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Moyen Orient et Monde

Remettre la lutte contre la prolifération nucléaire à l’ordre du jour

01/07/2016

La récente visite du président américain Barack Obama à Hiroshima n'était pas une étape diplomatique usuelle. Non seulement était-elle la toute première visite d'un président américain en exercice dans cette ville, rasée par une bombe atomique américaine en 1945, elle a également attiré l'attention sur le bilan d'Obama en matière de non-prolifération nucléaire.
Lors d'un discours prononcé à Prague en 2009, Obama avait qualifié les armes nucléaires de « menace la plus immédiate et la plus extrême pour la sécurité du monde » compte tenu du fait qu'elles peuvent tomber aux mains de terroristes ou d'autres groupes rebelles. Il s'était également engagé à réduire leur rôle dans la stratégie de sécurité nationale des États-Unis. Au cours de l'allocution empreinte d'émotion prononcée à Hiroshima, Obama a de nouveau souligné la nécessité d'œuvrer à un monde sans armes nucléaires. Il a décrit la « révolution morale » qui doit accompagner les progrès technologiques et invité les sociétés à résister à la « logique de la peur » qui les incite à conserver leur arsenal nucléaire.
Mais si les deux discours expriment des idées similaires, ils ont été prononcés dans des contextes politiques très différents. En fait, la politique nucléaire de l'administration Obama a considérablement changé depuis 2009, lorsque la non-prolifération nucléaire était l'une des priorités de sa politique étrangère.
En 2010, Obama avait réuni les dirigeants mondiaux pour le tout premier Sommet sur la sécurité nucléaire qui avait notamment pour objectif de faire en sorte que les matériaux nucléaires ne tombent pas aux mains de terroristes – une préoccupation qui s'est révélée justifiée. Si l'autre objectif initial, geler les stocks de plutonium et d'uranium hautement enrichi, n'a pas été atteint, les quatre sommets tenus depuis lors ont débouché sur une réduction des autres sources de matériaux radioactifs et une amélioration des mesures de sécurité.
Le sommet de 2010 avait pris place quelques jours à peine après une victoire apparente en matière de non-prolifération. Obama et le président russe de l'époque, Dmitri Medvedev, venaient de signer le nouveau Traité de réduction des armes stratégiques (nouveau START) qui engage les parties à réduire de moitié leurs lanceurs de missiles nucléaires stratégiques. Un an plus tôt, Hillary Clinton, alors secrétaire d'État des États-Unis, et Serguei Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, avaient annoncé un « nouveau départ » des relations bilatérales. Depuis lors, ces relations se sont détériorées, comme l'espoir d'un renforcement de la coopération.
En fait, l'ensemble du programme de non-prolifération d'Obama a considérablement perdu de son dynamisme. La Russie a décidé de ne pas participer au dernier Sommet sur la sécurité nucléaire, organisé plus tôt cette année à Washington. Et non seulement les États-Unis n'ont pas proposé de nouvelles initiatives internationales dans ce domaine, ils ont tout fait, à l'occasion d'une conférence d'examen du Traité de non-prolifération nucléaire, pour éviter la tenue d'une conférence sur la création d'une zone exempte d'armes nucléaires au Moyen-Orient pour éviter d'accroître les tensions avec Israël.
De plus, l'administration Obama a procédé plus lentement à la réduction de son arsenal nucléaire que tout autre administration américaine depuis la fin de la guerre froide, et a, au contraire, favorisé sa modernisation, pour un coût estimé à 1 000 milliards de dollars au cours des trois prochaines décennies. Si ce programme est en principe destiné à améliorer la fiabilité des armes existantes – et permettre ainsi des réductions futures –, les critiques soulignent que le développement d'armes nucléaires plus petites et de haute précision rend plus probable leur utilisation éventuelle.
Obama peut toutefois mettre à son actif une victoire de premier plan pour la non-prolifération, en ayant contribué à la conclusion de l'accord attendu de longue date avec l'Iran, destiné à l'empêcher d'utiliser son programme nucléaire civil pour développer des armes. Après des années de négociations sclérosées, les évolutions en Iran même, à savoir l'élection en 2013 du modéré Hassan Rohani à la présidence, ont fourni une ouverture diplomatique qu'Obama s'est empressée de saisir. Cette avancée a clairement démontré que si les institutions sont essentielles au fonctionnement des affaires mondiales, le rôle joué par les individus peut parfois être décisif.
L'accord avec l'Iran est un progrès notable et pas seulement parce qu'il doit contribuer à limiter les risques posés par ce pays même. Étant donné qu'un seul pays doté de l'arme nucléaire rend presque impossible de parvenir à une stabilité régionale, l'accord a de profondes implications régionales. En atténuant les craintes des rivaux régionaux de l'Iran, l'accord a ouvert la perspective du développement potentiel d'une structure de sécurité au Moyen-Orient. Il fournit même un modèle pour de futurs accords multilatéraux sur des questions épineuses de sécurité.
Mais cette victoire ne doit pas inviter à l'autosatisfaction. Les armes nucléaires restent une menace grave et urgente pour la sécurité et la stabilité mondiales. Seules les armes nucléaires ont la capacité de transformer une confrontation mineure en une catastrophe d'une ampleur analogue à celle commémorée à Hiroshima. Dans ce contexte, les efforts en vue d'éliminer les armes nucléaires doivent être renouvelés, avec toute la vigueur du premier mandat du président Obama.
Ces efforts doivent avant tout porter sur la Corée du Nord qui, malgré des moyens sévèrement limités, continue à investir massivement dans le développement de son programme nucléaire. La Chine, qui a depuis longtemps des relations – et une forte influence économique – sur le régime nord-coréen, est la meilleure option de la communauté internationale pour influer sur la Corée du Nord.
L'approche de la Chine envers la Corée du Nord semble d'ailleurs évoluer à cause de la question nucléaire. Plus tôt cette année, la Chine a décidé de ne pas utiliser son droit de veto au sein du Conseil de sécurité des Nations unies pour bloquer une nouvelle série de sanctions imposées à la Corée du Nord à la suite de ses derniers essais nucléaires. Une délégation nord-coréenne en visite en Chine a toutefois récemment annoncé que le pays est déterminé à poursuivre son programme nucléaire.
Étant donné qu'il ne peut y avoir de sécurité en Asie de l'Est – en particulier pour la Corée du Sud et le Japon – sans un accord sur le nucléaire, une action internationale vigoureuse est indispensable. Plus spécifiquement, la communauté internationale doit renforcer sa réponse au comportement de plus en plus turbulent du régime et l'inciter à entamer des négociations avec les puissances mondiales concernant son programme nucléaire. Pour que ces pourparlers aboutissent, il faut que la Chine et les États-Unis, qui ont pourtant de nombreux désaccords, coopèrent et les autres membres du Conseil de sécurité doivent faciliter cette coopération.
Le discours d'Obama à Hiroshima avait une énorme portée symbolique. Mais avec plus de 15 000 ogives nucléaires déployées dans le monde, le symbolisme ne suffit pas. Il est temps d'agir pour faire avancer les objectifs de non-prolifération.

© Project Syndicate, 2016.

Javier Solana, ancien haut représentant de la Politique de sécurité et des Affaires étrangères de l'Union européenne, secrétaire général de l'Otan et ministre espagnol des Affaires étrangères, est actuellement président du centre Esade pour l'économie globale et la géopolitique et membre émérite de la Brookings Institution.

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