Le «Jesuit Refugee Service» ou JRS vient d'obtenir le doctorat honoris causa de l'Université Saint-Joseph. Cette distinction couronne en partie son travail monumental auprès des refugiés dans le monde.
Les déplacements forcés n'ayant cessé d'augmenter dans les années quatre-vingt, le JRS a été créé dès lors et a réaffirmé plusieurs fois depuis son engagement en faveur des réfugiés. Il œuvre pour accompagner, servir et défendre les droits des réfugiés et des personnes déplacées de force.
Dans sa section proche-orientale, le JRS a des activités dans plusieurs pays, au Liban, en Syrie, en Irak, en Turquie, en Jordanie et autres.
J'ai eu à collaborer avec la section du Proche-Orient, peut-être la plus active malheureusement de nos jours, puisque cette partie du monde charrie à dessein le plus grand nombre de réfugiés.
Le service de psychiatrie de l'Hôtel-Dieu de France s'est engagé dans le projet psychosocial destiné aux réfugiés syriens et irakiens au Liban et irakiens à Erbil, dans le Kurdistan irakien.
Inutile de rappeler que les besoins sont énormes tant la misère est totale.
Mais plus loin que la misère, il existe une vraie crise morale du monde dit développé. En cette date anniversaire de la Journée mondiale des réfugiés, il est opportun de se rappeler de l'accueil que nous réservons aux réfugiés dans le monde. Quand ils ne sont pas morts en mer Méditerranée comme vingt-deux mille de leurs semblables, en Australie, ils sont dans des camps éloignés, sur une île déserte. Au Danemark, ils sont dépouillés de leurs biens et argent. Dans plusieurs pays européens, ils sont refoulés.
À Erbil, certains réfugiés, chrétiens et yazidis, arrivent à nous dire qu'ils préfèrent être entassés dans des caravanes comme ils le sont, plutôt que de choisir une destination occidentale, au destin imprévu. Ils préfèrent garder du monde occidental l'esprit des ONG comme le JRS qui vient les aider sans rien en contrepartie.
Les caravanes servent à entasser plusieurs familles par chambre et, pour accéder aux toilettes, il faut partir dix minutes plus loin et attendre son tour!
Tout cela est mieux pour eux que de penser à l'Occident.
Pour eux, le JRS est l'Occident et son eldorado. Parce que non seulement il leur assure les besoins élémentaires, mais surtout parce qu'il les respecte dans leur dignité d'êtres humains.
Les femmes et les hommes du JRS, comme tout ce que font les hommes de la Compagnie de Jésus, agissent de façon intelligente, humaine et sobre. Sans tambour ni trompette.
Alors doctorat honoris causa pour le JRS en prélude au Nobel de la paix ?
Dr Sami RICHA
Auteur de « La psychiatrie au Liban, une histoire et un regard » (éd. Dergham)


C'est fou ce que l'on se sent obligé de faire des révérences aux Jésuites lorsque l'on travaille pour eux.
12 h 08, le 22 juin 2016