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Liban - La Psychanalyse, Ni Ange Ni Démon

En mémoire de Mounir Chamoun

Au moment où disparaît Mounir Chamoun, je dédie à sa mémoire cet article de ma rubrique hebdomadaire dans L'OLJ, « La psychanalyse, ni ange ni démon ». Je ne reviendrai pas sur ses réalisations universitaires, cela a été fait par les amis et les collègues qui lui ont déjà rendu hommage. Je veux juste témoigner qu'en 1965/1966, j'avais 17 ans lorsque Mounir a enseigné la psychologie aux classes terminales du Collège de la Sagesse. Cette psychologie était habitée par la psychanalyse, l'inconscient, Freud et même Lacan. Pour moi, c'est alors une révélation : je veux devenir psychanalyste et Mounir va m'y encourager. Une grande amitié entre le prof et l'élève voit le jour. Cette année-là, au Collège de la Sagesse, grande et étrange opulence, nous avions en terminale un prof de métaphysique, de morale, de philosophie et donc de psychologie. Je me suis souvent demandé si Mounir nous avait enseigné la métaphysique ou la philosophie, quelle carrière j'aurais alors choisi, transfert oblige. Par contre, je sais que si je n'avais pas rencontré Mounir en 1965/66, je ne serai peut-être jamais devenu psychanalyste.

Le symptôme

Le symptôme n'est pas le signe clinique auquel on est habitué en médecine. En médecine, le signe clinique désigne un dysfonctionnement du corps et, comme il n'y a pas de fumée sans feu, il nous permet de déchiffrer la maladie qui en est la cause. Dans le domaine psychique, le symptôme désigne le sujet lui-même. C'est la grande difficulté qui s'impose au clinicien. En médecine, comment le praticien peut-il comprendre qu'un symptôme ne renvoie pas au corps, mais renvoie au sujet qu'il représente? Comment un symptôme ne relève pas du pathologique? Comment peut-on ne pas soigner un symptôme? Comment l'écouter? Peut on tolérer sa bizarrerie?
Pour y répondre, il faut situer le symptôme dans la catégorie des «Formations de l'inconscient» (Lacan), le rêve, le lapsus, l'acte manqué. Les formations de l'inconscient sont le retour du refoulé. Nous avons vu la dernière fois comment s'articule le refoulé, c'est-à-dire l'inconscient, et le retour du refoulé à notre conscience. Obligatoirement, le refoulé fait retour, parce qu'il est chargé de savoir et de vérité. Il est important de ne pas nous noyer dans la difficulté apparente des concepts et de les comprendre comme faisant partie de notre quotidien. Ainsi le rêve, partie prenante de notre vie quotidienne, occupe nos nuits, puis nos jours, dans la mesure où nous tenons à le raconter à un proche, afin qu'il soit reconnu et crédibilisé. De même, les actes manqués et les lapsus, présents dans notre vie quotidienne, témoignent de la présence active de notre inconscient. S'il est vrai comme le dit Lacan «qu'être ce n'est rien d'autre qu'oublier», ce que nous oublions ne nous oublie pas et frappe toujours à la porte de notre conscience pour se faire entendre.

Comme tous les autres retours du refoulé, le symptôme est une formation de compromis entre un désir inconscient qui cherche à se faire entendre et un interdit qui s'oppose à la prise de conscience de ce désir. Cette opposition, ce conflit suscitent d'abord de l'angoisse et c'est pour parer au caractère intolérable de cette angoisse que le sujet produit un symptôme. Il faut ajouter que le symptôme ne se met en place que lorsque le rêve, l'acte manqué ou le lapsus ne suffisent plus pour juguler l'angoisse du sujet. D'où la capacité de résistance du symptôme et sa durée dans le temps. Comme c'est un compromis, le symptôme satisfait donc les exigences pulsionnelles (du ça) et les exigences morales (du surmoi). Enfin, parce que le sujet est divisé, le symptôme finit par le représenter. Et c'est pourquoi le sujet s'y accroche lorsqu'il n'a pas la possibilité de dire autrement le conflit qui le divise. Le symptôme est «une parole bâillonnée» et son écoute par le psychanalyste finit par débâillonner le symptôme.

Aujourd'hui, à tort, la psychiatrie américaine et mondiale du DSM IV et du DSM V a fait du symptôme une entité autonome, une maladie qu'il faut traiter, oubliant qu'il était l'expression d'un conflit. En fait, la médecine ne peut effacer le symptôme, elle ne peut que l'atténuer et toute intervention thérapeutique intempestive ne fait que le renforcer car le sujet tient à son symptôme. Jusqu'au moment où, l'analyste, un Autre va l'écouter et lui permettre de dire avec des mots ce qu'il ne pouvait dire jusque-là qu'avec son symptôme. Si Freud nous conseillait d'aborder le symptôme sans volonté thérapeutique préalable, la «guérison venant de surcroît» comme il le disait, ce n'est pas, comme on a souvent accusé la psychanalyse, parce que cette dernière ne veut pas soigner le symptôme, mais, bien au contraire, pour laisser au sujet la possibilité et le temps de s'en défaire. La difficulté de la pratique psychanalytique vient de là, d'autant plus que l'écoute psychanalytique, si elle permet la prise en compte de la souffrance du sujet, nous permet également de nous rendre compte que le symptôme ne véhicule pas seulement de la souffrance mais aussi de la jouissance. D'où le scandale imputé à la psychanalyse et la résistance toujours croissante à son égard.

 

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