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Nos lecteurs ont la parole - Amiral (R) Mounir Rohayem

La « très verte »

C'est de ce nom de lumière que les Phéniciens appelaient la mer, leur patrie réelle, le pays chéri de leur cœur et de leur âme. La mer immense qui n'a ni chemins, ni barrages, ni frontières et qui ne connaît pas de servitude. Rebutés par une terre qui leur refusait le nécessaire en même temps que le superflu, sentant sur leurs reins les piques égyptiennes et les sabres assyriens, ils regardèrent la mer dont le ressac battait d'argent clair leur ruban de sol. Ils entendirent la mélodie que chantaient les voix unies du vent et du brisant. Et hardis, industrieux, pressés avant tout de vivre libres, ils se lancèrent sur ces flots tout harmonieux de séduction. Et ce fut quasi instantané avec une rapidité qui leur parut un prodige, et à leurs ennemis un miracle, ces «faibles tout petits» s'approprièrent le monde. Alors voilà, du coup, la sécurité assurée pour le petit foyer à terre et pour ceux qui restèrent là à attendre les voyageurs.
Une histoire aussi étrange a commencé à l'aube du 21 avril 1976*. Un groupe de jeunes marins militaires décida de soustraire le port de Jounieh au chaos dans lequel se débattait le pays, et d'y faire appliquer les lois nationales et internationales. Et ce fut la ruée vers la «grande bleue»: avocats, professeurs, universitaires, tout le monde s'est transformé en « gens de mer ». Des navires par dizaines attendaient leur tour, tandis qu'à l'intérieur du minuscule bassin une dizaine d'autres étaient déchargés. Des centaines de camions quittaient les quais tous les jours transportant des marchandises de tout genre. Bref, une vraie fourmilière à laquelle on pourrait appliquer la fameuse devise inventée par Jules Verne: «Mobilis in mobile.»

300 navires en un seul mois
Les statistiques indiquaient le nombre fabuleux de trois cents navires pour le seul mois de septembre, avec un total de 1622 bateaux jusqu'à fin 1976. Dans les marchandises débarquées, les produits alimentaires occupaient la première place, suivis de près par les combustibles et les produits industriels; ils atteignirent durant le seul mois d'octobre le chiffre de 70000 tonnes. Les taxes douanières légales étaient prélevées par les autorités compétentes. Un service de passagers s'efforçait de faciliter le départ aux quelque 32000 personnes qui ont quitté le pays à bord de navires et de yachts de tout genre, et dont les moyens de sauvetage et de survie en mer étaient minutieusement contrôlés par des spécialistes. Il manquait un service sanitaire; on le créa pour le remettre par la suite aux autorités compétentes et on le légalisa. Il manquait des locaux d'infrastructure; on les improvisa. Il manquait du matériel; on le récupéra, il manquait du personnel qualifié; on le forma.
Une organisation simple, transparente et logique avec une compétence et une détermination à toute épreuve avaient placé le port de Jounieh au rang des ports internationaux. Des experts étrangers venus pour s'informer sur ce port «champignon» s'étonnaient de voir ce petit bassin fâcheusement exposé au ressac, et dont la profondeur ne dépassait pas les quatre mètres. L'un d'entre eux a été surpris à tel point qu'il ne pouvait expliquer ce qu'il voyait qu'en pensant à ces hardis marins qu'avaient été les Phéniciens, dotés d'un goût étonnant pour le troc et d'une curiosité à toute épreuve. Ces grands maîtres de la «très verte» sauvegardèrent leur liberté. Les plus irritables conquérants avaient compris qu'on ne pouvait asservir la Phénicie qu'en la détruisant, alors que détruire la Phénicie eût été faire œuvre stupide. Traqués par une guerre d'extermination, ces loups de mer eussent embarqué sur leurs navires guidés par les étoiles saintes brillant le soir au firmament: le vainqueur eût été frappé de sa propre victoire. Aussi les rudes dompteurs de peuples et massacreurs des races les respectèrent-ils fort soigneusement.
C'était trois mille ans avant Jésus-Christ...

Amiral (R) Mounir ROHAYEM

*Pour le quarantième anniversaire (1976-2016), en hommage à ces hardis officiers et matelots ainsi qu'à la mémoire de ceux qui nous ont quittés et qui ont joué un rôle essentiel dans la réussite de ce défi.

C'est de ce nom de lumière que les Phéniciens appelaient la mer, leur patrie réelle, le pays chéri de leur cœur et de leur âme. La mer immense qui n'a ni chemins, ni barrages, ni frontières et qui ne connaît pas de servitude. Rebutés par une terre qui leur refusait le nécessaire en même temps que le superflu, sentant sur leurs reins les piques égyptiennes et les sabres assyriens, ils regardèrent la mer dont le ressac battait d'argent clair leur ruban de sol. Ils entendirent la mélodie que chantaient les voix unies du vent et du brisant. Et hardis, industrieux, pressés avant tout de vivre libres, ils se lancèrent sur ces flots tout harmonieux de séduction. Et ce fut quasi instantané avec une rapidité qui leur parut un prodige, et à leurs ennemis un miracle, ces «faibles tout petits» s'approprièrent le monde. Alors...
commentaires (1)

Joliment dit, Amir-al-Bahér.... Le Hardi !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

07 h 58, le 14 avril 2016

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Commentaires (1)

  • Joliment dit, Amir-al-Bahér.... Le Hardi !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 58, le 14 avril 2016

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