Douze nouveaux députés pour les émigrés réclamés par M. le député Abi Nasr. Des députés « spécialisés » – 6 par continent – réclamés par le ministre des Affaires étrangères, 6 députés réclamés pour les minorités par M. de Freige et un petit Sénat pour satisfaire Taëf.
Qui va les payer ? La première réaction des émigrés libanais est avec quel argent va-t-on les payer ? On ne fait pas de budget, on navigue à vue, donc pas trop haut.
Savez-vous combien nous coûte un député avec les résultats qu'on sait ? Combien il coûte à l'État ? Combien il coûte à l'économie du pays ! Savez-vous pendant combien d'années on doit payer un député ou un fonctionnaire ? D'abord pendant sa carrière, ensuite sa retraite, la retraite de sa veuve, ses parents et ensuite pour sa fille veuve ou non mariée jusqu'à sa mort. Ce qui peut atteindre parfois les cent ans de rémunérations. Il y a même des filles de hauts fonctionnaires qui font des mariages à grands frais mais sans enregistrer ledit mariage au registre de l'état civil pour garder leur statut de jeune fille et profiter aussitôt de la retraite de papa, après son décès.
Les émigrés, et nul ne conteste qu'ils participent à renflouer la balance des paiements, à la prospérité du Liban et cela sans contrepartie, demandent un droit de regard sur le pays par les urnes comme tous les autres Libanais. Ce droit existe puisqu'ils peuvent voter s'ils viennent au Liban. Ne manquent que les décrets d'application pour leur permettre de voter sur place. Si on tourne autour du pot en faisant des propositions aberrantes, c'est juste pour leur opter ce droit. Les gouvernants actuels sont très contents de cette « structure pyramidale d'intérêts » à laquelle on a réduit le Liban et ne souhaitent pas l'audit des émigrés.
Le passe-droit n'étant pas la norme dans les pays de droit, les émigrés n'ont pas besoin de députés à l'étranger. Le nombre de députés actuel – rapporté à la population – est quatre fois plus important que le nombre de députés dans les pays développés. Si on veut créer une Assemblée de sénateurs, leur nombre devra être imputé du nombre de députés actuels, ce que ne semble pas entendre ainsi les généreux promoteurs. Dans le monde entier, on parle de moins d'état et de réduction des frais.
Quant aux « députés spécialisés dans l'émigration » et élus par les émigrés, pour emprunter les termes du ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil ; je me permets les remarques suivantes : dans le même discours où M. le ministre fait l'apologie des efforts faits pour rendre la nationalité à la diaspora libanaise, la nouvelle proposition vient jeter tous les émigrés dehors. Elle consiste à faire des libanais émigrés des libanais de seconde zone qui verront leurs noms radiés des listes électorales au Liban, en faveur d'une carte consulaire. Soit en pratique une radiation du Liban. Ils devront se contenter d'une troupe d'une trentaine de députés, lesquels devront faire attention à leur cholestérol.
D'autre part, les organisations et États pointeurs vont voir le nombre de Libanais se réduire. Soit un bon indicateur pour satisfaire les projets d'implantation de Palestiniens et voir aujourd'hui de Syriens.
Attention messieurs les généreux ministres et députés qui naviguez à vue. Cette manne des émigrés ne va pas s'éterniser dans le temps. Les nouveaux émigrés ont déjà perdu leur grands-parents et parents. Même s'ils portent dans leur cœur le Liban, il ne leur reste plus de parents proches à aider financièrement, à travers lesquels le transfert d'argent se matérialisait. Les nouveaux émigrés, coupés de leurs liens familiaux et au vu de la catastrophe, sont en position vendeur de leur patrimoine, en dollar lourd. Donc l'argent reprend le chemin de l'étranger. Cumulé avec la réduction des transferts vers le Liban et sans parler de la conjoncture régionale, on risque d'atteindre de mauvais jours.
Pour que ces Libanais reviennent, il faudra les mettre en confiance, en les associant à la direction du pays. Si le rôle des émigrés est renfloué au Liban, il y aura plus de droit et plus de justice et plus besoin de députés pour les minorités. Ce ne sera plus le clientélisme communautaire mais le droit pour tous. La quarantaine de députés élus à l'étranger par les citoyens de deuxième zone coûteront inutilement une fortune puisque, par définition, ils vont voyager avec leurs épouses à travers le monde pour aller faire du clientélisme aux partis et communautés qui les soutiennent.
Ni Carlos Ghosn ni Amin Maalouf ne vont se présenter à ces élections. C'est ceux qui seront prêts à se plier aux ordres des divers partis qui vont se proposer et on ne sera pas sorti de l'auberge. Ne nous trompons pas de combat. La diaspora n'a pas besoin d'une troupe de zaffé. Et nos éminents gouvernants doivent comprendre que la fête doit s'arrêter.
Lucien RAFFOUL
Économiste émigré en France


"La patrie dans le dénouement est une émigration et l'émigration dans l'aisance est une patrie. (Proverbe libanais). Le député Neemtallah Abi-Nasr avait préparé, à cor et à cri, un projet d'annuler les 300.000 nationalités libanaises accordés sous le mandat de Elias Hraoui à des Syriens non résidents au Liban. Où en est-il avec ce projet ? Je conseille Neemtallah Abi-Nasr d'arrêter son cirque.
15 h 36, le 15 mai 2016