Dans la partie d’Alep tenue par le régime, des civils et des secouristes attroupés près de la clinique al-Dabbit. Handout/Sana/AFP
Moscou a déclaré hier espérer un cessez-le-feu « dans les prochaines heures » à Alep, la grande ville divisée du nord de la Syrie où de nouveaux combats et bombardements ont fait de nombreux morts.
Selon un photographe travaillant pour l'AFP, il s'agit de la journée la plus terrible qu'ait connue le secteur contrôlé par le régime de Bachar el-Assad depuis la reprise le 22 avril des hostilités dans la deuxième ville syrienne, où plus de 270 personnes ont été tuées en 12 jours. Cette intensification des violences a fait voler en éclats la trêve entrée en vigueur le 27 février sous l'impulsion de la Russie, alliée du régime, et des États-Unis qui soutiennent l'opposition. Alarmé par cette dégradation, l'émissaire de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura a rencontré hier à Moscou le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. « Nous devons nous assurer que la cessation des hostilités soit à nouveau sur les rails », lui a-t-il déclaré. M. Lavrov a dit espérer obtenir un accord « dans les prochaines heures » sur un cessez-le-feu à Alep. « J'espère que, au plus vite, peut-être même dans les prochaines heures, une telle décision sera annoncée », a-t-il dit.
Dans le même temps, le Conseil de sécurité de l'Onu a adopté hier à l'unanimité une résolution qui réaffirme que les personnels de santé et les installations médicales doivent impérativement être protégés lors des conflits. Par la suite, la France et le Royaume-Uni ont demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'Onu sur Alep. Estimant qu' « Alep brûle », l'ambassadeur britannique à l'Onu Matthew Rycroftil a jugé qu'il s'agissait d'un dossier relevant « de la plus haute priorité ». Une réunion du Conseil est donc prévue aujourd'hui.
De son côté, le secrétaire d'État John Kerry, avec qui s'était entretenu lundi M. de Mistura, a affirmé hier que si le président syrien Bachar el- « Assad n'adhère pas à cela (un cessez-le-feu), il y aura clairement des répercussions ». « Je ne crois pas que la Russie veuille cela. Je ne pense pas que le (régime) Assad puisse profiter de cela », a-t-il dit, faisant planer le spectre d'une « destruction totale du cessez-le-feu » et « d'autres répercussions en discussion », sans donner plus de détails.
Toujours sur le plan diplomatique, l'Allemagne a annoncé des pourparlers aujourd'hui à Berlin avec M. de Mistura, le coordinateur de l'opposition syrienne Riad Hijab et le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault.
Sur le terrain, les rebelles ont lancé une offensive majeure avec de violents bombardements contre les secteurs gouvernementaux d'Alep, où au moins 16 civils ont été tués et plus de 60 blessés, a affirmé l'agence officielle syrienne Sana. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) donne de son côté un bilan de 19 morts et de 80 blessés, dont certains grièvement atteints.
Maternité touchée
Sana a indiqué notamment que « des obus tirés par les rebelles contre une maternité dans le quartier du gouvernorat avaient tué au moins trois femmes et fait 17 blessés ». Le bombardement a été confirmé par l'OSDH qui ne disposait cependant pas d'un bilan dans l'immédiat.
Au total, quatre hôpitaux du côté rebelle et deux du côté gouvernemental ont été durement touchés par la dernière vague de violences. L'armée syrienne a fait état d'une « grande attaque sur plusieurs fronts d'Alep » menée par les groupes Front al-Nosra (branche syrienne d'el-Qaëda), Ahrar el-Cham et Jaïch el-islam, avec des « bombardements intenses sur des quartiers résidentiels ».
L'offensive a commencé par une attaque contre le quartier général des services de renseignements de l'armée de l'air à Zahra, dans l'ouest de la ville. L'aviation et l'artillerie du régime ont répliqué en visant les quartiers rebelles de l'est de la ville. Les services de la Défense civile ont fait état de trois morts, dont un enfant.
Sur le front des combats contre le groupe jihadiste État islamique (EI), qui contrôle de larges pans du territoire, une série de raids aériens sur Raqqa, son fief en Syrie, a tué 19 civils, selon l'OSDH. L'ONG n'était cependant pas en mesure de préciser si les frappes avaient été menées par des avions russes ou de la coalition internationale conduite par les États-Unis. Le directeur général de l'OIAC a assuré hier qu'il y avait des signes permettant de penser que l'EI pouvait fabriquer ses propres armes chimiques, ce qu'il a jugé d' « extrêmement inquiétant ».
(Source : AFP)


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