que le sang versé par Manal et par toutes les femmes victimes de violence domestique ne vaut pas grand-chose aux yeux de la justice ? », s'est-elle demandée, soulignant qu'il est facile de ternir la réputation d'une femme qui n'est plus là pour se défendre. Elle a, par ailleurs, dénoncé le recours par la Cour criminelle de Beyrouth à l'article 252, « au lieu de se référer à la loi pour protéger la femme de la violence domestique qui prévoit des sanctions plus sévères à l'encontre du criminel ».

« Nous sommes étonnés de constater que le parquet général près la Cour d'appel n'a pas présenté un pourvoi en cassation dans un délai d'un mois qui expire aujourd'hui », a ajouté l'avocate, assurant que les associations défendant les droits de la femme « ne se tairont pas ».
Plus tard en journée, le procureur général près la Cour de cassation, le magistrat Samir Hammoud, a annoncé s'être saisi du dossier. « S'il y a des raisons qui justifient un pourvoi en cassation, je formerai un tel pourvoi », a-t-il déclaré. Le magistrat dispose d'un délai de deux mois pour le faire à partir de la date du jugement. Celui-ci expire donc le 15 septembre. À suivre.

 

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commentaires (3)

et oui, c'est le Liban, tuer sa femme , c'est chose banal, si il avait tué un chien, il y aurait plus de réaction

Talaat Dominique

18 h 35, le 17 août 2016

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Commentaires (3)

  • et oui, c'est le Liban, tuer sa femme , c'est chose banal, si il avait tué un chien, il y aurait plus de réaction

    Talaat Dominique

    18 h 35, le 17 août 2016

  • ET POUR CAUSE...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 37, le 17 août 2016

  • il n'y a pas de mot plus dur: c'est un scandale. Bien sur le texte de loi est valable pour le moyen âge pas pour notre époque et Mme la juge il ne s'applique pas il y a eu préméditation et pas sur un moment de colère ! le mari veut épouser une troisième femme et elle n'a pas droit d'avoir une autre relation ? Et si c'était elle qui avait tué son mari vous auriez été aussi clémente ? j'en doute !

    yves kerlidou

    09 h 12, le 17 août 2016