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Moyen Orient et Monde

Une coopération musulmane face au terrorisme est-elle possible ?

Entretien express

Romain Caillet, chercheur sur la question du jihadisme, commente pour « L'Orient-Le Jour » l'annonce par le sommet de l'OCI de la mise en place d'un Interpol « islamique ».

16/04/2016

Près de 56 dirigeants et représentants musulmans étaient réunis jeudi et hier à Istanbul pour le 13e sommet de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), dans un contexte régional et mondial empoisonné par le terrorisme et les conflits. S'exprimant à l'occasion de l'ouverture de la conférence, le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé les dirigeants à s'unir pour combattre les organisations terroristes, particulièrement l'État islamique (EI). La proposition du président turc survient quatre mois après la formation par l'Arabie saoudite d'une coalition sunnite de quelque 34 pays censée faciliter l'échange éventuel de renseignements, l'entraînement, l'équipement et le déploiement de forces armées. L'appel d'Erdogan a-t-il une chance d'être entendu? Romain Caillet, chercheur sur la question du jihadisme, répond aux questions de L'Orient-Le Jour.

(Lire aussi : L'OCI condamne l'« ingérence » de l'Iran dans les États de la région)

 

Erdogan a annoncé lors du sommet de l'OCI la création d'un « Interpol islamique » basé à Istanbul pour lutter contre le terrorisme. Quelles sont les limites d'un tel outil ?
Je ne crois pas une seconde que ça soit quelque chose d'autre qu'une coquille vide, un symbole. Comment voulez-vous que l'Arabie saoudite et l'Iran travaillent ensemble ? De son côté, l'Égypte considère que les Frères musulmans sont une organisation terroriste, tandis qu'Erdogan est considéré un peu comme le chef des Frères dans le monde puisqu'ils sont arrivés en Turquie (en référence au parti au pouvoir en Turquie, l'AKP, islamo-conservateur). Le Hezbollah est également considéré comme une organisation terroriste par les pays du Golfe, tout en étant soutenu par l'Iran. Cette initiative n'est donc pas sérieuse. Ce qui est intéressant, c'est que le président Erdogan monte un organisme de coopération islamique dans un pays laïc, qui ne se positionnait jamais comme un pays organisant des réunions de pays musulmans.
Je pense donc qu'il y a un autre agenda derrière cette initiative. L'idée est de resserrer les liens entre des pays qui mettent l'islam au cœur de leur identité, comme l'Arabie saoudite, peut-être demain la Turquie d'Erdogan, et de se servir de cette lutte contre le terrorisme pour créer une communauté d'intérêts.

(Lire aussi : L’OCI condamne les « actes terroristes » du Hezbollah)


Quels seraient alors les moyens concrets à la portée des pays de l'OCI ?
Les pays qui ont une légitimité à parler de religion avec les jihadistes vont mettre en avant des interlocuteurs plus crédibles qu'en Occident : un jihadiste ne va pas être convaincu par des hommes qui défendent un système libéral par exemple. Des salafistes non jihadistes sont d'ailleurs inacceptables pour les pays occidentaux, et en particulier pour la France, vu leur mode de vie, etc. Mais ce mode de vie a une certaine innocuité dans les pays musulmans.

La réponse apportée lors du sommet d'Istanbul est essentiellement sécuritaire, tout comme celle de l'Occident qui a créé une coalition menée par les États-Unis. La solution est-elle militaire ?
Certains pays musulmans, quand ils sont dans une logique de prévention et de déradicalisation, et non d'oppression ou d'élimination, conçoivent le jihadisme comme un problème de mauvaise compréhension des textes religieux. Toutefois, ils évacuent d'autres dimensions de l'engagement jihadiste (socio-économique, etc.) parce que cela reviendrait à remettre en cause la politique de ces États, ce qu'ils refusent.
Mais ce n'est pas seulement parce qu'ils ont une lecture littérale des textes qu'un certain nombre de jihadistes prennent les armes ; certains ont des raisons éminemment politiques. Cela ne peut se régler par la déradicalisation. La mobilisation par exemple des jihadistes irakiens, celle de certains jihadistes syriens, se fait sur des bases communautaires, et non des bases théologiques, notamment dans les pays où il y a des chiites. Les sunnites qui se sentent discriminés par le gouvernement chiite en Irak sont un exemple de ce problème communautaire. Le problème devient politique dans les pays qui ne conçoivent pas l'opposition démocratique, qui s'oppose au régime, comme en Arabie saoudite.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Mais ce n'est pas seulement parce qu'ils ont une lecture littérale des textes qu'un certain nombre de jihadistes prennent les armes ; certains ont des raisons éminemment politiques.
La mobilisation par exemple des jihadistes irakiens et des jihadistes syriens, se fait sur des bases communautaires, et non des bases théologiques, notamment dans ces pays où il y a une domination des chïïtes et des noSSâïrîs.
Le problème devient politique dans les pays qui ne conçoivent pas l'opposition démocratique, qui s'oppose au régime, comme en Arabie saoudite." !
Quid de l'Iran des mollâhs Per(s)cé, M. le chercheur, qui, lui aussi ce pays ne conçoit pas l'opposition démocratique qui s'oppose au régime ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE PARTIE DES PAYS MUSULMANS SUNNITES Y EST DEJA SUR PIED DE PREPARATIONS ET DE CONSTITUTION D,UNE ARMEE MUSULMANE POUR COMBATTRE TOUS LES GENRES DE TERRORISMES.
UNE AUTRE PARTIE DES PAYS SUNNITES LEVE LA MAIN COMME PRESENTE SEULEMENT.
LA SEULE PARTIE CHIITE MUSULMANE L,IRAN Y EST CERTES CONTRE... ET POUR RAISON...

Amère Ri(s)que et péril.

Cet article ne sera pas commenté par foule d'internautes pour 2 raisons .

1-À la question de savoir si les états musulmans pourront combattre le terrorisme, la réponse est non, du fait que le seul terrorisme mondial est celui des juifs sionistes d'Israël voleur de terre de Palestine sunnite et chrétienne.

2- Ce que dit Romain Caillet dans son dernier paragraphe ne plaira pas , mais pas du tout aux sympathisants de la bensaoudie .

Merci pour cette interview Mme Samia Medawar.

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