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Liban - communautés

Michel Eddé aux jeunes de l’Académie maronite : « Vous êtes un Liban qui s’ignore »

« Le Liban multiculturel a résisté là où d'autres pays arabes s'effondrent ou se déchirent », souligne le président de la Fondation maronite dans le monde.

Michel Eddé, ayant à sa droite Hyam Boustani, cheville ouvrirère de la Fondation maronite dans le monde, entouré des jeunes lauréats de la session 2015 de l’Académie maronite. La jeunesse est dans le sourire.

L'édition 2015 de l'Académie maronite, le programme d'immersion que la Fondation maronite dans le monde réserve annuellement à ses jeunes invités, a démarré hier à l'Usek par trois présentations faites successivement par Neemat Frem, vice-président de la Fondation, le P. Hadi Mahfouz, recteur de l'Usek, et Michel Eddé, fondateur et président de la Fondation maronite dans le monde (2006).
Le programme de la session d'été, qui s'étale sur deux semaines, comprend une semaine de présentations couplées avec des activités et visites diverses à dominante religieuse et patrimoniale, et une autre de pur tourisme. Les bénéficiaires de ce programme, quelque 70 jeunes maronites des deux sexes venus d'une vingtaine de pays d'Europe, d'Amérique et d'Afrique. Ces jeunes ont gagné leur ticket pour le Liban au terme d'une session d'initiation à la réalité libanaise effectuée sur Internet.
Ravi de retrouver ces dizaines de jeunes visages curieux de tout et n'hésitant pas à poser, avec maturité, des questions difficiles, le président de la Fondation, Michel Eddé, a annoncé hier qu'il compte augmenter l'année prochaine le nombre de jeunes lauréats. Sachant que leur séjour est entièrement pris charge par la Fondation, l'Université de Kaslik prêtant généreusement, de son côté, ses dortoirs et sa cafétéria aux jeunes touristes-émigrés.

 

« La bougeotte des Libanais et la MEA »
Le principal message que l'ancien président de la Ligue maronite a cherché à transmettre aux jeunes gens et jeunes filles massés dans le petit amphithéâtre abritant les sessions de l'Académie maronite est « qu'ils ne sont pas moins le Liban que le Liban qu'ils visitent », mais qu'ils sont, en quelque sorte, « un Liban qui s'ignore » dont l'importance n'est pas moindre que celle du Liban résident.
Pour l'ancien ministre de la Culture, la mobilité du maronite et le fait que beaucoup de maronites ne résident pas au Liban ne posent aucun problème. « Au contraire, va-t-il jusqu'à dire, non sans humour, cette mobilité est une espèce de marque de fabrique. C'est pour cela que la MEA est une compagnie gagnante, à cause de la bougeotte des Libanais, de leurs incessants déplacements entre le Liban et leurs divers pays d'adoption. »
Et de donner en exemple ses enfants et petits-enfants, dont aucun ne réside au Liban, mais qui maintiennent avec leur mère patrie des liens affectifs très forts. « Nous ne voulons pas que les maronites reviennent tous au Liban, dit-il, mais qu'ils préservent leurs liens avec la patrie de leurs aïeux. »

 

« La vie avec l'autre »
Autres idées forces de Michel Eddé : la tendance universelle à la formation de sociétés multiculturelles, où l'apprentissage de « la vie avec l'autre, le musulman » revêt de plus en plus d'importance.
Chiffres à l'appui, M. Eddé montre que, dans plusieurs pays d'Europe, même si le déni l'emporte chez certains, le besoin économique d'une main-d'œuvre bon marché et une croissance démographique galopante ont fait perdre à des sociétés leur caractère homogène. De ce fait, le communautarisme et le besoin d'accepter l'autre, différent, commence à les marquer de son empreinte.
Ce que des pays européens deviennent, le Liban l'était au départ, avec ses 14 communautés chrétiennes et ses quatre communautés musulmanes, explique en substance M. Eddé. « Mais, fait-il observer, en raison même de cette diversité culturelle et de ses contraintes, il s'est montré bien plus viable que d'autres pays de la région dont les sociétés s'effondrent ou se déchirent ; il a en tout cas démenti être ce pays éphémère qui disparaîtra à la première secousse. »

