« Et je reprends mon cœur et ce vieux train-là, et dans la nuit je reviens vers toi. » C'est le refrain d'une chanson de Johnny Hallyday qui il y a bien longtemps a accompagné les soirs heureux de ma jeunesse, l'été au clair de lune sous les étoiles, quand avec les copains nous déambulions insouciants, heureux, chantant à tue-tête sur les belles routes de nos montagnes.
Depuis nous avons grandi, mûri peut être, quarante et un étés sont passés. Cependant nous gardons toujours enfouie quelque part dans notre âme la flamme de notre jeunesse. Si âge, carapace et parfois position sociale obligent, nous ne pouvons plus danser, chanter, gambader, sauter, agir comme quand nous avions vingt ans, cette lueur qui fait pétiller nos yeux persiste.
Elle est demeurée intacte, brille toujours de mille feux. Son entretien toutefois n'est pas aisé, il fait souvent mal, laisse des traces indélébiles, surtout quand on observe la décadence où notre pays est arrivé. C'est la honte bue, les couleuvres avalées. À tous les étages de notre république résident des locataires qui par détournement de la loi se sont érigés en propriétaires de lieux.
J'allais écrire pour décrire leur incompétence, toutefois les incompétents ce n'est pas eux, mais nous le bon peuple de mon pays, il les a élus, placés sur des piédestaux. Ils l'ont gravement déçu, inutile de reprendre la litanie de leurs perfidies que tout un chacun connaît sur le bout des doigts.
Ils ont confisqué au peuple ses droits les plus intimes, le tournant en bourrique, lui jetant un os pour ronger son frein, sur l'étiquette est écrit le mot : « Municipales ». Là aussi ils n'ont laissé à l'électeur aucun choix, ils ont pensé pour lui, établi des alliances à sa place, nommant les candidats, ils se sont distribué entre eux les sièges y parachutant leurs hommes liges.
Quelle comédie, quand on observe les ententes entre les partis pour se partager le gâteau des grandes villes du pays et partant s'assurer que le produit des marchés juteux ira droit dans leurs escarcelles, alors qu'ils peinent à s'entendre pour élire un président à notre république et refusent d'élaborer une loi électorale équitable, moderne, qui ne garantirait pas leur retour place de l'Étoile.
Il est amusant d'écouter certains de leurs chefs se justifier prenant exemple sur ce qui se produit en Europe où les partis participent en force à toutes les consultations populaires, c'est tout à fait vrai. Plus vrai encore, les partis politiques européens laissent le jeu démocratique suivre son cours, ils ne s'allient jamais créant un cartel ponctuel afin soi-disant éviter une bataille électorale même des moindres, laissant aux urnes le soin de déterminer la popularité réelle de chacun d'eux.
Ces alliances ressemblent plus à une mésalliance, elles me laissent dubitatif. Ces gens-là comme d'habitude veulent une chose et son contraire, d'une part ils s'érigent en chantres de la démocratie, champions toutes catégories de la liberté et du droit de vote, de l'autre ils spolient l'électeur du plaisir de faire le choix de sa conscience.
Les élections messieurs dames comme on nous l'a souvent répété, si elles ne sont pas un défoulement, elles sont à tout le moins un coup de gueule au niveau populaire, il s'agit d'approuver ou le cas échéant de sanctionner le bonne utilisation ou non d'une procuration, limitée dans le temps il faut le souligner, obtenue pour la mise en œuvre d'un programme de développement, de gestion, pour le bien des habitants d'une région, d'un pays ou d'une nation.
Partant de ce qui précède, en toute logique démocratique, je récuse fortement que quatre ou cinq personnages aussi haut placés fussent-ils, choisissent pour moi, m'invitant à me rendre aux urnes par un beau dimanche d'été pour avaliser une entente qui ne me concerne nullement, d'autant plus qu'au lendemain du vote, les antagonismes reprendront de plus belle.
Économiser les frais d'une bataille électorale, c'est peut-être une bonne chose, d'autant plus que les temps sont durs, le prix du pétrole baisse, les bailleurs de fonds sont devenus d'une avarice rare. C'est là que le bât blesse, il ne viendrait jamais à l'idée des partis européens par amour propre et rectitude d'accepter les largesses de pays étrangers, sachant que qui donne ordonne, le plus souvent au détriment de la volonté nationale.
Ces divagations, aberrations et incongruités, ce manquement flagrant à la démocratie foulée aux pieds, la liberté de choix étouffée dans un environnement politique malsain, un pays archidivisé entre deux mouvances ennemies, l'une fait la guerre, l'autre l'observe impuissante s'adonnant à de petits larcins agrémentés de quelques scandales bien dodus, tout en lui proposant, suprême ironie de lui remettre les rênes du pays.
C'est en m'insurgeant contre ces pratiques d'un autre âge, moi-même n'ayant plus l'âge, que j'alimente la flamme de ma jeunesse partant avec les jeunes d'aujourd'hui à la recherche d'un nouveau Moise qui mettrait bas les vaux d'or que le peuple de mon pays a été forcé d'ériger de ses deniers, à la sueur de son rare labeur, pour la gloire de tous ceux qui l'ont conduit à la misère et à la dèche.

