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Économie

Pour la Banque mondiale, l’ampleur de son aide dépend aussi des réformes

Liban - Compte-rendu

Présentant hier son plan cadre de collaboration avec le Liban pour les six prochaines années, la Banque mondiale a notamment souligné que la présence d'un « climat politique favorable aux réformes » figurait plus que jamais parmi les critères de sélection des projets soutenus.

28/07/2016

Adopté le 14 juillet par le conseil des administrateurs du Groupe de la Banque mondiale (BM), le nouveau cadre de partenariat stratégique (CPS) avec le Liban pour la période 2017-2022 a été officiellement lancé hier au bureau de l'organisation à Beyrouth, en présence de représentants de plusieurs ministères, de députés, de chercheurs et d'acteurs du secteur privé et de la société civile.

Le CPS 2017-2022 s'articule autour de deux priorités. « La première concerne l'élargissement de l'accès des citoyens aux services (publics) et l'amélioration de leur qualité. Ces services concernent l'accès à l'eau, la protection de l'environnement, les transports et le développement local et municipal », précise Mouna Couzi, responsable des opérations de la BM au Liban. « La seconde priorité vise à fournir plus d'opportunités d'emploi et à améliorer le bien-être de tous, et consistera en l'amélioration de l'environnement des affaires, de l'accès à la finance, à l'éducation, aux services de santé », poursuit Mme Couzi, avant d'insister sur « la question du genre, également soulevée dans le CPS, et présente dans plusieurs projets financés par la BM, notamment dans (les mécanismes de ciblage) des bénéficiaires ».

Des priorités envisagées à travers « des réponses à court terme destinées à résorber l'impact négatif de la crise syrienne sur le Liban, et d'autres à moyen terme qui seront élaborées en fonction de l'avancée des réformes », indique Mme Couzi. Dans sa présentation des grandes lignes du CPS, publiée le 14 juillet, la BM avait ainsi déploré que durant les années 2015 et 2016 « la paralysie politique du gouvernement a entravé le processus de prise de décision ainsi que la capacité de la BM d'engager de manière effective une stratégie à long terme ». Pour rappel, à l'exception des lois dites de « nécessité économique » votées en novembre dernier – dont une dizaine visait à ratifier des conventions de prêts de la BM au Liban qui risquaient d'être annulées pour non-respect des délais prévus –, le Parlement n'a pas légiféré depuis octobre 2014.

 

(Lire aussi : Un nouveau cadre de partenariat entre le Liban et la Banque mondiale)

 

Approche conditionnelle
Tirant les leçons de cet obstacle, la BM a donc tenu à souligner que la volonté politique pour l'adoption de réformes jugées nécessaires et l'efficacité des pouvoirs publics dans leur mise en œuvre figuraient désormais parmi les critères retenus pour évaluer les priorités, voire le montant des financements octroyés. Ainsi, les équipes de la BM vont certes « s'attaquer aux secteurs prioritaires du pays », mais sélectionneront désormais uniquement les projets « à grand impact, dans les domaines où il y a un engagement politique pour effectuer des réformes », tranche Mme Couzi.

Les trois premières années du partenariat nécessiteront des fonds estimés à 1,1 milliard de dollars, composés de financement de la BM et de dons associés. « Le CPF traduit notre volonté d'aider le Liban en un engagement financier », affirme Ferid Belhaj, directeur du département du Moyen-Orient à la Banque mondiale, avant d'ajouter que « le budget alloué peut augmenter si nous percevons un climat politique favorable aux réformes ».

« Nous considérons nos financements comme des investissements et non comme des prêts, et nous sommes prêts à soutenir l'ensemble des secteurs. Les secteurs les plus importants au Liban, selon la BM, sont les secteurs de l'eau, de l'énergie, des télécoms, en plus des secteurs de l'éducation et de la santé », déclare M. Belhaj.
« C'est précisément pour cela que nous investissons dans le dialogue entre les différents acteurs politiques du pays. Par exemple, une fois que le dialogue aboutit à un consensus entre l'ensemble de ces acteurs sur un dossier donné, nous interviendrons sur ce dossier », explique M. Belhaj.

Cependant, pour l'organisation, cette approche conditionnelle dans la prioritisation des projets soutenus ne peut en revanche être retenue face à l'urgence de résorber l'impact négatif de la crise syrienne sur le Liban. Le CPS inclut donc plusieurs projets, financés par la BM et d'autres bailleurs de fonds, destinés directement à répondre à cette situation. Et là, c'est bien au gouvernement libanais de définir ses priorités.
« Lorsque la crise syrienne a commencé à avoir des impacts négatifs sur la région et sur le Liban, nous avons créé un fonds multibailleurs pour le Liban qui a réuni une somme de 75 millions de dollars, destinée à financer des projets municipaux, éducatifs, sanitaires... » rappelle M. Belhaj. « Mais ce n'était pas suffisant, alors nous avons proposé au Liban des prêts à taux concessionnels, soit à 0 %, en y ajoutant des dons d'autres bailleurs de fonds que sont les États-Unis, le Canada, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, la Norvège, le Japon », poursuit-il.

« Un fonds a été lancé en avril à cet effet et nous devons maintenant avancer dans le financement de projets. Nous avons demandé au gouvernement de sélectionner les projets qui nécessitent ce type de financements », confie M. Belhaj.

Après avoir présenté hier au Conseil des ministres les 13 projets considérés comme prioritaires par son administration dans l'accès à ce financement ainsi que leurs budgets respectifs, le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, doit donc se réunir aujourd'hui avec les représentants des pays donateurs pour leur soumettre cette liste.

Parmi les projets retenus figurent notamment la réhabilitation de la décharge de Bourj Hammoud, l'extension de la centrale électrique de Zahrani ou encore la réhabilitation de la ligne de chemin de fer entre Tripoli et la Syrie.

 

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