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Liban - La Psychanalyse, Ni Ange Ni Démon

La seconde topique : moi, ça et surmoi

La première topique, inconscient, préconscient et conscient, permit à Freud de distinguer une mémoire inconsciente, inaccessible mais qui nous dirige, et une mémoire préconsciente, accessible dont on a besoin pour notre quotidien. Le conscient était l'équivalent de la perception, et le système appelé perception-conscience.
Le Moi: la seconde topique est nécessaire à Freud pour rendre compte des défenses inconscientes. Ces défenses inconscientes sont incompatibles avec l'idée d'un moi qui se confondrait avec le système préconscient-conscient et qui serait donc totalement conscient comme le présentait la première topique. Les défenses contre l'inconscient, c'est-à-dire contre le retour de ce qui est insupportable, tabous et interdits, sont conscientes mais aussi inconscientes.
Plusieurs données cliniques vont amener Freud à distinguer le moi de ce qu'il était dans la première topique (perception-conscience). L'investissement libidinal du moi avec l'introduction du concept de narcissisme, soit que le moi est aussi érotisé (l'amour de soi), l'hypothèse de nouvelles instances psychiques dues aux différentes identifications comme l'idéal du moi par exemple, de même que les sentiments de culpabilité et les autoreproches présents dans la mélancolie amènent Freud à décentrer le moi du pôle extrême qu'il occupait dans la première topique. Le moi peut être l'objet des pulsions de vie comme des pulsions de mort qui composent ensemble le ça, conçu par Freud comme le réservoir de l'énergie pulsionnelle.

« Le moi est un politicien flatteur et corrompu »
Freud compare le moi à un politicien « flatteur et corrompu » qui se fait l'agent de l'adaptation entre les exigences pulsionnelles irréductibles du ça, les exigences morales et critiques du surmoi ainsi que celles de la réalité extérieure. La psychanalyse américaine en a fait l'agent de l'adaptation à l'ordre moral. Cette dérive de la psychanalyse américaine qui finit par produire le concept d'un « moi autonome » amena Lacan à une grande révision théorique du concept du moi comme nous le verrons plus loin. Le moi continue donc de représenter le pôle défensif de l'appareil psychique. Il est l'agent du refoulement et des autres mécanismes de défense. En cela, il est en bonne partie inconscient. Le concept du moi, malgré l'apparente facilité à le concevoir, reste l'un des concepts les plus difficiles de la théorie freudienne.
Le ça: c'est un terme que Freud a emprunté à G. Groddeck (1866-1934), qu'il surnommait « l'analyste sauvage». Groddeck soignait par l'hydrothérapie, les massages et par la relation soignant soigné. Sa devise était: «La nature guérit, le médecin soigne.»
Le ça désigne les forces inconnues et non maîtrisables de notre psychisme. Quand des patients expriment leurs troubles avec des mots comme: «Ça m'est arrivé brusquement, c'est plus fort que moi », ils indiquent ainsi que le ça est innommable et non maîtrisable. Il constitue le pôle pulsionnel de l'appareil psychique tel que Freud le conçoit nouvellement. Il est à l'origine. Autrement dit le nourrisson, au départ, n'est qu'une boule pulsionnelle. Les deux autres instances, le moi et le surmoi, se développent en se différenciant progressivement du ça. Le ça est chaotique, sans organisation propre et permet l'existence côte à côte de pulsions contradictoires qui ne se supprimeraient pas les unes les autres. C'est une sorte de forêt vierge, sauvage et indomptable.
Quant au surmoi, Freud le définit comme l'héritier du complexe d'Œdipe dans le sens où le surmoi se constitue par une intériorisation des interdits parentaux. Son rôle serait celui d'un juge à l'égard du moi, comme l'étaient les parents qui ont représenté pour l'enfant la conscience morale et la censure. Boule pulsionnelle au départ, l'enfant n'avait pas d'interdit. À l'extrême, le surmoi peut se déchaîner contre le moi comme dans la mélancolie, ce qui permet de comprendre que le mélancolique puisse en arriver au suicide. Avant la 2e topique, le surmoi était déjà présent dans la pensée de Freud derrière les concepts de censure ou de sentiments de culpabilité inconscients.
Nous avons vu comment l'enfant est amené à renoncer à ses désirs œdipiens. Au lieu de continuer à désirer ses parents, à les investir pulsionnellement, il s'identifie à eux et intériorise leurs interdits. En ce sens-là, Freud disait que « l'établissement du surmoi peut être considéré comme un cas d'identification réussie » avec les parents.

Chawki AZOURI

La première topique, inconscient, préconscient et conscient, permit à Freud de distinguer une mémoire inconsciente, inaccessible mais qui nous dirige, et une mémoire préconsciente, accessible dont on a besoin pour notre quotidien. Le conscient était l'équivalent de la perception, et le système appelé perception-conscience.Le Moi: la seconde topique est nécessaire à Freud pour rendre compte des défenses inconscientes. Ces défenses inconscientes sont incompatibles avec l'idée d'un moi qui se confondrait avec le système préconscient-conscient et qui serait donc totalement conscient comme le présentait la première topique. Les défenses contre l'inconscient, c'est-à-dire contre le retour de ce qui est insupportable, tabous et interdits, sont conscientes mais aussi inconscientes.Plusieurs données cliniques vont amener...
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