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Liban - communautés

À la découverte de la perle maronite cachée à Johannesburg

Le rêve du recouvrement de la nationalité à l'épreuve de la bureaucratie libanaise.

Myriam, épouse du chargé d’affaires Ara Khatchadourian, avec ses deux filles, Emma et Inès, à la kermesse de la paroisse Notre-Dame du Liban, à Johannesburg.

Si le rôle de l'Église est tellement nécessaire dans la construction de l'identité libanaise, c'est parce qu'il n'est que trop facile de confondre le sable et le roc, et de se croire en train d'édifier un paradis, alors qu'on creuse sa propre tombe. À en juger par les deux messes-événements de samedi et d'hier, l'ordre missionnaire libanais (OLM), seul maître à bord en Afrique du Sud depuis les années 30 du siècle dernier, semble avoir été bâti sur le roc, à Johannesburg. Par la foule des fidèles, par l'ordre marquant les cérémonies, par la qualité de la chorale animant la messe, par les Sud-Africains blonds ou bouclés qui se mélangent à la communauté d'origine libanaise, par le dévouement et la douceur marquant le service rendu aux délégations venues de Beyrouth, on a la nette impression que l'édifice tient solidement debout.

Dans la tentaculaire Johannesburg, l'OLM possède deux paroisses : l'une au Nord, l'autre au Sud, à une demi-heure de route. Si la première possède un centre hôtelier pour les congrès, la seconde a développé depuis 2010 une école dont le patriarche a inauguré, vendredi dernier, le pavillon sportif, ainsi qu'une salle de fêtes qui doit également servir de salon paroissial. Cinq prêtres, conduits par le P. Badaoui Habib, animent ces paroisses, et ont su mobiliser, pour le service liturgique, comme pour les activités scolaires, de remarquables équipes de laïcs Et si l'église de la paroisse nord, celle de Notre-Dame des Cèdres, est de style moderne, semi-circulaire et construite avec de la brique, l'église de la paroisse sud, Notre-Dame du Liban, a été construite avec des blocs de ciment peints et façonnés comme de la pierre taillée. Elle possède un clocher qui rappelle irrésistiblement celui du siège patriarcal d'été à Dimane. Les deux églises ont par ailleurs gentiment construit à quelques mètres de leur entrée des tours surmontées de statues de la Vierge reposant sur des socles tournants, de sorte que la statue offre son visage aux quatre points cardinaux toutes les 45 minutes.


(Lire aussi : La Fondation maronite dans le monde, travail de mémoire et accomplissement d’un devoir)

 

Une triple mission
La première des deux messes du week-end est celle que le patriarche a célébrée samedi après–midi pour les jeunes, dans l'église nord, près de laquelle il est logé. L'office a été animé, avec de fortes résonances, par une chorale de jeunes qui a su éviter cependant les tonitruantes percussions des messes jazz. La cérémonie a été marquée, par ailleurs, par une onction des paumes d'une trentaine d'hommes qui aident généralement les célébrants à distribuer l'Eucharistie. Émouvant dans son homélie, le patriarche a brièvement rappelé que le Seigneur a confié à son Église une triple mission, celle de l'enseignement, de la sanctification et du gouvernement, pris au sens de service. Et si, visiblement, c'est la hiérarchie qui, par excellence, exerce cette triple fonction, tous les fidèles sont également appelés à s'y associer, a insisté le chef de l'Église maronite.
La foule des fidèles s'est ensuite rendue dans la grande salle de fêtes de la paroisse pour des tables bien garnies, entre lesquelles ont zigzagué les enfants. L'occasion pour le patriarche de se prêter à nouveau à la traditionnelle – et compréhensible – séance de photos. Des clichés qui orneront les salons de ces descendants d'émigrés pendant très longtemps, comme les traces visibles d'un passage mémorable et rare.

 

(Pour mémoire : Hommage marqué de Raï à l’action de la Fondation maronite dans le monde)

 

Procession
La seconde messe a été célébrée hier dimanche à l'église Notre-Dame du Liban de Johannesburg, à l'extrémité sud de Johannesburg, en présence du nonce apostolique et de l'archevêque de la ville. L'un de ses temps forts a été la procession d'une icône de Notre-Dame de Harissa centenaire, tenue par le patriarche, et d'une statue de Notre-Dame de Fatima portée par quatre brancardiers, qui ont fait le tour de l'assemblée. La messe était par ailleurs gardée par les Chevaliers de Goma en grande tenue. L'office divin a été suivi d'une kermesse sur l'une des grandes pelouses de l'école où des bancs de pique-nique avaient été installés, entourés de kiosques où toutes sortes de jeux et de spécialités culinaires étaient proposées. Le patriarche sera de retour demain au Liban, après une dernière visite à des notables de la communauté maronite qui étaleront devant lui, une tradition bien orientale, un buffet de bienvenue à nourrir une armée. Il rentrera, comme tout le monde, avec un peu plus de poids.

