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Culture - Bipod 2016

Le credo de Raimund Hoghe ? Amour et acceptation de soi et des autres

De sa disgrâce, il a fait un monde de grâce et de tolérance. Il fut le dramaturge de Pina Bausch. Mais aussi portraitiste au « Die Zeit », danseur singulier et chorégraphe. Aujourd'hui, à 67 ans, pour Raimund Hoghe, atteint de malformation dès sa naissance, tout fusionne pour une créativité sans frontières. Sous le signe de l'universalité, rencontre pour parler mots, gestes et musique.

Minuscule silhouette en noir, blouson rouge, pot de fleurs, lunettes de soleil et talons aiguilles, il se dandinait le soir sous les spots de Bipod. © Rosa-Frank.com

Son spectacle, hors norme, un peu fourre-tout, sous influence évidente de Pina Bausch, trop long et répétitif, entre personnages énigmatiques, attitudes hiératiques et images oniriques, Quartet (2h40 de représentation), mêlant Schubert à Liza Minelli, en passant par La Paloma et des ritournelles de Dalida, clôturait au Madina (quelle salle! On étouffe ou on caille en toutes saisons!) le cycle Bipod 2016.


En une quinzaine de questions-réponses, tour d'horizon pour un univers certes particulier mais qui récuse tout enfermement, solitude, négativisme. C'est avec un anglais corsé d'accent allemand que Raimund Hoghe, originaire de Wuppertal, décortique la notion de beauté et s'entretient de son refus de baisser les bras devant les difficultés de la vie. Un bossu qu'on prendrait pour le bouffon de Rigoletto et qu'on voyait ce soir sur scène en pantalon fuseau et talons hauts de Lady Saloon. Et ici, entre deux propos, l'artiste de certifier que sa mère l'a accepté tel qu'il était. «Quand les parents croient en leur enfant, c'est la plus grande preuve et le plus grand don d'amour», lance-t-il. Avec ce ton frémissant, cette confiance absolue dans l'altérité et la fraternité humaine. Lui qui a pris de Lorca cette phrase en citation d'une vidéo de son travail: «Si je meurs, laissez les balcons ouverts...»

 

(Lire aussi : Cash et banco, une plongée dans un vertigineux nocturne indien)


Sans un sourire, avec des traits fermés, Raimund Hoghe salue, se saisit de sa mallette où dorment peut-être esquisses de danse et projets de scène. Avec une démarche quasi militaire, il s'élance vers l'extérieur. Rien à voir avec cette minuscule silhouette en noir, blouson rouge, pot de fleurs, lunettes de soleil et talons aiguilles qui se dandinait le soir sous les spots. Sans doute impatient de croquer la vie à belles dents. Et s'en inspirer, en toute liberté.

(Lire aussi : Les Vikings en habits et gestes d'Isadora Duncan)

 

© Rosa-Frank.com

 

« Je suis contre les labels, les classifications... »

Dans l'ordre des choses qui, entre les mots, les gestes ou les notes, a votre préférence ?
La musique est la meilleure force pour créer. Elle connecte aussi les gens.

Étiez-vous la voix de Pina Bausch ?
Pas tout à fait. Du moins pas comme cela. J'ai écrit un journal sur Pina. Je lui ai certes donné une voix: je me suis exprimé à sa place...

Quel est votre message ?
Être ouvert à tout et avoir du respect pour tout et tous. D'abord à soi-même.

Avez-vous une création nouvelle? Un nouveau chantier de travail ?
Oui et c'est Musique et mots pour Emmanuel: un hommage et une déclaration d'amour pour un de mes danseurs. Pour son talent.

La sempiternelle interrogation: pour votre premier séjour au Liban, quelles sont vos impressions ?
Je ne me sens pas étranger. On est tous humains. Par-delà buildings ou autoroutes, on a tous les mêmes émotions. C'est universel... Je suis effrayé par les limites que l'Europe impose. Je crois en l'être humain. Prière, aimez-vous les uns les autres, acceptez-vous les uns les autres.

Comment définissez-vous votre travail ?
Je fais ce que je dois faire. Je suis heureux de voir ce travail sur scène. Tout est pour moi sur la beauté. De l'être humain.

Quel rapport avez-vous avec la musique ?
Je n'ai pas dans mon quotidien de background musical. Je flaire, je découvre, je m'emballe, je me passionne. Mais je suis insensible à l'électronique et au rock. J'aime Bernstein.

Qui est pour vous le maître, la référence ?
C'est Kazuo Ohno, du Bhutto. Il avait 80 ans quand je l'ai vu la première fois.

Et vous, vous vous sentez jeune ?
Oui je le suis !

Certainement vous êtes sensible à la poésie. C'est quoi pour vous la poésie?
Une essence. D'une idée, d'un sentiment.

Est-ce que votre art est considéré comme typiquement allemand ?
Non, il y a déjà beaucoup de nationalités différentes chez les danseurs-acteurs avec qui j'aime travailler.

Ce spectacle long, solennel, baroque, cousu de fil blanc, pimenté d'humour, décalé. Vous aimez
choquer?
Non, pas du tout. Je veux simplement que le public ait surtout du bon temps et découvre des choses. Soi, les autres, la vie.

Vous admirez beaucoup Pasolini. Est-ce qu'il y a dans votre travail une dimension chrétienne?
Non, je suis d'extraction modeste et je n'ai pas eu à lutter contre la bourgeoisie!

Comment vous définissez-vous ?
Je suis contre les labels, les classifications.

 

 

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