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Liban

Né quelque part...

Arrêt sur image
30/07/2016

C'était les 29 et 30 décembre 1982. Maxime Le Forestier avait été sollicité par l'ambassade de France pour venir chanter dans Beyrouth, sinistrée, ravagée par l'invasion israélienne et les massacres de Sabra et Chatila. Selon Bénédicte Chamoun, témoin de ce double concert au théâtre Piccadilly, quelques fans remontés contre l'envahisseur attendaient l'intéressé avec des tee-shirts estampillés: I survived operation Peace for Galilea. Maxime Le Forestier avait aussi entonné une chanson-charade, pour amuser son public, « Mon premier, mon second »... et le public s'en était plutôt bien sorti. À la 5e devinette – « Mon cinquième est ce que, malade, je gémis quand je lis Match » – silence général dans la salle. Seule une voix s'élève pourtant, tout à fait sûre d'elle-même, celle du jeune Samir Kassir (22 ans à l'époque), qui crie à l'adresse du chanteur: « Jean Cau », le nom d'un éditorialiste de Paris Match. Bonne réponse !

Maxime Le Forestier entonna aussitôt : « Oh Jean Cau me noue... ».
À la sortie le groupe de jeunes l'avaient alpagué, l'invitant à enfiler l'un des fameux tee-shirts. Après avoir chapardé trois bouteilles de champagne d'une soirée locale – probablement du Cordon Rouge – ils avaient repéré l'appartement où Maxime Le Forestier passait sa soirée, au cinquième étage d'un immeuble situé non loin de la montée Joumblatt, chez un responsable du Centre culturel français, et ils y avaient débarqué sans crier gare, avec un argument de masse, « le champagne ».


(Pour mémoire : On a retrouvé la maison bleue de Maxime Le Forestier)

 

Durant la soirée, les discussions seront animées et les esprits fervents, se souvient Bénédicte Chamoun. Entre Maxime et Samir, beaucoup d'échanges auront lieu – qu'il ne faut pas perdre espoir, du reste, de découvrir un jour, puisque les enregistrements-pirates de cette soirée (et du concert) existent. La nuit s'était terminée par un tour de chant, si bien que le lendemain, le chanteur avait demandé pour son deuxième concert à Bénédicte Chamoun et Nada Abboudi de faire les chœurs avec lui. Ce deuxième soir, Maxime Le Forestier avait répété sa charade badine avec le public. Nouveau silence, nouvelle réponse de Samir Kassir, seul à réagir. « Il y en a un qui était là hier », répondra le chanteur, taquin, du tac au tac. Et, à nouveau, la soirée s'était terminée chez un particulier, en présence de l'attaché culturel de l'ambassade, offrant champagne et débats passionnés autour de la politique régionale, avec Samir Kassir. C'est durant l'une de ces deux soirées que cette photo, particulièrement expressive, a été prise par Najib Khairallah. Le chanteur était déjà un porte-étendard d'une gauche humaniste et démocratique depuis une vingtaine d'années ; le journaliste, en partance pour la France, était en passe de devenir un intellectuel de poids, le repère de toute une jeunesse en révolte, l'icône de toute une génération, et le martyr emblématique d'une certaine révolution.

Jeudi soir, à l'occasion de la soirée Brassens de Maxime Le Forestier à Byblos, l'un des compagnons de Samir Kassir, Gabriel Deek, accompagné de Shirine Abdallah, a ressorti cette photo, pour la montrer à l'artiste – sans manquer de lui résumer, en quelques mots, le destin flamboyant et tragique de l'homme au regard torturé et méditatif qui se trouve à ses côtés sur ce cliché emblématique de toute une époque – et la lui faire dédicacer. Un moment d'intense émotion, qui a laissé, l'espace d'un infime instant, l'extrêmement pudique Maxime Le Forestier, à son tour, parfaitement méditatif face à cette image surgie d'un autre temps, et qui a figé deux grands « oiseaux de passage » ensemble pour l'éternité.

 

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