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Liban - Portrait De Femme

Je n’abandonnerai jamais la lutte...

À l'occasion de la Journée mondiale des droits de la femme, célébrée le 8 mars, « L'Orient-Le Jour » esquissera le portrait d'une femme chaque mardi du mois de mars. Une femme de chez nous, aux droits bafoués par la famille, par la société, par l'État. Aujourd'hui, Nadira Nahass, de Beyrouth, mariée à un étranger, montre du doigt l'État et la société machistes qui l'empêchent de transmettre sa nationalité libanaise à sa famille.

La militante aux premières lignes lors d’une manifestation pour le droit de la femme libanaise à transmettre sa nationalité à sa famille. Photo fournie par Jinsiyati

« Femmes de mon pays, sortez de votre silence. Réclamez vos droits. Descendez dans la rue. Exigez de transmettre votre nationalité libanaise à vos époux étrangers et à vos enfants. Harcelez l'État pour parvenir à vos fins. Et continuez, jusqu'à obtenir gain de cause ». C'est le message qu'adresse l'activiste Nadira Nahass aux femmes libanaises à l'occasion de la fête des Mères.

Cette citoyenne libanaise, membre exécutif de la campagne Jinsiyati, « Ma nationalité, un droit pour moi et ma famille », mariée à un Américain et mère de deux jeunes gens américains de 26 et 20 ans, en a ras le bol de souffrir de discrimination au quotidien et de faire subir cette injustice à sa famille. « Nous les femmes sommes considérées comme des citoyennes de seconde catégorie, gronde-t-elle. Nos époux sont étrangers et ne peuvent prétendre à la nationalité libanaise. Nous ne pouvons pas non plus transmettre notre nationalité à nos enfants qui demeurent étrangers dans leur propre pays, même s'ils y sont nés, s'ils en parlent la langue à la perfection, s'ils y font leurs études et s'ils rêvent d'y vivre. La Constitution libanaise assure pourtant que tous les citoyens sont égaux. »

(Lire aussi : Au-delà de l’option des quotas, stimuler l’engagement dynamique de la femme dans la vie politique)

 

Professions interdites
La militante ne rate pas une occasion de sensibiliser « une société libanaise machiste » à cette cause qu'elle a épousée depuis une bonne vingtaine d'années, depuis qu'elle est rentrée des États-Unis pour vivre au Liban, avec mari et enfants, parce qu'elle y a sa famille et ses amis, parce que la vie y est plus belle aussi. « La déception était immense, lorsque nous avons appris qu'ils n'avaient pas droit à la nationalité. Mais à l'époque, le sujet était tabou, voire honteux. Nul n'en parlait, de peur d'être considéré comme citoyen de seconde classe », révèle-t-elle, relatant les tracasseries liées à l'obligation pour sa famille d'obtenir un permis de séjour. Ce permis était alors payant et devait être renouvelé chaque année. « Si les formalités ont été simplifiées au fil des années (les permis de séjour sont gratuits et valables pour trois ans), un oubli peut leur coûter 500 dollars et une interdiction de voyager », dénonce Mme Nahass. Et puis, la femme ne comprend pas pourquoi elle et sa famille doivent faire la queue avec la main-d'œuvre étrangère domestique, à la Sûreté générale, pour effectuer leurs formalités. « Je suis pourtant libanaise. La moindre des choses serait de consacrer un guichet aux mères libanaises », martèle-t-elle.

Le plus dur pour cette laborantine médicale, aujourd'hui femme au foyer, est d'accepter le fait que son époux ingénieur ne puisse exercer sa profession au Liban. C'est tellement compliqué qu'il a jeté l'éponge et travaille dans les pays arabes, affirme-t-elle. Pire encore, ses fils n'ont pas accès à de nombreuses professions. Son aîné médecin n'a pas le droit d'ouvrir un cabinet médical au Liban ni de s'inscrire à l'ordre des médecins. « C'est aux USA qu'il se spécialise et qu'il envisage de travailler. Mais que fera-t-il si son épouse libanaise réclame de retourner au Liban ? » demande-t-elle. Quant à son cadet, il rêve de devenir pilote, mais en tant qu'étranger, il n'a pas été accepté par la Middle East Airlines. « Il devra partir lui aussi. Et pourtant, il aime le Liban, mais c'est le Liban qui ne veut pas de lui », dénonce-t-elle, déplorant que ses enfants soient considérés « comme moins libanais que ceux nés d'un père libanais ».

Nadira Nahass est intarissable sur les violations des droits des enfants étrangers de mère libanaise. Des violations difficiles à assumer par les familles démunies, car les enfants n'ont pas la priorité dans les écoles publiques, n'ont pas accès à la Sécurité sociale ou à la prise en charge du ministère de la Santé, révèle-t-elle. Sans oublier les restrictions concernant l'héritage ou le droit de propriété.

(Lire aussi : Les Libanaises invitées à aller à l’assaut des municipales)

 

Promesses dans le vide
Alors, cette blondinette aux cheveux courts, sportive et déterminée, se mobilise, aux premières lignes lors des manifestations, et frappe aux portes des hommes politiques, des chefs de parti, des députés, de la société civile au sein de la campagne Jinsiyati. Les promesses dans le vide et les encouragements, elle en a entendu par milliers, les initiatives vaines aussi. « De belles paroles et beaucoup de bla-bla, sans rien de concret, à part quelques propositions de lois qui n'ont jamais abouti », regrette la militante. Elle évoque à ce propos les discours ronflants prononcés récemment par certains chefs de parti à l'occasion de la Journée internationale des droits de la femme.
Mais elle refuse de se laisser aller au découragement, malgré le profond machisme d'une classe politique qui ne conçoit pas que la femme libanaise jouisse de l'égalité des droits et qui prend pour prétexte les risques de déséquilibre démographique et confessionnel. « Il est grand temps de mettre fin à l'humiliation de la femme libanaise et ses enfants », lance-t-elle, invitant ses compatriotes femmes, « également influencées par le machisme ambiant », à davantage de solidarité envers la cause féminine.

Aux hommes politiques libanais, Nadira Nahass tient à lancer un appel: « Je suis libanaise. J'aime mon pays et suis heureuse d'y vivre. Mais il me le rend mal. Car il ne veut toujours pas reconnaître mon droit à transmettre ma nationalité à ma famille, à mon époux et à mes deux fils. Mais je ne baisserai pas les bras. Je n'abandonnerai jamais la lutte. En tant que femme, je me considère autant citoyenne que mes compatriotes de sexe masculin et j'entends bien faire valoir ce droit. Alors, ne soyez pas contre la femme, soutenez-la plutôt. Et considérez comme libanais chaque enfant né de père libanais ou de mère libanaise. »

 

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LES MANIFESTATIONS DEVANT LES ENTURBANES ET TOUS LES BARBUS...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

13 h 31, le 22 mars 2016

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Commentaires (2)

  • LES MANIFESTATIONS DEVANT LES ENTURBANES ET TOUS LES BARBUS...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    13 h 31, le 22 mars 2016

  • Je suis français et Depuis13 ans au Liban et je n'aurai jamais la nationalité . Ma femme libanaise a eu la nationalité française après 1 an de mariage donc je propose pour faire avancer la loi une application radicale : la réciprocité , la France doit pratique l'application de la loi en vigueur dans les pays des conjoints et je suis sûr que la les accords vont vite changer

    yves kerlidou

    08 h 48, le 22 mars 2016

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