Les bureaux de l’ONG World vision à Gaza. Mohammad Abed/AFP
Israël a annoncé hier avoir arrêté et inculpé le responsable palestinien de World Vision à Gaza, l'accusant d'avoir détourné au profit du Hamas islamiste des dizaines de millions de dollars de cette organisation caritative chrétienne américaine présente dans le monde entier.
Mohammad Halabi, ingénieur de 38 ans, a été arrêté le 15 juin au point de passage d'Erez entre Israël et l'enclave, a indiqué la Sécurité israélienne (Shin Beth). Il a été inculpé hier sous 12 chefs d'atteinte à la sécurité d'Israël, parmi lesquels « appartenance à une organisation terroriste » et « financement du terrorisme ». Membre du Hamas depuis 1995, il a été recruté en 2004 par la branche armée « avec une mission : infiltrer World Vision, monter en grade et accéder à un poste d'influence », a dit à des journalistes à Ashkelon un responsable du Shin Beth sous le couvert de l'anonymat.
Embauché par World Vision en 2005, il en a pris la charge à Gaza en 2010 et a détourné depuis, chaque année, 7,2 millions de dollars pour le Hamas et ses activités militaires, a-t-il dit.
Parmi ses turpitudes, selon le Shin Beth : appels d'offres truqués, factures gonflées, rémunération de membres du Hamas comme employés de projets humanitaires, livraison au Hamas de matériel destiné aux projets en question, détournement de colis alimentaires ou sanitaires au profit des combattants du Hamas... Environ 1,5 million de dollars auraient été remis chaque année en liquide aux combattants du Hamas.
D'autres ONG seraient dans le viseur
Toujours selon le Shin Beth, l'argent de World Vision a servi à financer une base militaire, à acheter des armes ou à construire des tunnels d'attaque sous la barrière frontalière qui enferme hermétiquement le territoire palestinien, théâtre de trois guerres avec Israël entre 2008 et 2014.
World Vision ne se serait rendu compte de rien alors que 60 % de son budget annuel à Gaza auraient été dévoyés, a précisé le responsable du Shin Beth. World Vision, qui se présente comme l'une des plus importantes organisations humanitaires avec plus de 40 000 employés dans près de 100 pays, a dit n'avoir « aucune raison » de croire aux incriminations contre son directeur à Gaza, Mohammad Halabi. Ses programmes à Gaza sont régulièrement contrôlés, a-t-elle indiqué dans un communiqué. « Sur la base des informations, dont nous disposons à ce stade, nous n'avons aucune raison de croire que ces allégations soient exactes », a-t-elle ajouté. Le Hamas à Gaza a dit, lui, n'entretenir « aucune relation avec le citoyen Mohammad Halabi ». Les accusations israéliennes visent à nouveau à « opprimer notre peuple », a-t-il dit. Mais nombre de personnalités israéliennes ont immédiatement fait de cette arrestation extrêmement rare l'exemple par excellence de l'exploitation faite, selon elles, par le Hamas de l'aide humanitaire considérable destinée à la bande de Gaza et de la présence d'innombrables ONG dans le territoire reclus.
(Source : AFP)


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