Rechercher
Rechercher

Entretien express

L’alliance turco-saoudienne est amenée à durer quelques années

Bayram Balci, chercheur franco-turc, analyse pour « L'Orient-Le Jour » le rapprochement entre Riyad et Ankara.

Le roi Salmane d’Arabie saoudite et le président turc Recep Tayyip Erdogan, hier, à Ankara. Adem Altan/AFP

Après une visite au Caire, le roi Salmane d'Arabie saoudite s'est rendu hier à Ankara où il a été reçu chaleureusement par le président turc Recep Tayyip Erdogan, signe d'un rapprochement manifeste entre les deux pays. Bayram Balci, chercheur au CNRS et spécialiste de la Turquie, décrypte, pour L'Orient-Le Jour, les raisons de ce réchauffement.

 

Dans quel contexte s'inscrit l'alliance entre Ankara et Riyad ?
Il faut rappeler qu'il y a beaucoup de visites entre les deux pays en ce moment. En janvier dernier, le Premier ministre turc s'est rendu en Arabie saoudite. Il y a régulièrement des visites dans les deux sens, qui montrent à quel point les deux pays se rapprochent, et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, la question syrienne les rapproche considérablement, depuis le début du conflit. Les deux pays voudraient que le président syrien Bachar el-Assad tombe, et ils en ont fait un objectif. La deuxième raison de ce rapprochement est la montée en puissance de l'Iran. Si elle effraie l'Arabie saoudite, elle inquiète aussi Ankara. Troisièmement, il y a un contexte de rapprochement idéologique en quelque sorte entre les deux pays. Traditionnellement, depuis la fin de l'Empire ottoman, les relations bilatérales ont toujours été un peu tendues, mais on a le sentiment que la Turquie doit se rapprocher davantage de l'Arabie saoudite pour des raisons à la fois religieuses, politiques et stratégiques. Enfin, les deux pays sont très critiqués par les médias occidentaux à cause de leur politique de répression, de non-respect des droits de l'homme. Cela les rapproche d'une certaine manière.

 

(Lire aussi : Salmane achève une visite de soutien appuyé à l’Égypte de Sissi)

 

Que garantit cette alliance ?
C'est un jeu d'échecs au Moyen-Orient. Beaucoup de choses rapprochent ces deux pays, mais pour combien de temps ? Cette alliance a aussi une certaine fragilité dans le sens où il existe quelques points de divergence, notamment dans les questions régionales, et plus précisément vis-à-vis de l'Égypte. Le rapprochement entre l'Arabie saoudite et l'Égypte, avec le projet de construction d'un pont sur la mer Rouge reliant les deux pays, est fort. Alors qu'en Turquie on sait très bien que, depuis l'arrivée au pouvoir du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, il existe des divergences avec Le Caire, à cause des affinités avec les Frères musulmans et l'ancien président Mohammad Morsi. Il semblerait que l'Arabie saoudite souhaite les rapprocher, mais ce n'est pas chose aisée, car le président Recep Tayyip Erdogan est assez déterminé à ne pas faire la paix avec M. Sissi tant que M. Morsi ne sera pas libéré.Si l'on pourrait penser qu'il y a aujourd'hui une sorte de lune de miel entre la Turquie et l'Arabie saoudite, en réalité elle est surtout entre la Turquie et le Qatar. C'est peut-être pour cette raison que Riyad souhaite un rapprochement avec Ankara : ce serait un moyen de réduire le poids de Doha, avec qui une certaine rivalité existe.

 

Cette alliance peut-elle s'inscrire dans le temps ? Les deux pays, qui cherchent tous deux à s'affirmer en tant que grandes puissances sunnites, sont-ils en concurrence ?
Pour l'instant, il n'y a pas de véritable concurrence entre les deux. L'Arabie saoudite est obsédée par la montée en puissance de l'Iran. C'est pour cette raison qu'elle voudrait attirer, dans une espèce de coalition anti-iranienne, tous les pays sunnites de la région. C'est pourquoi Riyad essaye désespérément de réconcilier les deux puissances sunnites, l'Égypte et la Turquie. Traditionnellement, l'islam turc est très méfiant de l'islam saoudien. Il existe même une sorte de rancune chez les Turcs contre les Saoudiens, les premiers estimant que les seconds sont des traîtres ayant collaboré avec l'Occident, poignardant, en quelque sorte, les Turcs dans le dos. Malgré cela, il y a un rapprochement depuis quelques années qui montre à quel point le contexte géopolitique et sécuritaire force les deux pays à se rapprocher, alors que ce n'est pas tout à fait la même nature d'islam. Si demain, par miracle, la crise syrienne est réglée, je pense qu'il y aura de nouvelles rivalités ou moins de raisons d'être pour cette coalition turco-saoudienne. Cela dit, étant donné la situation actuelle, je pense qu'elle est amenée à durer quelques années.

 

 

Lire aussi
Le « very bad trip » de Recep Tayyip Erdogan aux États-Unis

La Turquie en voie de « syrianisation »

Quand l'EI et la police turque se parlent au téléphone

 


Après une visite au Caire, le roi Salmane d'Arabie saoudite s'est rendu hier à Ankara où il a été reçu chaleureusement par le président turc Recep Tayyip Erdogan, signe d'un rapprochement manifeste entre les deux pays. Bayram Balci, chercheur au CNRS et spécialiste de la Turquie, décrypte, pour L'Orient-Le Jour, les raisons de ce réchauffement.


 


Dans quel...

commentaires (0)

Commentaires (0)