Rechercher
Rechercher

De l’huile dans la machine

La diplomatie est la police en grand costume, affirmait Napoléon Ier. Si la boutade dit vrai et s'il n'était déjà président des États-Unis, c'est au grade de commissaire de la diplomatie qu'aurait pu prétendre alors Barack Obama ; en témoignent les résultats de sa rencontre, jeudi à Riyad, avec les monarques du Golfe réunis au grand complet.

Fidèle à sa doctrine de désengagement militaire observée en Irak et en Afghanistan, le chef de la Maison-Blanche, en dépit de ses ultimatums, n'a pas exactement joué les policiers, et encore moins les gendarmes, dans le conflit de Syrie. Il s'est contenté de mettre sur pied une coalition aérienne exclusivement dirigée contre l'État islamique, laissant ainsi le champ libre à une intervention active de la Russie aux côtés de Bachar el-Assad. Avec ses alliés du Golfe, il semble avoir eu la main plus heureuse. Dédaignant une fois de plus l'habit du garde-chiourme, c'est plutôt en indispensable, en irremplaçable agent de la circulation qu'il souhaite apparemment se poser dans la furieuse corrida mettant en compétition l'Iran et l'Arabie saoudite.

Aux monarchies pétrolières affolées par l'accord sur le nucléaire iranien, Obama n'offre en effet qu'une maigre satisfaction en dénonçant les activités déstabilisatrices de la République islamique au Proche et au Moyen-Orient. Il promet de dissuader – mais non de repousser par la force – toute agression de la part des mollahs. Il autorise la vente à ces royaumes de masses d'armements, mais en soulignant que la priorité absolue va à la lutte contre Daech. Le président US se garde bien, surtout, de leur offrir cette alliance militaire bâtie sur le modèle de l'Otan qu'ils réclament avec insistance.

Mieux encore, ce sont les vertus du dialogue – et donc du compromis – que le chef de l'exécutif américain vante aux protagonistes, lançant même, au passage, une fleur aux raisonnables que l'on peut trouver au sein de la hiérarchie iranienne. Dialogue, compromis, on n'est pas bien loin de cette invitation au partage du voisinage que le président, tel le roi Salomon, ressassait récemment, tantôt dans une interview télévisée et tantôt dans un article publié dans un magazine. Voilà qui laisse présager d'une peu séduisante réédition – opérée par procuration cette fois – des zones d'influence britannique et française que délimitaient, il y a un siècle, les accords Sykes-Picot.

Reste à dire que même les plus performantes des machines ont besoin d'être huilées : le lubrifiant étant, en l'occurrence, ce pétrole qui, mieux que le plus fin des champagnes, sabla la formation, en 1945, du couple saoudo-américain. Livraisons continues de brut et, en échange, protection de l'Oncle Sam : au fil des ans, le pacte, dans ses deux termes, n'a pas été à l'abri des mésententes et des demandes de redéfinition. Or, tel est bien le cas en ce moment. C'est par la bande en effet, entre deux prêches sur l'impératif de prudence et de modération, qu'il a été question d'un des objectifs majeurs de la visite de Barack Obama en Arabie : à savoir, la nécessité d'un ajustement (entendre une révision à la hausse) des prix du pétrole. À une quarantaine de dollars le baril, les tarifs actuels font table rase en effet des énormes investissements américains dans la recherche de sources d'énergie alternatives.

Comme dans les feuilletons de la télé, il faudra probablement arroser le policier...

 

P.-S. : suite à une malencontreuse coquille, la proverbiale valse des généraux aura connu une regrettable application dans l'éditorial du mercredi 20 avril. Dans l'évocation de la proclamation du Grand Liban en 1920, c'est en effet le général Weygand qui a remplacé le général Gouraud sur les marches de la Résidence des Pins. Humble pardon à leurs cendres, pour une étourderie que le lecteur aura sans doute corrigée de lui-même.

 

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

La diplomatie est la police en grand costume, affirmait Napoléon Ier. Si la boutade dit vrai et s'il n'était déjà président des États-Unis, c'est au grade de commissaire de la diplomatie qu'aurait pu prétendre alors Barack Obama ; en témoignent les résultats de sa rencontre, jeudi à Riyad, avec les monarques du Golfe réunis au grand complet.
Fidèle à sa doctrine de désengagement militaire observée en Irak et en Afghanistan, le chef de la Maison-Blanche, en dépit de ses ultimatums, n'a pas exactement joué les policiers, et encore moins les gendarmes, dans le conflit de Syrie. Il s'est contenté de mettre sur pied une coalition aérienne exclusivement dirigée contre l'État islamique, laissant ainsi le champ libre à une intervention active de la Russie aux côtés de Bachar el-Assad. Avec ses alliés du Golfe, il semble...