Le nouveau Premier ministre turc Binali Yildirim a présenté mardi un gouvernement composé, sans surprise, de fidèles du président et homme fort du pays Recep Tayyip Erdogan. AFP / ADEM ALTAN
Le nouveau Premier ministre turc Binali Yildirim a présenté mardi un gouvernement composé, sans surprise, de fidèles du président et homme fort du pays Recep Tayyip Erdogan, promettant d’œuvrer en faveur d'une transition vers un système présidentiel.
M. Erdogan a approuvé la nouvelle équipe ministérielle où la plupart des poids lourds du précédent gouvernement gardent leur poste, comme Mevlüt Cavusoglu aux Affaires étrangères et Mehmet Simsek, qui conserve le portefeuille de vice-Premier ministre chargé de l'Economie, au soulagement des marchés qui le perçoivent comme un garant de la stabilité.
Les marchés ont réagi positivement à ces informations, la devise turque progressant à 2,98 lires (+1%) pour un dollar. Dans la foulée, la banque centrale turque a abaissé de 50 points de base son taux de financement à un jour, désormais établi à 9,5%, alors que M. Erdogan réclame de longue date une baisse substantielle des taux pour stimuler la croissance.
Le principal changement dans l'exécutif réside dans l'arrivée d'Ömer Celik, porte-parole du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur), aux Affaires européennes, remplaçant Volkan Bozkir qui avait négocié un accord controversé signé le 18 mars avec l'Union européenne pour juguler le flux migratoire vers l'Europe.
M. Yildirim, élu à la tête de l'AKP dimanche en remplacement d'Ahmet Davutoglu, contraint au départ après des divergences avec M. Erdogan, a lui-même dévoilé la liste de ses ministres. Perçu comme un fidèle allié de M. Erdogan, il s'est engagé à oeuvrer à l'introduction d'un régime présidentiel que le chef de l'Etat appelle de ses voeux.
Berat Albayrak, gendre de M. Erdogan, conserve son portefeuille de l'Energie dans la nouvelle équipe gouvernementale, alors que les commentateurs s'attendaient à ce qu'il soit promu. La seule femme de la nouvelle équipe de 26 membres est Fatma Betül Sayan Kaya, nommée ministre de la Famille et de la Politique sociale.
Efkan Ala est reconduit à l'Intérieur alors que la Turquie a été confrontée cette année à des attentats meurtriers attribués à la rébellion kurde et au groupe Etat islamique (EI). Fikri Isik, ministre de la Science et de l'Industrie, remplace quant à lui Ismet Yilmaz à la Défense.
( Lire aussi : À présent, plus rien ne sépare Erdogan de la présidentialisation du régime )
Erdogan, "notre leader"
"Notre chemin et notre cause sont les tiens", a lancé M. Yildirim lors d'un discours au Parlement sous les ovations devant les députés de l'AKP, largement majoritaire dans l'hémicycle, s'adressant au président Erdogan à titre de "notre leader". Et d'ajouter sans détour que les "travaux pour changer la Constitution actuelle et passer à un système présidentiel seront relancés dans les plus brefs délais".
L'ambition du chef de l'Etat turc de présidentialiser le régime suscite l'inquiétude en Turquie et à l'étranger. La chancelière allemande Angela Merkel a exprimé lundi sa "profonde préoccupation" après la levée de l'immunité parlementaire de nombreux députés prokurdes, qui sont exposés à des poursuites judiciaires.
Cela pourrait renforcer l'AKP, qui ne dispose actuellement pas d'une majorité suffisante au Parlement pour réviser la Constitution afin de renforcer les prérogatives de M. Erdogan, un projet auquel l'opposition est farouchement hostile.
Parmi les priorités de son gouvernement, M. Yildirim a détaillé la poursuite du développement économique et a promis de continuer la lutte contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), avec lequel les combats ont repris l'été dernier, après l'échec d'une série de discussions de paix.
Pour la première fois, et contrairement à l'usage, la composition du nouveau gouvernement a été lue à la presse non pas à la présidence du conseil, mais au palais présidentiel, situé dans la banlieue de la capitale turque.
C'est également dans le gigantesque complexe que se tiendra le premier conseil des ministres mercredi.
Le programme du nouveau gouvernement doit être présenté à l'Assemblée dès mardi après-midi et suivi dans les jours suivants d'un vote de confiance.
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