 

Le nombre ne compte pas
Au Liban, « le nombre ne compte pas », conclut Michel Eddé, qui note que les chrétiens du Liban représentent aujourd'hui 25 % de la population – alors que dans le Liban de 1860, ils en étaient les 60 % –, mais qu'en dépit de tout, s'élèvent de toutes les communautés une même voix réclamant l'élection d'un président de la République chrétien. « C'est qu'au Liban, ce qui compte, c'est la vie avec l'autre », a-t-il souligné.
Au passage, M. Eddé indique que cette chute brutale de la population maronite au Liban s'explique de diverses façons, et d'abord par le mouvement d'émigration (un thème qui touche ses jeunes auditeurs), mais aussi par l'hécatombe de la Première Guerre mondiale ou, sous l'effet conjugué de la famine et des sauterelles, « 40 % des maronites, dit-il, sont morts de faim ».
Pour avancer ce chiffre, M. Eddé se base sur des recensements effectués respectivement en 1860 et 1922, sur un même territoire, qui montrent que les maronites étaient respectivement 208 000 (sur une population totale de 470 000) et, 60 ans plus tard, 199 000.
À l'appui de l'importance secondaire du nombre, Michel Eddé rappelle aussi qu'à l'époque de la Moutassarifiya, où les maronites étaient l'écrasante majorité de la population (plus de 80 %), le conseil représentatif de cette entité comprenait, au départ, 2 représentants maronites, au même titre que toutes les autres composantes chrétiennes, musulmanes et druze de la population.

 

« Les dix commandements du maronite émigré »
Les deux autres présentations de la journée ont couvert l'Université de Kaslik et « les 10 commandements du maronite émigré », tels que développés par Neemat Frem.
Pour sa part, le P. Hadi Mahfouz a annoncé que l'Usek passe progressivement à l'anglais, sans pour autant cesser d'être un centre de propagation de la foi, des valeurs et de la culture chrétienne voulu par un ordre qui considère que la foi chrétienne et l'identité libanaise sont intrinsèquement liées.
Pour sa part, M. Frem développe pour ses jeunes auditeurs les dix commandements du Libanais émigré, des consignes de bon sens qui comprennent, notamment, l'enregistrement des mariages et des naissances, l'effort de préserver la langue maternelle, la participation à des programmes d'échanges scolaires ou de vacances d'été au Liban, l'achat d'une parcelle de terrain ou la décision d'investir au Liban, le choix d'un conjoint libanais, la retraite au Liban et même, quand sonne l'heure du départ, le repos en terre libanaise...

 

Pour mémoire

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L'édition 2015 de l'Académie maronite, le programme d'immersion que la Fondation maronite dans le monde réserve annuellement à ses jeunes invités, a démarré hier à l'Usek par trois présentations faites successivement par Neemat Frem, vice-président de la Fondation, le P. Hadi Mahfouz, recteur de l'Usek, et Michel Eddé, fondateur et président de la Fondation maronite dans le monde...

commentaires (3)

Et que malheureusement le monde ignore !

FRIK-A-FRAK

13 h 57, le 11 août 2015

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Commentaires (3)

  • Et que malheureusement le monde ignore !

    FRIK-A-FRAK

    13 h 57, le 11 août 2015

  • ESPÉRONS QUE TOUS CES JEUNES RESTERONT DANS LE PAYS !!!

    CENSURE + CARENCE + BOURDES = FUITE DES ABONNES.

    09 h 21, le 11 août 2015

  • Ou bien, Michel au "Pays Des Merveilles" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    02 h 50, le 11 août 2015

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