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Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« Depuis ma disparition, le 13 octobre 1990, ma mère continue de célébrer mon anniversaire »

Pour préserver l'espoir

Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal » *. Dans ce cadre, nous publions une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social.

OLJ
13/04/2016

Mon nom est Jihad. J'ai toujours voulu, dès mon plus jeune âge, marcher dans les pas de mon grand-père et m'enrôler dans les rangs de l'armée. J'ai poursuivi ce rêve de gosse jusqu'au bout. À 20 ans, je suis devenu soldat. Parallèlement, je poursuivais mes études en informatique à l'Université libanaise. J'étais toutefois loin d'imaginer le prix que j'allais payer pour m'être engagé à servir mon pays.
Le 13 octobre 1990, j'étais posté avec d'autres soldats à proximité de l'hôpital Sainte-Thérèse, à Hadeth, à cinq minutes seulement de la maison parentale.
Les troupes syriennes sont entrées dans notre quartier et ont ouvert le feu sur nous. J'ai été blessé au pied. Mon ami Claude a été tué sur le coup. Les soldats syriens m'ont transporté jusqu'au centre de détention du Beau Rivage, où j'ai été détenu dix-huit jours avant d'être transféré à Anjar puis en Syrie. Ces informations sont parvenues à mes parents par le biais d'une personne qui avait été détenue avec moi à Anjar.
Ma mère a dépensé toutes ses économies pour se rendre en Syrie, payant des officiers qui pourraient lui indiquer le lieu de ma détention. Un an après ma disparition, elle est parvenue à s'introduire dans la prison où je me trouvais.
Là-bas, elle se rappelle avoir vu sept prisonniers les yeux bandés, pieds nus et enchaînés les uns aux autres. Ils saignaient du visage, des oreilles, du cou... L'un d'eux me ressemblait. Elle voulait crier, demander lequel était son fils. Elle s'est évanouie. Ces images continuent aujourd'hui de la hanter.
Depuis, ma mère n'a pas cessé de crier l'horreur de cette situation et de demander de l'aide. Ma mère est la présidente du Comité des parents des détenus libanais en Syrie. En se rendant chaque jour au sit-in de la « tente » des familles de disparus, elle pensait que le désespoir des familles allait toucher l'opinion publique et les autorités.
Aujourd'hui, face à l'inaction des uns et aux promesses vides des autres, elle est fatiguée... vidée. Chaque année, elle continue de célébrer mon anniversaire.
Mon nom est Jihad Eid. Ma mère s'appelle Sonia Eid. Ne laissez pas notre histoire s'interrompre ici.

 

 

* « Fus'hat amal » est une plateforme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch.
Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site web de Fus'hat amal à l'adresse : www.fushatamal.org
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

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KHEIREDDINE EL-AHDAB

C'est le dernier souci d'un certain ex-général, maintenant grand ami du régime syrien...

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