Hinkley Point. Photo HO/AFP
Le choix du Royaume-Uni de reporter à l'automne sa décision finale sur la construction d'une centrale nucléaire à Hinkley Point (Angleterre) risque de jeter un froid sur les relations entre Pékin et le nouveau gouvernement britannique de Theresa May.
L'ex-Premier ministre David Cameron avait fait des relations avec la Chine un axe central de sa politique économique. En octobre 2015, Londres déroulait le tapis rouge au président chinois Xi Jinping, cherchant à attirer des investissements bienvenus en période d'austérité. Selon le gouvernement britannique, les accords signés pendant cette visite d'État ont atteint 40 milliards de livres (52 milliards de dollars).
La Chine s'était à l'époque engagée à financer, par le biais de l'entreprise publique CGN, un tiers du projet géant de construction de deux réacteurs nucléaires par le groupe français EDF à Hinkley Point, d'un montant total de 23,5 milliards de dollars. Mais à peine le feu vert du conseil d'administration d'EDF donné le 28 juillet, Londres a surpris en prévenant qu'il devait encore l' « examiner avec soin », et qu'il ne rendrait sa décision finale qu'au début de l'automne. Or, à l'heure où le Royaume-Uni, sur le chemin d'une sortie de l'Union européenne, va devoir chercher de solides alliances commerciales hors de l'Union, ce retard pourrait porter un coup à ses relations avec la Chine.
La presse officielle chinoise s'est inquiétée en affirmant que ce retard « ajoutait des incertitudes à l'âge d'or des relations entre la Chine et le Royaume-Uni ».
Craintes pour la sécurité
Du côté britannique, le projet de Hinkley Point suscite de nombreux doutes : sur son rapport qualité-prix, son impact environnemental, mais aussi les potentiels risques en termes de sécurité énergétique.
Alors que les intentions de Theresa May, arrivée aux commandes du pays le 13 juillet, sont encore incertaines, son chef de cabinet, Nick Timothy, avait déjà par le passé exprimé des réticences. Pour lui, la Chine serait à même d'introduire des failles dans les systèmes informatiques britanniques, « qui lui permettraient d'interrompre la production énergétique » si elle le voulait.
Pékin ne « peut pas tolérer » les accusations selon lesquelles ses investissements menaceraient la sécurité nationale du Royaume-Uni, a rétorqué l'agence Chine nouvelle.
Pour Kerry Brown, directeur de l'institut Lau China Institute au King's College London, si Pékin devrait pouvoir comprendre la « prudence initiale » du nouveau gouvernement britannique, l'attitude de la Chine risque de changer si le projet est finalement abandonné. À l'heure où le gouvernement britannique s'affranchit d'une bonne partie de l'héritage de David Cameron, les relations économiques avec Pékin pourraient souffrir.
Katherine HADDON/AFP


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