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Liban

Vera el-Khoury Lacoeuilhe : Je ne reviendrai pas sur ma candidature

Unesco
13/04/2016

Bien malgré elle, Véra el-Khoury Lacoeuilhe s'est retrouvée au cœur d'une polémique dont elle se serait bien passée. Lorsqu'elle a décidé de se lancer dans la course pour le poste de directrice générale de l'Unesco, il n'y avait pas d'autre candidat. Elle a voulu faire les choses dans les règles, convaincue que, cette fois, le Liban et elle-même ont de sérieuses chances de l'emporter. Elle raconte ce parcours à L'Orient-Le Jour.

 

« J'ai quitté le Liban en 1989 pour la France. J'ai cherché du travail et en 1996, j'ai été engagée comme déléguée permanente adjointe de l'île de Sainte-Lucie à l'Unesco, dit-elle. J'y suis restée 20 ans jusqu'à ma démission pour présenter ma candidature au poste de directrice générale de cette organisation. J'ai appris au fil des années à en connaître tous les rouages. Depuis quelques années, j'ai été approchée par des pays européens pour me présenter au poste de directrice générale. Ce n'était pas encore à l'ordre du jour. En 2013, ce sont des pays d'Amérique latine qui m'ont approchée. Mais là aussi, ce n'était pas le bon moment. Il était aussi évident pour moi que je voulais être la candidate du Liban, mon pays de toujours. J'ai commencé à préparer sérieusement mon dossier et en été 2014, je suis venue à Beyrouth et j'ai rencontré les ministres concernés par l'Unesco (Affaires étrangères et Culture), ainsi que le Premier ministre. Un entrefilet a même été publié dans le quotidien an-Nahar sur ce sujet. C'est dire que tout a été fait dans la plus grande transparence. Les ministres m'ont demandé un plan, une stratégie et l'analyse de mes chances d'être élue par les membres du Conseil exécutif (58 membres). Ils ont pris leur temps pour endosser ma candidature et finalement, le 10 mars, j'ai été notifiée de l'approbation du Premier ministre. Cette annonce a aussi été notifiée aux 195 États membres de l'Unesco. Depuis le 10 mars, je suis donc la candidate officielle du Liban au poste de directrice générale de l'Unesco. »

 

(Lire aussi : « Je ne suis pas un Don Quichotte, mais j’ai le courage de mes idées et de mes convictions »)


Ses chances se limitent-elles au fait que c'est le tour du monde arabe de diriger l'Unesco ou se basent-elles sur d'autres raisons ? « Les chances, dit-elle, sont une combinaison de facteurs, entre les circonstances internationales et la personnalité du candidat ou de la candidate. Je crois qu'aujourd'hui, le Liban est le pays idéal pour incarner les valeurs de l'Unesco. C'est un pays ouvert à toutes les cultures qui représente un modèle de coexistence et d'intégration, précieux pour les sociétés contemporaines. Quant à moi, je connais les rouages de l'Unesco, ses programmes, les dossiers financiers et administratifs. J'ai bâti au cours des 20 années que j'y ai passées une réputation de femme qui a le courage de ses opinions et qui agit. J'ai participé à toutes les réformes de l'organisation et tous les postes que j'y ai occupés étaient le fruit d'élections, non de nominations. J'ai ainsi présidé le World Heritage Committee. J'ai aussi participé aux négociations de toutes les conventions adoptées par l'Unesco, notamment celle pour la promotion et la protection de la diversité culturelle. En un mot, je suis la fille de cette organisation, j'en connais les forces et les faiblesses et si je suis élue, je pourrais agir rapidement, étant déjà familière avec les dossiers. »

 

(Lire aussi : Ghassan Salamé veut accorder à l’Unesco une nouvelle stature morale)


