Le Premier ministre, Nawaf Salam, s'’entretenant avec le mohafez désigné de Nabatiyé, Mohammad Hazimé, au Sérail, le 16 octobre 2026. Photo tirée du compte X de la présidence du Conseil
La polémique n’aura duré que quelques jours. Moins d’une semaine après sa nomination, Mohammad Hazimé (chiite, réputé proche du président de la Chambre, Nabih Berry) a renoncé mercredi au poste de mohafez de Nabatiyé, appelant dans un communiqué à la sélection d’un autre candidat. Une décision intervenue à l’heure où le gouvernement s’apprêtait déjà à faire marche arrière au vu de la vive opposition à la démarche, M. Hazimé n’ayant pas atteint l’âge requis. Ce retrait est présenté comme une initiative personnelle, qui bénéficie de l’aval des pôles du pouvoir, notamment Nabih Berry, incontournable dans ce processus, d’autant que la région est considérée comme un de ses fiefs.
Retour quelques jours en arrière. Réuni jeudi dernier au Grand Sérail sous la houlette de Nawaf Salam, le Conseil des ministres a nommé Mohammad Hazimé (33 ans, alors qu’une nouvelle loi votée il y a quelques mois établit le minimum à 35) à la tête du gouvernorat de Nabatiyé, répondant ainsi tant à une obligation légale qu’à une requête du président de la Chambre. « Nabih Berry plaide depuis des mois pour que le gouvernement pourvoie à ce poste vacant, Nabatiyé étant frappée de plein fouet par les attaques israéliennes quotidiennes », rappelle, dans ce cadre, un proche du chef du législatif. Officiellement pourtant, Mohammad Hazimé a été sélectionné, aux côtés de trois autres candidats, à la faveur du mécanisme de nominations mis en place par le ministère d’État pour le Développement administratif.
En outre, cette nomination a suscité une controverse sur les liens présumés de M. Hazimé avec l’Agence turque de coopération et de coordination (TIKA), impliquée dans les opérations d’aide au Liban-Sud. D’où les informations de presse selon lesquelles Ankara, qui étend son influence au Proche-Orient, aurait joué un rôle dans sa nomination. « C’est une exagération », rétorque une source ministérielle.
L’OLJ a appris dans ce cadre que la candidature de Mohammad Hazimé bénéficiait de l’aval du chef du gouvernement et du ministre d’État pour le Développement administratif, Fadi Makki, dans la mesure où son profil et ses contacts avec les ONG lui constituaient, à leurs yeux, un avantage. « Ce n’est qu’après avoir été informé de ce feu vert que j’ai démissionné de mon poste en Turquie pour venir au Liban », raconte à L’OLJ Mohammad Hazimé, précisant qu’il répondait à toutes les conditions requises par le ministère du Développement administratif. « Leur site web indiquait que l’âge du candidat pouvait aller de 25 à 44 ans », dit-il, soulignant qu’il avait présenté sa candidature avant le vote de la nouvelle loi. « L’erreur est donc celle des autorités, et non la mienne », affirme-t-il. Une erreur que les milieux officiels admettent.
Des sources concordantes indiquent toutefois à L’OLJ que le président de la Chambre a avalisé le choix de Hazimé dans le but de mettre fin à une querelle au sein du parti. « La succession de Nabih Berry (88 ans) semble être dans tous les esprits. La bataille entre les diverses ailes d’Amal bat donc son plein », indique une source chiite au courant des tractations autour du mohafez de Nabatiyé. Toujours selon elle, Mohammad Hazimé bénéficierait du soutien de Bassel Berry (un des fils du président de la Chambre), contrairement à un autre candidat, Mohammad Chokor, qui serait notamment voulu par Ali Hassan Khalil, bras droit du maître du perchoir. Afin d’éviter une amplification de la polémique, un proche de Nabih Berry se contente de lancer : « Bassel n’est pas du genre à intervenir dans ce genre d’affaires. » De son côté, Ali Hassan Khalil n’a pas donné suite à nos appels.
Conscient de la polémique suscitée par sa nomination, Mohammad Hazimé a fini par renoncer au poste. « C’est surtout lorsque j’ai appris le refus de la présidence de la République d’approuver une décision entachée d’une entorse aux lois en vigueur que j’ai décidé de publier le communiqué », affirme M. Hazimé, disant vouloir éviter un scénario de limogeage de son nouveau poste. Des contacts ont alors eu lieu avec MM. Berry et Salam pour les informer de la volonté du candidat.
« Pourquoi Salam agit-il de la sorte ? »
Il n’empêche que le mal est fait, et c’est surtout Nawaf Salam, qui avait reçu M. Hazimé au lendemain de sa nomination, qui s’est retrouvé sous le feu des critiques. D’autant que la polémique est intervenue juste après la très controversée prorogation du mandat du recteur de l’Université libanaise, Bassam Badran, sous forcing du chef du législatif. Les deux démarches s’inscrivent dans la foulée d’un rapprochement entre MM. Berry et Salam. Une source gouvernementale se contente, dans ce cadre, de faire valoir que « tout le monde sait comment se font les nominations au Liban ».
L’argument peine toutefois à convaincre. « Je ne comprends pas pourquoi Nawaf Salam agit de la sorte, alors qu’il brandit les slogans de la réforme et du sauvetage », dit un opposant chiite qui a requis l’anonymat. Ainsi, le Courant du changement (collectif d’opposants chiites au Hezbollah) a dénoncé, dans un communiqué, les dernières nominations, dont celle du mohafez de Nabatiyé. « Les nominations sont au cœur du bon fonctionnement des institutions pour servir, et non des quotas partisans répartis aux dépens de l’intérêt général », souligne le texte. « La nomination du mohafez de Nabatiyé et la reconduction du recteur de l’UL ont ravivé des pratiques avec lesquelles le mandat Aoun et le gouvernement Salam avaient dit vouloir rompre », souligne le communiqué, dénonçant « des nominations conformes à la volonté du tandem Amal-Hezbollah ».
Et maintenant ?
Mais, face à la polémique, que fera le gouvernement ? « Rien n’est joué pour le moment », confie une source ministérielle. Peu avant le Conseil des ministres tenu jeudi à Baabda, rien ne permettait de dire que le gouvernement allait choisir un nouveau mohafez parmi les autres candidats ayant réussi les épreuves et les entrevues exigées par le mécanisme officiel. Mercredi toutefois, la possibilité de nommer Mohammad Chokor (autre chiite réputé proche de M. Berry) était évoquée dans les coulisses politiques. Parallèlement, des sources informées du dossier disent s’attendre à ce que le ministère d’État pour le Développement administratif lance un nouvel appel à candidatures. Les compteurs seraient donc remis à zéro.


Il faut tout changer pour ne rien changer. C’est toujours magouilles et compagnie et on se demande pourquoi tant de pays étrangers viennent mettre leur nez dans nos affaires internes en achetant nos politiciens véreux qui se partagent sans vergogne, ce pays et les aides qui lui sont accordées, jamais gratuitement. Les aides turques ne sont pas gratuites, et ça ils font semblant de ne pas le comprendre. Ils empêchent des millions et la contre-partie nous coûte toujours des milliards ou pire encore, notre dignité, notre souveraineté et le pays avec.
10 h 56, le 23 octobre 2026