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Riviera de sang

Massacre, carnage, horreur, barbarie : dans les médias comme dans les commentaires officiels, invariable est la litanie des lendemains d'attentat, même si le mode opératoire des terroristes de masse ne cesse, lui, de changer.


Après les avions de ligne mués en missiles anti-gratte-ciel, après les voitures piégées, les ceintures explosives et les suicidaires à la kalachnikov tirant sur tout ce qui bouge, voici venu le temps, en effet, des camions fauchant des foules en liesse sur près de deux kilomètres de corniche avant d'être neutralisés. Le terrorisme sans frontières, la planète quasi entière connaissait déjà ; désormais c'est la monstrueuse imagination des criminels qui repousse les barrières de l'humainement concevable, qui suscite un sentiment de permanente vulnérabilité chez tout un chacun, où qu'il vive.


Survenant quelques mois après 120 morts des attentats de Paris, l'hécatombe de Nice vient douloureusement rappeler que la France est la cible de prédilection du terrorisme. Ce triste phénomène n'est guère l'effet du hasard. Depuis des siècles, elle n'est plus la fille aînée de l'Église et elle n'est pas devenue, pour autant, ce tout-puissant Grand Satan américain qui attire sur lui tant de crainte et de haines de par le monde. La France offre en revanche l'image-type d'une société occidentale abritant volontiers des minorités religieuses ou ethniques et profondément attachée à ses valeurs démocratiques et républicaines. En somme, le ventre mou de l'Occident, le terrain idéal où peut prospérer non pas tant le terrorisme, mais l'effet pervers du terrorisme, c'est-à-dire la méfiance envers l'autre, la tentation du repli sur soi, la discorde nationale : pour résumer, le grand et vociférant débat autour de ce qu'un Alain Juppé appelle pudiquement la nécessité d'un équilibre entre la protection des citoyens et les limites des libertés individuelles.


D'autres n'ont pas pris des gants pour étriller les autorités en place, à peine venaient-elles de se féliciter de ce zéro faute sécuritaire enregistré lors de l'Euro du football. Le président Hollande a ainsi été hué à Nice ; l'impuissance et l'aveuglement de son gouvernement ont été dénoncés par le chef de la commission parlementaire d'enquête sur les attentats de l'an dernier ; les écologistes se sont élevés eux aussi contre la prolongation de l'état d'urgence et Marine Le Pen a bien sûr trouvé dans la tragédie un précieux argument à l'appui de ses thèses musclées. Encore plus impressionnant est le vain cri d'alarme que lançait, la veille même de l'attentat, le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Christian Estrosi, dans une lettre directement adressée à l'Élysée. Il y réclamait un plan d'urgence visant à seconder (et même à protéger !) les polices municipales, dont on apprend en effet qu'elles ne sont même pas habilitées à procéder à des contrôles d'identité ...


Il faut s'habituer à vivre avec le terrorisme, affirmait hier le Premier ministre Manuel Valls. C'est sans doute vrai ; mais les Français, comme d'autres nations, vont devoir aussi s'accoutumer à ces astreintes et contraintes que commandent impitoyablement, même dans les sociétés les plus libérales, les impératifs de surveillance, de prévention et de répression d'un terrorisme dont les sinistres exécutants échappent désormais aux radars conventionnels. Pour faire face au défi il faut un début, à savoir l'union sacrée du peuple et de ses représentants. Or la promenade des Anglais n'était pas encore rouverte au trafic que faisait rage déjà une sacrée désunion ...

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

Massacre, carnage, horreur, barbarie : dans les médias comme dans les commentaires officiels, invariable est la litanie des lendemains d'attentat, même si le mode opératoire des terroristes de masse ne cesse, lui, de changer.
Après les avions de ligne mués en missiles anti-gratte-ciel, après les voitures piégées, les ceintures explosives et les suicidaires à la kalachnikov tirant sur tout ce qui bouge, voici venu le temps, en effet, des camions fauchant des foules en liesse sur près de deux kilomètres de corniche avant d'être neutralisés. Le terrorisme sans frontières, la planète quasi entière connaissait déjà ; désormais c'est la monstrueuse imagination des criminels qui repousse les barrières de l'humainement concevable, qui suscite un sentiment de permanente vulnérabilité chez tout un chacun, où qu'il...