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Nos Lecteurs ont la Parole

Fronde, malaise et intolérance, des interrogations s’imposent

Houda KASSATLY
OLJ
16/07/2016

Dimanche 12 juin 2016, la remise des diplômes aux élèves de terminale a eu lieu au Grand Lycée franco-libanais en l'absence d'un certain nombre d'élèves exclus de la cérémonie. Exclus à la suite des incidents qui ont émaillé la fête de départ organisée par l'établissement le 13 mai 2016 pour ces mêmes élèves. Selon les faits avérés, un protocole a été mis en place par les responsables prévoyant que les élèves ivres n'auront pas droit de cité à l'intérieur de l'école. Le jour dit, trois élèves arrivent à 10 h du matin en état d'ébriété, et sont – comme prévu – exclus. Un groupe décide de faire front commun et de boycotter la cérémonie. S'ensuit une bagarre, avec dégradation des lieux.
D'autres élèves, qui n'ont pas suivi la consigne des meneurs et qui se sont opposés à une décision à laquelle ils sont conviés à obéir aveuglément sans consultation préalable, sont alors violemment pris à partie. Leur photographie circule dès le lendemain, accompagnée de la mention « traîtres ». Conspués, certains d'entre eux n'ont pas manqué de se demander : traîtres de quelle cause ? Dé-solidaire de quoi ? De la cause des enfants malades ou déscolarisés, des droits des travailleuses domestiques bafouées, des femmes battues ou de celles qui ne peuvent transmettre la nationalité à leurs enfants, des sans-papiers qui n'ont accès à aucun service... ?
Si nous revenons aujourd'hui sur ces incidents, ce n'est pas pour faire une polémique stérile, mais parce que la répétition de ces mêmes faits dans plusieurs établissements démontre que nous sommes face à un phénomène endémique qui nécessite un examen de fond de la part de spécialistes. Certains évoquent un malaise, une réaction à des mesures répressives. Nous pouvons nous demander aussi si l'explication ne se trouve pas dans l'incapacité à suivre une simple règle, dans l'attitude qui consiste à se rebiffer dès qu'il faut subir une contrainte. En attendant des analyses plus poussées et une réflexion que cette lettre appelle, quelques remarques s'imposent.
La fracture qui existe dans certaines écoles entre les meneurs et les autres, ou, selon le jargon utilisé, entre les populaires et non-populaires. De cette fracture découle un fait inquiétant, l'incapacité à accepter la différence et qui se traduit par ce mot tant de fois prononcé par les jeunes lycéens, celui de « nawar » – « Gitans » – qui englobe les autres, tout autre qui ne fait pas partie de leur clique, leur groupe, leur communauté, bref qui ne leur ressemble pas. Et quand ceux qui l'utilisent ont réussi à extirper les « barbares » et qu'ils n'ont plus désormais pour compagnons que leurs clones, ceux qui restent sont alors dénoncés sur la base d'un autre spectre de différences parce qu'ils sont homosexuels, roux, gros ou pas assez grands, qu'ils souffrent d'un handicap ou sont considérés comme des ploucs, parce que... cultivés.
C'est dans cette intolérance à la différence qu'il faut aborder son corrolaire: le harcèlement dont ont été victimes un grand nombre d'élèves en raison de leur dissemblance. Harcèlement dont on ne parle pas assez et qui a conduit des parents à arpenter les cliniques de médecins ou les urgences des hôpitaux avant de comprendre les causes de leur souffrance.
Il est temps de poser les questions qui fâchent, de remettre en question le système éducatif afin qu'enfin nous voyions se lever une nouvelle génération nourrie dans le respect des autres et de la différence et qui, à l'aube du grand saut vers l'inconnu, saura faire la part entre causes à défendre, et respect de la vie commune et de ses règles. Une génération citoyenne susceptible d'introduire des valeurs qui permettraient au pays de dépasser clientélisme, communautarisme et incurie.

Houda KASSATLY
Ethnologue et éditrice
Muriel MARTIN
Citoyenne du monde, coach de vie et parente engagée
Nadine MOUSSA
Avocate, activiste politique indépendante

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