Est-ce que ça marchera ?
Les premiers Libanais qui ont gagné Johannesburg sont venus au moment de la ruée vers l'or, dans les années 1880. D'autres ont suivi, avant et après la Première Guerre mondiale, poussés par la faim ou la tyrannie. Beaucoup viennent du Liban-Nord, mais tous n'ont pas fait fortune. Selon les experts, près de 90 % de la communauté maronite de Johannesburg est d'ancienne émigration. Ces fils et filles de troisième génération ont perdu complètement leur arabe, mais c'est peut-être mieux ainsi. La perle est revenue à l'état de nature. Ceux qui sont là gardent intacte la nostalgie de leurs villages et du Liban, de cette « terre sainte » chantée par Feyrouz que le premier président du chapitre local de la Fondation maronite dans le monde, John Chelala, a de nouveau évoquée hier dans la brève et chaleureuse allocution qu'il a prononcée à la fin de la messe. Dehors, les piles d'un livret spécial préparé par lui et expliquant aux postulants les démarches à entreprendre pour recouvrer leur nationalité ont largement été entamées. Mais tout le monde, de la Fondation maronite au ministère des Affaires étrangères, retient son souffle. Est-ce que ça marchera, cette fois ?

 

Pour mémoire
Des institutions maronites à l’honneur en Afrique du Sud

Michel Eddé aux jeunes de l’Académie maronite : « Vous êtes un Liban qui s’ignore »


Si le rôle de l'Église est tellement nécessaire dans la construction de l'identité libanaise, c'est parce qu'il n'est que trop facile de confondre le sable et le roc, et de se croire en train d'édifier un paradis, alors qu'on creuse sa propre tombe. À en juger par les deux messes-événements de samedi et d'hier, l'ordre missionnaire libanais (OLM), seul maître à bord en Afrique du Sud...

commentaires (6)

En plus, en "Jet Privé" !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

18 h 17, le 23 mai 2016

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Commentaires (6)

  • En plus, en "Jet Privé" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    18 h 17, le 23 mai 2016

  • "Si le rôle de l'Église est tellement nécessaire dans la construction de l'identité libanaise, c'est parce qu'il n'est que trop facile de confondre le sable et le roc, et de se croire en train d'édifier un paradis, alors qu'on creuse sa propre tombe. À en juger par les deux messes-événements de samedi et d'hier, l'ordre missionnaire libanais (OLM), seul maître à bord en Afrique du Sud depuis les années 30 du siècle dernier, semble avoir été bâti sur le roc à Johannesburg." ! Par Mâr Mâroûn et Tous les "Saints Ïdîssîîînes", quelle envolée !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    18 h 01, le 23 mai 2016

  • "Râââëéh sera de retour, après une dernière visite à des notables de la communauté maronite qui étaleront devant lui un buffet de bienvenue à nourrir une armée. Il rentrera avec un peu plus de poids." ! Lâh, lâh, lâh ! Son poids est parfait ! Et, il "plaît" comme ça !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    16 h 17, le 23 mai 2016

  • "Les deux églises ont gentiment(?!) construit des tours surmontées de statues de la Vierge reposant sur des socles tournants, de sorte que la statue offre son visage aux quatre points cardinaux toutes les 45 minutes." ! Yîîîh ! Quelle bonne idée pour Harrîssâh....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 53, le 23 mai 2016

  • "Ces fils et filles de troisième génération ont perdu complètement leur arabe, mais c'est peut-être mieux ainsi ! La (perle?) est revenue à l'état de nature !" ! Plus de précision, please ! Quel état de nature ? Si ce n'est donc pas l'arabe, c'est quoi alors ? Le syriaque, le phénicien ou.... le hiéroglyphe ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 29, le 23 mai 2016

  • "Et si, visiblement, c'est la hiérarchie qui, par excellence, exerce cette triple fonction, tous les fidèles sont également appelés à s'y associer, a insisté le Râââëéh." ! A "s'y associer", oui, OK, mais sûrement pas en tant que "subalternes" quand même ? !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 15, le 23 mai 2016

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