Une fois de plus les chefs de file ont, comme Sancho Pança, revêtu leurs armures d'apparat, monté leurs grands destriers, pris d'une main assurée leur lance, chevauché à bride abattue cheveux au vent sus aux moulins, où se tapissent dans l'ombre, les malfaisantes chemises noires objet de tous leurs ressentiments, source du malheur qui s'abat sur notre pays.
Tendrement, goulument, les ennemis d'hier sont allés jusqu'à s'embrasser sur la bouche, ameutant le ban et l'arrière-ban de leurs ouailles, alliés et hommes liges formant une armée bigarrée, chamarrée, colorée, rassemblement hétéroclite, nul ne sachant ce qu'il fait ou ce que l'autre vient faire dans cette galère.
On les a rameutés un point, c'est tout. Il n'y a rien à comprendre ni à rajouter. Les chefs ont préparé le menu, sélectionné les ingrédients, fourni l'eau bénite par de hautes instances religieuses, il n'y a plus qu'à malaxer et enfourner. Le gâteau, lui, une fois cuit sera dégusté par les responsables, les braves qui l'ont produit n'auront même pas droit aux miettes, c'est tout juste s'ils pourront en renifler les effluves au sortir du four.
Comme quoi en tout temps, en tout lieu, l'histoire cette fumisterie qui a bon dos se répète. Le peuple n'a aucun droit, aucune voix au chapitre, sauf celui d'applaudir, psalmodier à haute voix les slogans creux qu'on lui a appris, hausser les bras en signe de victoire, crier des vivats à la gloire du chef, quand, du haut de son balcon, il condescendra à faire une apparition fugace.
En guise de bain de foule, au crépuscule de cette journée épuisante, ce sera un selfie, lui hilare, toutes dents dehors, cheveux gominés, avec comme toile de fond une flopée de jeunes, j'allais écrire abrutis, applaudisseurs professionnels dont pas un j'en suis certain n'avait frôlé ce jour-là un bureau de vote, tout ceci sans même avoir droit à un petit en-cas ou un rafraîchissement de quoi se mouiller le gosier.
Pauvre Marie-Antoinette comme on te plagie mal, ce peuple hurleur, tapageur sur commande, docile, qu'on mène par le bout du nez, n'a même plus droit à des biscuits ou encore à une petite bouteille d'eau, disette pécuniaire oblige, c'est à crédit qu'il applaudit.
En fait ils applaudissent quoi ?
La victoire à l'issue d'une bataille factice montée de toutes pièces avec son assentiment contre un épouvantail vêtu d'une chemise noire qu'on leur a présenté comme suceur de sang, un ogre prêt à leur sauter dessus, les égorger, les démembrer, de connivence avec les derniers résidus de la lourde mainmise syrienne sur notre pays.
C'était du cousu au gros fil blanc, il n'y a que les benêts qui tombent dans un tel panneau, ils sont nombreux, je sais. S'y ajoutent quelques personnes adeptes par la fibre communautaire, que de temps à autre on brandit pour amener les réfractaires intellectuellement à de meilleurs sentiments, ils reprennent alors sagement le chemin de l'étable où les attend Panurge.
Je crois que les responsables du parti de ce dieu à la chemise noire ont bien rigolé dans leurs barbes. À épouvantail, épouvantail et demi, pourvu qu'on les laisse tranquillement faire leur guerre urbi et orbi, ils fermeront l'œil sur vos magouilles et petits larcins. Ils allument ou éteignent quand il le faut les clignotants de vos scandales qu'ils soient grands ou petits, juste pour vous rappeler à l'ordre.
Non ce n'est pas ainsi que l'on combat le Hezbollah, qui d'ailleurs ne fait plus peur à grand monde. C'est en laissant libre cours à la démocratie qu'on a de grandes chances de le mettre à terre. Les mères éplorées, les pères rongés par les larmes qu'ils ravalent, les veuves, les orphelins ne se tairont pas indéfiniment.
La pression par la terreur des armes, tout l'argent qu'on leur verse en compensation de l'être cher, mort au combat pour on ne sait trop où et pour quelle cause, ne les laisseront pas éternellement cois, irrésolus, indécis, inactifs, veules, peureux face au drame qui s'est abattu sur eux, si toutefois on les incite à agir, rejoindre la liberté en leur tendant la perche de la démocratie.
Et la démocratie ce n'est certainement pas le « Zayy ma hiyé », des partis qui se mettent d'accord pour se partager les œufs en or que la poule pondra, dans un pays miné par la gabegie, le dol, le vol institués en politique d'État.
Seule la société civile aurait été apte à donner l'exemple, à faire contagion, à tendre la main à cette jeunesse qu'on envoie se faire trucider par-delà nos frontières.
Dommage que les responsables et les partis politiques aient une fois de plus manqué de discernement, appâtés par les gains immédiats, n'osant investir ni s'investir à moyen et long terme pour l'avenir de notre pays, de notre jeunesse.
Un bon coup de balai est devenu salutaire, j'espère que la société civile en dépit de toutes les embûches, difficultés, calomnies auxquelles elle sera en butte continuera sa lutte, allant de l'avant pour le salut des générations futures et de notre Liban.
Georges TYAN
Nos lecteurs ont la parole - Georges Tyan
Zayy ma hiyé !
OLJ / le 14 mai 2016 à 00h00


Au fond, par ghîré ou par dîïît ëéééne ?
07 h 37, le 14 mai 2016