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Nos lecteurs ont la parole - Georges Tyan

Écrire pour écrire

Les gens ne lisent plus, c'est un fait que j'ai moi même constaté, pour ne pas dire fait les frais.
Je poste sur l'un des réseaux sociaux que je fréquente, disons assidûment, la photo d'un beau crépuscule prise du balcon de ma maison surplombant la capitale, un soleil couchant plongeant dans la mer, et j'ai immédiatement droit à une avalanche de « likes » et de commentaires élogieux.
Je passe deux à trois jours à peaufiner un article que j'enverrai par la suite fièrement à mon quotidien préféré, je fais attention aux virgules, aux points, je tente d'écrire un texte cohérent avec de petits paragraphes, enchaînant les idées et les transitions, choisissant mes mots, enjolivant le texte par des métaphores. Tout juste si je glane quelques bravos d'estime, et souvent des critiques relatives à la difficulté de compréhension de certains mots.
Cela quand, pour des raisons d'encombrement, votre quotidien préféré ayant reçu des tonnes de textes à publier dans sa tribune que le responsable de cette page doit lire un à un, filtrer, tamiser, corriger, sont-ils insolents, insultants, à la limite du publiable ? Que cette personne vous relègue en queue de liste, vous faisant poireauter quelques bonnes journées, voire une semaine ou plus, votre texte, vu le déroulement de l'actualité, devient de fait obsolète.
Plus vous relisez le texte qu'à l'instant vous êtes en train d'écrire, plus vous pensez que tout ceci n'est qu'une perte de temps. Vous êtes à deux doigts de presser le bouton effacer. Votre message, même s'il est lu, ne sera pas compris. Vous prenez un faux départ. Vous partez quasiment déjà vaincu, désillusionné, abattu, chagriné. Vous rejoignez dare-dare la catégorie des grands incompris.
Et comme ce bon Boileau, dans un sursaut d'énergie, sans perdre courage, vous remettez sur le métier, vingt fois sinon plus, ce que vous pensez être votre ouvrage, le polissez, le repolissez de peur d'avoir raté un mot, une idée, ou l'avoir surchargé, pour le rendre présentable, lisible, compréhensible, par une frange de lecteurs que vous croyez avoir identifiée, pour vous avoir souvent encouragé à reprendre votre plume, dit tout haut ce qu'elle n'ose même pas chuchoter.
Quoique taper sur la classe politique qui nous gouverne ne demande ni courage, ni efforts, ni abnégation. Les faits parlent d'eux-mêmes, les exemples trop nombreux et flagrants, les exactions se trouvent bien en vue étalées à la une des quotidiens et en couverture des hebdomadaires. Certaines stations de télévision dans leurs journaux du soir en font du pain bénit.
Bien entendu, l'immunité dont bénéficie la presse écrite ou audiovisuelle ne s'étend pas aux simples mortels que nous sommes. Beaucoup en ont été pour leurs frais, de malencontreux accidents surviennent. Comme vous pouvez à tout instant être interpellé par l'un ou l'autre des services étatiques, manie héritée des forces d'occupation, quand les bouseux vous intimaient l'ordre de vous occuper de vos propres oignons.
Et puisque nous sommes en pleine littérature, voici que Voltaire se pointe allant de son conseil judicieux : mieux vaut cultiver son jardin. Planter des pommes, des poires et des scoubidous serait le meilleur moyen de se mettre à l'abri de la foudre qui pourrait s'abattre au cas où l'on persisterait à dénoncer les agissements de la faune d'anciens pauvres devenus riches à faire pâlir Crésus qui désormais tient notre destin en main.
Alors vous savez, un barrage en plus, une liaison satellite en moins, une centrale d'électricité qui existe sans exister, la justice à plusieurs vitesses, une assemblée législative autoprorogée indéfiniment, une loi électorale qu'on découpe sur mesure, une République sans tête, des responsables qui prennent leurs instructions en arabe pétrolier ou en perse, tout ceci m'importe désormais trop peu.
Sauf si un jour, mes concitoyens, lassés des turpitudes de leurs dirigeants, décident qu'il est grand temps de reprendre contre vents et marées les choses en main, chasser les marchands du temple, bâtir un état moderne, tel que nous le désirons, tel que nous Libanais le méritons.
En attendant, je continuerai d'écrire pour écrire, espérant qu'il en restera quelque chose.

Les gens ne lisent plus, c'est un fait que j'ai moi même constaté, pour ne pas dire fait les frais.Je poste sur l'un des réseaux sociaux que je fréquente, disons assidûment, la photo d'un beau crépuscule prise du balcon de ma maison surplombant la capitale, un soleil couchant plongeant dans la mer, et j'ai immédiatement droit à une avalanche de « likes » et de commentaires élogieux.Je passe deux à trois jours à peaufiner un article que j'enverrai par la suite fièrement à mon quotidien préféré, je fais attention aux virgules, aux points, je tente d'écrire un texte cohérent avec de petits paragraphes, enchaînant les idées et les transitions, choisissant mes mots, enjolivant le texte par des métaphores. Tout juste si je glane quelques bravos d'estime, et souvent des critiques relatives à la difficulté de...
commentaires (3)

En un mot, genial. Joanna Rbeiz

Geha bel Day3a

09 h 32, le 09 juin 2016

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Commentaires (3)

  • En un mot, genial. Joanna Rbeiz

    Geha bel Day3a

    09 h 32, le 09 juin 2016

  • Pour ces "concitoyens" et pour ces "nous libanais(h)", il faudra demander plus qu’une attention patiente....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    06 h 58, le 09 juin 2016

  • Cher monsieur tyan C est un fait que les gens sont bien plus interpelles par le visuel que l ecrit .Et parfois par un texte concis de quelques mots que l on a prealablement choisis pour porter rapidement et surement .Souvent on m arrete pour me dire "tu ecris petit ,alors on te lit ,"Mais dommage pour les belles plumes celles qui prennent le temps de peaufinner des phrases ,de developper une idee ,d introduire , et conclure ,continuez a ecrire et a ecrire longuement pour le plaisir de ceux qui aiment "vous lire" et le votre bien sur

    Dolly Talhame

    04 h 44, le 09 juin 2016

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