Soixante-treize ans que le Liban est soumis à l'influence des axes régionaux et de leurs représentants sur le sol national, une indépendance tronquée, une souveraineté bafouée, des libertés publiques et privées foulées systématiquement aux pieds et des institutions cahotantes ou bloquées au gré des « envahisseurs étrangers »... ! Face à ce parcours miné, le module de gouvernance mis en place par la Constitution de 1943 n'a pas tenu le coup et a lamentablement échoué pour deux raisons. Aucune disposition n'y avait été en effet envisagée pour immuniser le corps national des interventions externes, et qui plus est, c'est le principe du respect des parts entre les composantes confessionnelles de la nation qui y avait été privilégié, plutôt que celui de l'équilibre des droits des citoyens entre eux. Seule la Sigha du vivre-ensemble a pu heureusement protéger l'entité nationale et assurer la survie de la nation. Mais la vie au quotidien a subi les dérapages permanents du système et les arnaqueurs de tout genre ont réussi à corrompre tous les strates de la République et vicier fondamentalement les mentalités individuelles, vulnérabilisant systématiquement et irrévocablement l'État de droit. L'effondrement actuel de toutes ses structures est la preuve évidente de cette désintégration latente et mortelle.
Au milieu de tout ce désarroi, les élections municipales, millésime 2016, ont donné un second souffle à ce pays malade et ont offert à ses citoyens, peut-être, une nouvelle chance. Est-ce que la coïncidence de leurs déroulements avec le mois de Marie et la saison du printemps a été prémonitoire des résultats enregistrés sur tout le territoire national et des messages divers adressés à l'endroit des politiques qui ont, depuis l'indépendance, investi le terrain, hypothéqué les actions des citoyens et pris en otage la société libanaise... ?
Le Liban est certes un pays étonnant et son peuple est courageux, persévérant et fondamentalement résistant, il a d'ailleurs souvent su faire des choix salvateurs au moment où il a été au fond du gouffre. Est-ce que sa société civile qui, pour la première fois à l'occasion de ses municipales, s'est investie dans la chose publique en tant que collectif, pourra, à dater de cette échéance, relever les innombrables défis qui l'attendent ?
La lecture approfondie des résultats de ce choix national et démocratique a montré, dans cette phase de déliquescence politique, de dilution des institutions et de corruption généralisée, le profond désaveu de la population à l'égard de tous les politiques, toutes origines, générations et communautés confondues. De l'extrême Sud à l'extrême Nord, en passant par le Mont-Liban et la capitale, Beyrouth, ce qui a réuni les citoyens à l'occasion de ses confrontations municipales, a été leur désir de se libérer du carcan qui les étouffait et qui bloquait toutes leurs possibilités de concrétiser n'importe quelle action en dehors de la tutelle ou de la mainmise des machines politiques des leaders de leurs régions.
À partir de là, pourrait-on espérer que les différents groupes citoyens, qui ont réussi partiellement et timidement à bousculer les assises du système actuel et casser certains verrous sociopolitiques, parviendront à transformer leurs actions en changements fondamentaux ?
Il faut déjà saluer les victoires éclatantes et courageuses que Beyrouth et Baalbeck Madinati ont offert aux nouvelles générations à l'occasion de ses élections, elles auront été, grâce à leur action soudée, intelligente et digne, un exemple sérieux et crédible pour la nouvelle étape du changement à amorcer. Ce chemin ne sera pas aisé, car il sera certainement combattu par les politiques sur le terrain. Si les Libanais veulent malgré cela s'engager sur le chemin d'une République citoyenne, juste et transparente et où seuls les capacités individuelles, le respect des lois et l'égalité entre tous seront des références incontournables, ils devront établir une vision à long terme et entreprendre des actions à court et à moyen terme.
En dépersonnalisant le pouvoir, en œuvrant pour la neutralité permanente du Liban et en choisissant de substituer au système confessionnel un régime civil progressif, mais irréversible, il sera alors possible d'accomplir un tournant historique au sein du pays du Cèdre, tout en y consolidant le vivre-ensemble des religions et des cultures, et un message d'ouverture, de modération et de tolérance dans un monde inquiet et naviguant au gré des actes terroristes et des bouleversements de tout genre... !


L'arnaque continue. En dépit de tous les rapports et les avis provenant aussi bien de l'étranger que du Liban, l'étoile filante Michel Aoun "avise" le ministre Mohamed Machnouk que le travail de l'abattage des dizaines d'arbres continue à Janné pour construire le barrage controversé par tous en amon et en aval de ce gouffre d'argent pour certains profiteurs. Qui gouverne le Liban ? Le gouvernement de Tammam Salam ou les chefs de milice ? A quel titre agit Michel Aoun ? Cet individu n'est qu'un député boycotteur depuis deux ans qui ne devrait pas recevoir un salaire.
18 h 57, le 07 juin 2016