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Moyen Orient et Monde

« La théorie du complot s’est propagée lorsque le coup d’État a commencé à battre de l’aile »

Décryptage

Retour sur un bref coup d'État au caractère étrangement amateur qui a éveillé bien des soupçons au sein de la société civile. Des rumeurs de faux putsch se sont propagées pour expliquer les événements de vendredi soir, vite balayées par les spécialistes et autres experts.

18/07/2016

« Pourquoi n'ont-ils (les militaires) pas arrêté des membres du gouvernement plutôt que de s'emparer des chaînes de télévision ? Pourquoi bombarder l'hôtel d'Erdogan seulement après son départ pour Istanbul ? Pourquoi ont-ils tenté un coup avec si peu d'effectifs, alors que c'était évident que cela ne mènerait nulle part ? Pourquoi certains militaires déclarent-ils qu'ils n'ont réalisé qu'ils faisaient un coup d'État que lorsque des gens révoltés sont montés sur les tanks ? » s'interroge Asli, une citoyenne turque de 30 ans.

Tant de questions qui suscitent la confusion et l'incompréhension parmi certains Turcs qui évoquent, notamment sur les réseaux sociaux, l'éventualité d'une mise en scène orchestrée par le président Recep Tayyip Erdogan pour renforcer son pouvoir. Des questions auxquelles les experts interrogés par L'Orient-Le Jour répondent très vite, en balayant l'idée que M. Erdogan ait lui-même fomenté ce miniputsch.
Il faut dire qu'il est normal que cette tentative de coup d'État ait suscité de nombreuses interrogations, tant les circonstances de cette soirée du 15 juillet semblaient absurdes : affrontements entre policiers et soldats ; des citoyens qui, suite à l'appel d'Erdogan sur l'application Facetime, se rendaient dans les rues pour manifester leur soutien envers le président au même moment que le Parlement d'Ankara était bombardé, etc. Plus tard dans la nuit, des avions survolaient le centre-ville à toute allure, franchissant parfois le mur du son et terrorisant les habitants près de la place Taksim.

Pour Sinem, citoyenne de 31 ans, la réaction d'Erdogan est dénuée de sens : « Quel président invite ses citoyens à descendre dans les rues en envoyant des messages sur leurs téléphones et en demandant aux imams, tel un appel à la prière, d'encourager la population à défendre la démocratie au lieu d'ordonner à son peuple de rester à la maison et de laisser la police et les militaires régler ça entre eux. Car après tout, tout ceci a fini avec des terribles images de Turcs qui attaquent, frappent et tuent des soldats. »

 

(Repère : Cinquante-six ans de coups d'État et de complots en Turquie)

 

Un putsch très vite contrôlé
Des scènes irréelles que Bahar Kimyongür, l'auteur belgo-turc de plusieurs ouvrages sur la Turquie, qualifie même de « show » en insistant sur l'amateurisme de ce coup d'État. « Ils (les militaires) ont donné l'impression qu'ils ne savaient pas dans quoi ils s'embarquaient », fait remarquer le spécialiste, en évoquant les actes de violence restreints observés ce 15 juillet alors que l'armée turque a déjà prouvé, lors des précédents coups d'État de 1960 et 1980, sa capacité à intervenir violemment contre les régimes en place. « En 1960, le Premier ministre, Adnan Menderes, a même été pendu ! » rappelle Bahar Kimyongür. Alors que vendredi soir on a vu « des soldats se rendre, l'air perdu, en levant les bras » ajoute-t-il.

Toutefois, comme révélé par diverses sources, il devait y avoir prochainement une série de licenciements au sein de l'armée dans le but d'évincer des officiers accusés de complicité avec le réseau de Fethullah Gülen. Des accusations qui auraient poussé une fraction de l'armée à précipiter l'opération, ce qui pourrait expliquer le dilettantisme de ce coup d'État.
Mais avant de croire à un faux coup d'État, Bahar Kimyongür soutient davantage le fait qu'« Erdogan savait que quelque chose se tramait. Il a peut-être laissé faire pour mieux discréditer ses adversaires ». Selon lui, il est presque impossible que les services de renseignements n'aient eu aucun soupçon quant à la préparation de ce coup d'État. Jean-François Pérouse, directeur de l'Institut français d'études anatoliennes (IFEA) à Istanbul, partage également cette opinion qui consiste à se demander « à quel moment le pouvoir a été courant de ce coup et a décidé de l'utiliser pour accroître sa popularité ».

Quant à la théorie du complot, « elle s'est propagée principalement lorsque le coup d'État a commencé à battre de l'aile », précise Jean Marcou, spécialiste de la Turquie et professeur à l'Institut d'études politiques de Grenoble, interrogé par L'Orient-Le Jour. En effet, la situation profite fortement à Erdogan, qui sort grand vainqueur de cette opération puisqu'il va pouvoir prendre en main l'armée et accentuer des changements en Turquie. Mais « ce n'est pas pour autant que ce simple constat justifie une théorie du complot », indique M. Marcou. D'ailleurs, il estime qu'« avec la puissance que donne l'échec de ce coup à Erdogan, il trouvera certainement un moyen de réformer la Constitution afin d'instaurer un régime présidentiel pour s'octroyer les pleins pouvoirs ». Cette opération le rend désormais « intouchable jusqu'à la fin de ses jours », prédit pour sa part Jean-François Pérouse.

 

(Reportage : A Istanbul, la foule conspue les putschistes sur la place Taksim)

 

Deux scénarios
Évoquant les conséquences de cet événement, le directeur de l'IFEA envisage deux scénarios possibles : « On ne peut pas exclure le scénario où la démocratie triomphe réellement, avec, par exemple, une reprise du processus de paix dans l'est de la Turquie. » Certes, il s'agirait d'un scénario idéal, mais qui risque de se confronter à celui où « Erdogan risque de se venger de l'opposition, qui aura beaucoup de difficultés à s'exprimer », dit-il. Pourtant, force est de constater que les tendances autoritaires du président semblent déjà s'être renforcées compte tenu des vagues d'arrestations des derniers jours.

Alors que l'AKP a toujours eu du mal à dominer l'armée, l'une des dernières institutions kémalistes, et même si le chef d'état-major n'a pas été impliqué dans ce putsch, « ce coup manqué va permettre à Erdogan d'avoir des prétextes pour restructurer et prendre en main l'armée. On peut s'attendre à une armée qui va jouer un rôle plus traditionnaliste et la police risque de jouer un rôle majeur », assure également Jean Marcou. Une police qui sert donc le régime et une armée marginalisée sur le plan politique. Mais c'est sûr qu'« au niveau international, il faut s'attendre à un Erdogan plus fort que jamais », résume le spécialiste.

 

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IMB a SPO

Erdogan n'a pas reussit lors des dernieres elections a avoir une majorite pour changer la constitution et s'eriger en "dictateur". Ce soit disant coup d'etat avorte lui a donne une occasion pour se defaire des derniers irreductibles au sein de l'armee (qu'il avait deja mis au pas), et eliminer les juges irredentistes de l'Etat laic. Maintenant, il a le champs libre pour faire table rase de TOUS ses detracteurs au nom de la soit-disant legitimite....Ainsi va la "democratie" dans les pays du Moyen-Orient!

Pierre Hadjigeorgiou

La Turquie cours a sa perte et va finir comme l'Iran mais ... Sunnites! Que Dieu préserve la région de tels idéologies qui ne conduisent qu'a la catastrophe. Les prédictions du père Paisios (www.youtube.com/watch?v=i4qpT_ow3sc) seraient elles réelles?

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