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Variations sur l’islamisme

Y a-t-il vraiment un islamisme modéré, libéral, light ?
La question n'est pas née d'hier, et en ces temps d'ébullition, elle n'est pas près d'être tranchée. En fait, le putsch avorté de Turquie confère à ce débat un regain d'actualité. Et d'acuité, puisque les deux protagonistes et vedettes de ce grave évènement, le président Erdogan et sa bête noire, Fethullah Gülen, se réclament l'un et l'autre de la même fidélité aux préceptes de la religion, plus ou moins tempérée par les nécessités du moment, autrement dit les concessions forcées à la démocratie. Tout cela pour le moment, on verra bien plus tard...

Les ambitions sultanesques de Recep Tayyip Erdogan, sa nostalgie des gloires ottomanes et la corruption de son proche entourage ne sont même plus matière à discussion ; et c'est dans la féroce répression des putschistes, dans la colossale purge en cours, que le président turc trouve une occasion inespérée (et même peut-être provoquée ?) de satisfaire d'aussi démesurées ambitions. Moins flamboyant, mais considérablement plus subtil, paraît le travail de sape conduit depuis des années, depuis son exil de Pennsylvanie, par Gülen : État parallèle, État dans l'État, fulmine non sans raison le régime d'Ankara.

Mieux encore, État transnational. Car royalement financé par des donateurs, doté de ses écoles et hôpitaux, de publications et d'une station de télévision, d'une banque, d'une compagnie d'assurances et de diverses autres entreprises, le réseau Gülen étend ses activités, charitables, pédagogiques et autres, à l'Afrique et à l'Asie centrale aux Balkans, et même à l'Amérique. Classé par la revue Foreign Policy parmi les intellectuels les plus influents du monde, l'imam Gülen prône un islam ouvert sur le monde et la modernité, un islam appelé à se rénover et à s'accommoder des réalités scientifiques ; étudier la physique, les maths et la chimie, c'est adorer Dieu, professe ainsi cet adepte du soufisme. Gülen n'est pas pour autant un philanthrope désintéressé : à ses ouailles, il recommande en effet de s'engouffrer dans les artères du système, sans être remarqués de quiconque, jusqu'à atteindre les centres du pouvoir.

Or, pour qui voit loin et sait patienter, c'est dans l'enseignement que tout commence. Les deux frères ennemis le savent fort bien. Le premier a fondé près de deux mille écoles, disséminées dans 140 pays, et il dispose d'une université à Istanbul. Et si le second se propose de réorganiser l'armée, s'il décapite à tour de bras la justice, c'est sur les recteurs et doyens d'université, sur les instituteurs, sur les étudiants résidant à l'étranger et sommés de rentrer immédiatement au pays, qu'il s'acharne avec le plus d'ardeur. Son contre-coup d'État, car c'en est bien un, ne se limite plus aux niveaux juridique et sécuritaire, c'est au plan académique et culturel que le président turc le transpose. C'est sur les générations montantes qu'il le projette.

L'école avant la mosquée, le slogan dit vrai. C'est sur les madrasa et les prêches insidieux dans les lieux de culte que se focalise en ce moment l'angoisse des sociétés occidentales frappées par ce monstrueux dévoiement de la religion qu'est le terrorisme islamiste. Doublement menacé cependant est un pays comme le Liban, multiconfessionnel et pluriculturel par essence, par vocation, par destinée. Aux dérives du sunnisme radical s'y ajoute en effet la lente, patiente, persévérante marche vers le pouvoir intégral d'une milice chiite vassale d'une franche théocratie. Marche armée, qui plus est. Et on ne peut plus remarquée, elle.

Issa GORAIEB
[email protected]


Y a-t-il vraiment un islamisme modéré, libéral, light ?
La question n'est pas née d'hier, et en ces temps d'ébullition, elle n'est pas près d'être tranchée. En fait, le putsch avorté de Turquie confère à ce débat un regain d'actualité. Et d'acuité, puisque les deux protagonistes et vedettes de ce grave évènement, le président Erdogan et sa bête noire, Fethullah Gülen,...