Karim Atiyeh (à gauche) et son frère Marc.
Les cadres libanais, plus particulièrement les jeunes parmi eux, sont réputés pour leur esprit d'initiative... Au Liban, certes, comme l'illustrent la spécificité et la vieille tradition libanaises en la matière, mais surtout à l'étranger où les possibilités et les moyens sont, à l'évidence, très larges. Il suffit souvent – ce qui, du reste, n'est pas peu – d'avoir du flair, d'avoir la bonne idée, de savoir saisir les opportunités. Un jeune ingénieur libanais de 26 ans, Karim Atiyeh, et son jeune frère Marc, établis aux États-Unis, à New York, ont fourni dans ce cadre un nouvel exemple de ce dont se montrent capables les Libanais qui ont réussi à se frayer un chemin dans les pays d'immigration.
L'histoire a commencé en 2013 lorsque Karim, âgé alors de 24 ans, détenteur d'un diplôme en computer engineering et d'un master en computer sciences de Harvard, a eu l'idée de tenter sa chance dans le secteur très prometteur des start-up.
« Après avoir décroché un poste à New York au sein du cabinet de conseil Oliver Wyman, mes horaires de travail étaient si durs que je n'avais jamais le temps de faire mes courses, souligne Karim en retraçant la petite histoire de son expérience professionnelle. Me rabattant sur Internet, j'ai découvert que de nombreux produits de consommation appartenant au secteur de l'alimentation, de l'électronique, de la mode, des articles de maison, etc. changeaient constamment de prix, ce qui m'a poussé à vouloir trouver un moyen simple de bénéficier des ristournes proposées par les cybermarchands. »
À New York, dans cette Amérique où le commerce électronique est très ancré dans les habitudes de consommation, les vendeurs en ligne rivalisent en effet de moyens pour attirer le consommateur, notamment en lui proposant un remboursement lorsque le produit qui lui a été vendu a fait l'objet d'un rabais après la vente ou encore lorsqu'il est moins cher ailleurs. C'est cette opportunité offerte par les e-commerçants que Karim Atiyeh et son camarade de Harvard, Eric Glyman, ont voulu exploiter en lançant à cet effet la start-up Paribus qui a mis au point une application visant à optimiser les achats en ligne à travers un réajustement de prix.
La start-up permet ainsi au client de se faire rembourser lorsqu'il a acheté en ligne un article qui a aussitôt baissé de prix ou dont le coût s'est avéré plus élevé que sur un site concurrent. Paribus se charge de récupérer la somme représentant la différence entre ce que le client a payé et le prix le plus bas.
Au nom des clients
Exposant le fondement de son idée, Karim Atiyeh indique que « de nombreux cybermarchands pratiquent des politiques de remboursement en vertu desquelles ils garantissent les prix les plus bas et offrent des ristournes aux clients lésés, mais pour qu'elles soient effectuées, ces ristournes nécessitent des démarches que nombre de clients n'ont pas le courage ou le temps d'entreprendre ». C'est là, face à une réticence suscitée par la procédure, que la start-up intervient.
« Paribus se charge de présenter elle-même les réclamations auprès des sites d'achat, au nom des clients et pour leur compte », précise le cofondateur de la start-up. Le processus est-il aisé ? « L'utilisateur qui veut bénéficier de nos services peut en moins d'une minute se connecter via son ordinateur ou sur son mobile pour lier son compte mail à notre société, et celle-ci fait le reste », assure-t-il. Le reste, c'est-à-dire tout. « Paribus détecte les reçus qu'envoient par courrier électronique les e-commerçants à leurs acheteurs et les analyse pour identifier les produits acquis avant de suivre en continu les fluctuations des prix de ces articles. Si un escompte est décelé, Paribus adresse automatiquement au marchand concerné un e-mail de réclamation. Au cas où la réponse est favorable, l'entreprise traque le remboursement effectué et adresse un courrier à l'utilisateur pour lui confirmer la restitution de la somme due », dit-il. Laquelle se fait sur la même carte de crédit qui avait été initialement utilisée pour l'achat.
Mais comment la start-up se rémunère-t-elle ? « En prélevant 25 % du montant remboursé », indique Karim Atiyeh. À la question de savoir si la rentabilité de l'activité se fait déjà sentir, il affirme que tel n'est pas dans l'immédiat l'objectif prioritaire recherché, précisant à ce propos qu'« il faut d'abord œuvrer à attirer aussi rapidement que possible le plus grand nombre d'utilisateurs, et ce pour bénéficier des économies d'échelle ».
(Lire aussi : Quand une start-up déménage de Dubaï à Beyrouth)
Trois mois à Silicon Valley
Lorsqu'en mai 2015 l'outil numérique est finalement mis au point, Karim et son compère américain sont sélectionnés pour participer au « meetup » de start-up le plus réputé dans le monde, TechCrunchdisrupt. Poursuivant le coup d'accélérateur, Y Combinator, la prestigieuse entreprise de financement de start-up, les choisit pour bénéficier d'un séjour de trois mois à Silicon Valley au cours duquel ils ont été mis en relation avec des hommes d'affaires et des investisseurs renommés qui leur ont prodigué de précieux enseignements et conseils.
« Ce grand coup de pouce a eu pour résultat immédiat d'augmenter à 27 000 le nombre d'utilisateurs de Paribus, souligne Karim Atiyeh, alors qu'au départ seuls nos amis et membres de nos familles s'étaient connectés à notre application. » Après avoir opéré en octobre 2015 une levée de fonds de 2,1 millions de dollars grâce à de grands noms du capital d'investissement (General catalyst, Greylockpartners, Slow ventures...), la plate-forme recense aujourd'hui plus de 250 000 utilisateurs.
Avec ce développement-éclair auquel a également contribué le jeune frère de Karim, Marc, qui a rejoint la start-up pour prendre en charge son marketing, la nécessité pour Paribus de recruter s'est imposée d'elle-même. Outre Philippe Tyan, le designer graphique, cinq ingénieurs issus de Harvard, de MIT, de Standford font partie d'une équipe multidisciplinaire de quinze cadres qui mettent leur expertise au service de la stratégie et de la technologie de la société. Karim Atiyeh estime que l'effectif triplera dès la fin de cette année, hausse d'activité oblige. Petite start-up deviendra grande...
Pour mémoire
Speed envoie deux start-up libanaises dans la Silicon Valley
Les start-up libanaises à la conquête de la grosse pomme
Économie numérique : « Pour être compétitif, le Liban doit offrir de meilleurs salaires »


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Tout en gardant "intact", leur conFessionnalisme de clocher ?
15 h 39, le 29 mars 2016