L'agence de notation américaine Moody's a maintenu à « négative » sa perspective pour le secteur bancaire libanais, pointant notamment du doigt dans son dernier rapport l'impact de la conjoncture économique sur les opérations des banques ainsi que leur forte exposition à la dette souveraine. Selon Moody's, ces difficultés peuvent provoquer à terme un ralentissement de la croissance des crédits et exposer les établissements libanais à davantage de pressions sur la qualité de leurs actifs dans les 12 à 18 prochains mois.
« Nous considérons que l'exposition croissante des banques libanaises à la dette souveraine est le risque principal qui pèse sur elles », a déclaré Alexios Philippides, vice-président adjoint de l'agence américaine dans le communiqué annonçant la publication du rapport. Moody's estime que le fait que les banques détiennent de plus en plus des obligations d'État lie leur solvabilité à celle du gouvernement, qui compte principalement sur ces dernières pour financer ses déficits et payer le service de sa dette. « En mars, le montant des obligations émises par l'État ainsi que par la Banque du Liban (BDL), qui sont détenues par les banques libanaises, s'est élevé à (86 millions de dollars), ce qui représente 46 % du total de leurs actifs », note M. Philippides.
L'agence de notation, qui avait maintenu en juin la note souveraine du Liban à « B2 » avec perspective « négative », prévoit un déficit public à environ 8 % du PIB en 2016 et 2017. Selon Moody's, ce dernier ne devrait croître que de 1,7 % en 2016. L'agence explique cette tendance par l'impact de l'instabilité politique et de la situation politico-sécuritaire régionale qui pénalise les investissements, la confiance des consommateurs, le commerce et la construction. Dans ce contexte, les banques vont faire face à une pression croissante sur la qualité de leurs actifs et devront notamment maintenir les provisions de pertes sur prêts à un niveau élevé (de 1 à 1,5 % du montant annuel brut de leurs crédits). Moody's note également que les créances douteuses devraient représenter 5 % du total des crédits (contre 4 % à fin 2015).
Malgré ces mesures, Moody's relève que le niveau des fonds propres des banques restera stable en 2016 (à 9 % du total des actifs) tout en soulignant la précarité de cette stabilité en cas de vents contraires. L'agence de notation estime également que le niveau de profitabilité des banques libanaises restera performant, notamment grâce aux résultats de leurs opérations à l'étranger et la stabilité des taux d'intérêt. Moody's conclut en rappelant que le secteur bancaire libanais peut toujours compter sur de hauts niveaux de liquidités ainsi qu'une croissance soutenue des dépôts, qui devrait toutefois elle aussi ralentir, notamment en raison de la baisse des transferts en provenance des pays du Golfe.


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