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Liban - Crise

À Jal el-Dib, une pancarte critiquant le régime saoudien en réponse à la caricature d’« Asharq al-Awsat »

Une pancarte critiquant l’Arabie saoudite a été accrochée hier à Jal el-Dib. Photo Ani

Une pancarte critiquant l'Arabie saoudite a été affichée hier au-dessus de l'autoroute de Nahr el-Mott, suscitant une vague de condamnations parmi les politiques libanais. Cet incident fait suite à la publication, vendredi dernier, par le quotidien saoudien Asharq al-Awsat d'une caricature assimilant l'État libanais à un poisson d'avril.

« La machine de mort des al-Saoud », pouvait-on lire sur l'étendard placé sur l'autoroute, à hauteur de Jal el-Dib (Mahlakat al-Saoud, en arabe, un jeu de mot avec Mamlakat al-Saoud, le royaume des al-Saoud), en référence à la famille royale saoudienne. Un sabre, l'un des symboles du royaume wahhabite, apparaît ensanglanté sur la caricature en question, au moment de trancher la tête d'un individu. Cette caricature fait allusion à la peine capitale qui est appliquée en Arabie saoudite et qui se fait, entre autres, par décapitation. Jeudi dernier, Riyad a exécuté son 82e prisonnier depuis le début de l'année.

Le CPL et Souhaid condamnent

La pancarte a été retirée hier par les Forces de sécurité intérieure après que l'incident a été rapidement relayé sur les réseaux sociaux. Le site Lebanon Debate rapporte que l'activiste et membre du Courant patriotique libre libre Tony Orian serait à l'origine de cette affaire et qu'il aurait été arrêté hier soir et interrogé au ministère de la Défense. Le CPL s'est pour sa part empressé de démentir toute responsabilité dans cette affaire, mettant l'accent, dans un communiqué publié hier, sur son « respect pour l'Arabie saoudite ». « Des photos ont circulé sur les réseaux sociaux qui portent atteinte à l'Arabie saoudite, ceux qui les ont postées ont laissé entendre que le CPL en était responsable. Nous assurons que nous ne sommes pas impliqués, bien au contraire, nous condamnons ces agissements », a indiqué le CPL.
En soirée, le coordinateur du secrétariat général du 14 Mars, l'ancien député Farès Souhaid, a également stigmatisé ce comportement, soulignant que « celui qui a affiché dans des régions chrétiennes des pancartes injurieuses pour l'Arabie saoudite n'est pas chrétien et vise à porter atteinte aux intérêts du Liban et des chrétiens en Arabie ». « Il s'agit là d'un acte lâche qui ne correspond pas à notre courage », a souligné Farès Souhaid.

L'ambassadeur saoudien

Cet incident s'inscrit dans le sillage du saccage, vendredi soir, des bureaux du quotidien Asharq al-Awsat à Beyrouth par un groupe d'activistes, en réaction au dessin du caricaturiste jordanien Amjad Rasmi publié le 1er avril et sur lequel on pouvait lire sur fond de drapeau du Liban : « Poisson d'avril... l'État du Liban ». Les Forces de sécurité intérieure ont arrêté samedi, à Batroun, Pierre Hachache, qui est l'un des activistes impliqués dans cet acte de vandalisme. Ce dernier avait même posté une vidéo sur son compte Facebook montrant son intervention dans les locaux du journal. L'on apprenait également hier, par un communiqué des FSI, que six autres personnes de nationalité libanaise qui ont pris part au saccage des locaux du journal se sont rendues aux autorités.

L'ambassadeur saoudien au Liban, Ali Awad Assiri, n'avait pas tardé à réagir au vandalisme des locaux d'Asharq al-Awsat estimant samedi dans un communiqué que les réactions à la caricature publiée par le quotidien « ont donné à l'affaire plus d'importance qu'il ne fallait ». « J'espère que nos frères libanais garderont cette affaire dans un cadre purement médiatique afin qu'elle ne soit pas utilisée par des parties qui essaient de saper les relations du Liban avec les pays arabes, a-t-il mis en garde. Les relations fraternelles entre l'Arabie saoudite et le Liban sont beaucoup trop profondes pour être affectées par une caricature », a-t-il dit.

