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Moyen Orient et Monde

Mrs President

États-Unis
10/05/2016

C'est une scène d'anthologie qui clôt un film phare de 1949, White Heat : cerné par les policiers, le gangster Cody Jarrett (James Cagney, inoubliable) se réfugie sur le toit d'un immeuble que cernent les flammes. Sa dernière pensée est pour sa mère et la promesse que jadis il lui avait faite. D'où l'apostrophe de légende : « Made it, Ma. Top of the world ! » Donald Trump, c'est pour beaucoup, aujourd'hui, ce hors-la-loi parvenu au sommet, et dont la chute ne pouvait être que brutale.

Il y a six mois, nul n'aurait parié un sou vaillant sur sa candidature, lancée comme un défi à la face d'une caste politique ricanante. Que l'on se souvienne, l'un après l'autre, il a mis K.-O. ses dix-sept adversaires, les deux derniers à jeter l'éponge, il y a quelques jours, étant le sénateur du Texas Ted Cruz et le gouverneur de l'Ohio John Kasich. Voilà pour la gibecière. Passons au programme : invité par les médias à révéler son plan d'action pour les 100 premiers jours de son (éventuelle) présidence, il s'est contenté, le cachottier, de lever un coin du voile. Il donnera illico, a-t-il dit, le coup d'envoi de la construction d'un mur le long de la frontière avec le Mexique, une mesure qui sera suivie de l'interdiction d'entrée des musulmans en terre yankee. Le reste relève du même délire, ce qui a porté nombre de « pundits » (pontes) républicains à se rabattre sur la sémantique. Ils soutiendront l'homme mais n'endosseront pas sa candidature. Riposte de l'intéressé : « Et moi, je ne suis pas disposé à appuyer les idées de Paul D. Ryan », speaker de la Chambre des représentants.

Malgré toute la porcelaine cassée, ils commencent à rappliquer, les éléphants du Grand Old Party, en rangs de plus en plus drus, gênés tout de même aux entournures de leurs vestes retournées. À commencer par le gouverneur du Nebraska, Pete Ricketts, dont la famille finance pourtant un PAC (Political Action Committee – comité d'action politique) dédié à faire échec à l'intrus, ou l'ex-gouverneur du Texas Rick Perry, qui l'avait qualifié il n'y a pas longtemps de « cancer », ou encore Sheldon Adelson, le roi des casinos et principal bailleur de fonds du très israélien World Values Network, qui le découvre soudain « bon pour Israël ».

(Lire aussi : « L'Amérique d'abord » : Trump veut une politique étrangère américaine moins interventionniste)

 

« The Donald » voulait réunifier un parti atomisé par George W. Bush et sa drôle d'équipe ? On retrouve, après sa chevauchée, une formation à bout de souffle et à court d'idées, avec laquelle tout prouve qu'il a rompu mais dont il se prépare à être le candidat officiel, le 18 juillet à Cleveland. Ajoutez à cela le fait qu'à cette convention précisément, quatre de ses cinq prédécesseurs seront absents : les Bush père et fils, John McCain et Mitt Romney. Drôle de situation, même au pays de toutes les contradictions. Mais ce n'est pas là l'unique particularité d'une tout aussi drôle de campagne. Il faut remonter à l'année 1952 pour voir un « maverick » (un indépendant) postuler à la plus haute charge de l'État au nom du Parti républicain. Mais à soixante ans d'écart, Trump supporte difficilement la comparaison avec Dwight Eisenhower, général cinq étoiles, auréolé à l'époque de ses exploits durant la Seconde Guerre mondiale.

Le problème pour le GOP est qu'il connaît, après la fin du mandat de George Herbert Walker Bush (1989-1993), soit depuis un tiers de siècle, une période de disette qui lui fait craindre le pire. Alors qu'il aurait eu besoin d'un élément pacificateur/unificateur, il subit la loi d'un bonimenteur qui dit n'importe quoi et, le lendemain, son contraire, quitte, le jour J, à faire un bide, encore un après les huit années du démocrate Barack Obama. Or, comme chacun sait, un parti ne s'use que s'il se condamne à faire de la figuration – même pas intelligente.
De l'autre côté de l'échiquier électoral, Hillary Clinton laisse Bernie Sanders récolter des miettes, forte qu'elle est de ses 2 229 mandats déjà recueillis, soit 94 pour cent du total de 2 382 nécessaires pour son investiture, fin juillet à Philadelphie, alors que son adversaire traîne la patte loin derrière elle, avec 1 453 délégués. Et ce n'est certes pas le bras de fer du 7 juin prochain, malgré son gros lot de délégués dans cinq États dont la Californie, qui pourra modifier la donne. Quoi qu'en disent les maîtres du show pour entretenir le suspense, les jeux sont faits : le 45e président des États-Unis sera une présidente.

Blog : « Merville Post »

 

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J Nassar

M. Merville:
Je connais un tas de gens en desaccord total de Trump qui ne se resoudent pas a voter pour Clinton.
Ces gens ne sont pas Republicains, et une grande majorite sont des femmes d'affaires eduquees et feministes qui ne repondent jamais aux sondages.

C'est une revolte. Sinon, Sanders serait rentre chez lui. Il recolte toujours un nombre de votes impressionnant bien que tout les calculs soient contre lui.

L'elu de la Maison Blanche depends entierement du vote des femmes, pour ou contre Clinton.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE LA PREFERE A TRUMP... MAIS SI ELLE VA SUIVRE LA POLITIQUE D,OBAMA... ALORS TRUMP AVEC TOUS SES VICES !

Lebinlon

je vous trouve bien hâtif M Merville.
les jeux sont très, très loin d'etre fait.
Trump n'a eu qu'a se baisser pour ramasser un GOP sclérosé par un tea party anti-tout.
Trump est par ailleurs le seul chez les républicains a vouloir garder Medicare et a vouloir imposer les grandes fortunes. 2 mesures qui garnissent respectivement 70% et 90% de support dans l’électorat US. comparer a la bonne Hilary qui se fait payer par Goldman Sachs...
enfin, la part de l’électorat US en colère (pas "mécontente", en colère !) contre le fameux "establishment" est supérieur a 50% !! avec les mécontents on frôle les 85% !
au vu de ces chiffres, Mrs Clinton -et non Mrs President- risque de se faire laminer.
dommage qu'on ne puisse prendre un pari...

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