La candidature de l'ancien ministre Ghassan Salamé n'est-elle pas toutefois plus prestigieuse pour le Liban et n'a-t-elle pas plus de chances d'être retenue ?
« Ce qui est prestigieux pour le Liban, c'est que son candidat gagne. Je ne me considère pas comme supérieure ou inférieure. Simplement, en ce qui concerne l'Unesco, mes chances sont réelles et sérieuses et mon profil correspond à ce que les États membres souhaitent. D'ailleurs, depuis les années 50, les directeurs généraux de l'Unesco qui se sont succédé étaient soit d'anciens membres du secrétariat général, soit des diplomates ayant siégé à l'Unesco. Des ministres, des Premiers ministres et d'autres personnalités en vue avaient brigué ce poste sans l'obtenir. Aujourd'hui, l'Unesco a une mission, tout comme les autres organisations de l'Onu, mettre en œuvre ce qu'on appelle "l'agenda 2030", à savoir les 17 objectifs du développement durable adoptés par les 195 chefs d'États membres de l'Onu. Je fais d'ailleurs partie d'un panel de 14 personnalités, « Independent team of advisors », créé à New York (avec d'anciens chefs d'État et Premiers ministres), chargé de faire des recommandations pour la réforme des Nations unies, dont l'Unesco est l'une des 34 organisations. Ce panel doit présenter son rapport en juin. »


Comment explique-t-elle dans ce cas la candidature de M. Salamé et ce qui en a découlé ?
« J'ai été victime d'une campagne de diffamation qui, à mon avis, n'était pas spontanée. Beaucoup de parties y ont toutefois participé sans s'en rendre compte, parce que je ne suis pas connue au Liban. Les choses ont été présentées comme s'il y a eu un choix entre moi et d'autres candidats. C'est faux. J'avais déjà été choisie quand un autre candidat s'est présenté. »


N'est-ce pas un peu tôt pour choisir un candidat, l'élection ayant lieu en octobre 2017 ? « Ceux qui connaissent l'Unesco savent que la campagne commence tôt. Le candidat doit présenter un programme et entreprendre des contacts avant d'être entendu par les membres du Conseil exécutif. Les candidats, déclarés ou non, d'autres pays ont déjà commencé leur campagne. »


La polémique actuelle a-t-elle une dimension politique ?
« Personnellement, je n'ai aucune coloration politique. Mais la campagne menée contre moi montre qu'on utilise ma candidature pour régler des comptes politiques avec lesquels je n'ai rien à voir. »
Subit-elle des pressions pour retirer sa candidature ? « Non, dit-elle, et je n'envisage pas de le faire. Ma candidature est sérieuse et officielle. Unissons-nous pour donner ce poste, qui est à notre portée, au Liban. »
Véra el-Khoury confie qu'elle a été surprise par la campagne menée contre elle. Elle pensait qu'elle serait attaquée par d'autres candidats, « mais pas dans mon pays ». « J'ai été déçue, précise-t-elle. Mais cela ne m'empêchera pas de continuer. Je ne veux pas entrer dans la polémique. Je me concentre sur les chances du Liban. J'ai toujours avancé en bâtissant pierre par pierre, lentement et sûrement. »

 

 

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stambouli robert

meme a ce niveau les Libanais se dechirent
pauvre Liban

Le Faucon Pèlerin

- Ghassan Salamé, ancien ministre de la Culture du Liban entre 2000 et 2003 au sein du gouvernement de Rafic Hariri.
Le Liban : 10.425 km2, 4 millions d'habitants.
- Véra el-Khoury, déléguée permanente adjointe de l'Île Sainte-Lucie à l'Unesco.
Sainte-Lucie, île des Caraïbes, 620 km2, 170.000 habitants.
Je laisse aux lecteurs de juger.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Que va-t-on faire à présent de ce Ghassan ?
Il ne va finir "pensionné" quand même !?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SALAME ! POINT BARRE... MADAME LA COEUILHE...

RE-MARK-ABLE

Il n'y a pas de petits ni des grands, c'est de ça qu'on se bat au Liban, mettre fin aux passe droits à cause de noms connus ou de fils de.....

Accrochez vous Mme Vera, ce poste vous le méritez plus que d'autres, surtout ceux qui sont parachutés comme il est de coutume de le voir dans notre pays.

Riga Pavla

"parce que je ne suis pas connue au Liban" exactement, qu'avez-vous fait pour le Liban?

Bery tus

Vous êtes méritante madame bravo !! Mais avec tout le respect que je vous dois nous avons besoin d'une personne à laquelle le libanais peut s'identifier .. Vous l'avez dit vous meme vous n'êtes pas connu des libanais comment prétendre à les représenter ?!? Salemeh lui le peut .. C'est juste pour le bien du liban en particulier et du monde en général !!

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