Réactions locales

Les réactions ne se sont pas fait attendre du côté libanais. L'ancien ministre de la Justice, le général Achraf Rifi, a dénoncé hier « la campagne programmée contre l'Arabie saoudite » et qualifié les slogans hostiles à Riyad de « nuisibles au Liban et aux relations historiques avec les Saoudiens ». Il a par ailleurs indiqué avoir contacté le procureur général près la Cour de cassation, le juge Samir Hammoud, et demandé à ce dernier d'arrêter les personnes impliquées dans l'affaire de la pancarte de Jal el-Dib.

L'ancien Premier ministre Nagib Mikati a pour sa part mis en garde hier sur son compte Twitter contre les « tentatives de nuire aux relations fraternelles et amicales entre le Liban et les pays arabes ». « Nous partageons avec l'Arabie saoudite un lien historique de fraternité et d'amitié qui ne sera pas ébranlé par des prises de position politiques et médiatiques passagères », a-t-il écrit.

Commentant la caricature d'Asharq al-Awsat, le président du conseil chérié du Hezbollah, Mohammad Yazbeck, a estimé dimanche, lors d'une célébration partisane, que ce dessin « vise à semer la discorde entre les Libanais ».

Le Parti national libéral a pour sa part indiqué que, « quel que soit le contenu de la caricature, la Constitution libanaise a consacré la liberté d'expression ». « Il est interdit de commettre des actions qui enfreignent les lois libanaises sous prétexte de défendre le pays », a-t-il affirmé dans un communiqué publié samedi.

Pour Nidal Tohmé, député, membre du bloc du Futur, le saccage des bureaux d'Asharq al-Awsat « est contraire à l'identité culturelle de Beyrouth ». « Nous refusons toute atteinte au Liban, mais nous ne pouvons que rejeter la violence et le non-respect des lois », a-t-il dit hier dans un communiqué. Le courant du Futur a en outre indiqué samedi qu'« il est possible d'exprimer son mécontentement par d'autres moyens plus civilisés ou en ayant recours à la justice ».

De même, les Forces libanaises ont estimé que « la réponse à un média peut s'illustrer par le recours à la justice et non pas en saccagant des biens matériels ». Les FL ont également évoqué la fermeture vendredi des locaux de la chaîne al-Arabiya à Beyrouth et exprimé leur souhait que la chaîne revienne sur sa décision. Le PSP a quant à lui invité à respecter la liberté d'expression et a manifesté son soutien à l'équipe du journal.
Notons enfin que le quotidien a poursuivi hier son travail comme à l'accoutumée.


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commentaires (2)

C'est désespérant, dans ce pauvre pays, comme les gens occupent leur temps avec des stupidités qui ne mènent à rien, sinon à des chamailleries de gamins, qui à leur tour demandent des déclarations, ensuite des réponses...publiées partout...avec les sempiternelles photos de ces magnifiques personnages assis dans leurs fauteuils, en costard-cravate à la dernière mode... Mais quand on aurait besoin de tout ce petit monde pour construire quelque chose de valable pour notre pays= personne ! Pauvre Liban ! Irène Saïd

Irene Said

17 h 44, le 04 avril 2016

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Commentaires (2)

  • C'est désespérant, dans ce pauvre pays, comme les gens occupent leur temps avec des stupidités qui ne mènent à rien, sinon à des chamailleries de gamins, qui à leur tour demandent des déclarations, ensuite des réponses...publiées partout...avec les sempiternelles photos de ces magnifiques personnages assis dans leurs fauteuils, en costard-cravate à la dernière mode... Mais quand on aurait besoin de tout ce petit monde pour construire quelque chose de valable pour notre pays= personne ! Pauvre Liban ! Irène Saïd

    Irene Said

    17 h 44, le 04 avril 2016

  • "Il a par ailleurs indiqué avoir contacté le procureur général près la Cour de cassation, le juge Samir Hammoud, et demandé à ce dernier d'arrêter les personnes impliquées dans l'affaire de la pancarte de Jal el-Dib" Vendu. Paillasson. On répond par la pareille, pas besoin d'arrêter les personnes impliquées ou de les inquiéter... Où était votre réaction Monsieur Rifi, au moment de la caricature d'Al Sharq al Awsat?

    Ashjian Andreas

    09 h 44, le 04 avril 2016

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